Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /Déc /2007 21:22

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Par Bertrand Labes

Source : Le Mensuel de l'Université (décembre 2007)

Des chiffres de deux mille, voire trois mille prix littéraires attribués en France ont été avancés dans la presse dans les années 80-90. Qu’en est-il exactement ? En 1992, un guide recensant les prix et concours littéraires francophones a fait voler en éclat ces assertions. Près de mille cinq cents récompenses y étaient répertoriées, dont mille quatre cents pour la France. Le guide différenciait les concours des prix littéraires. Ceux-ci représentant près de neuf cents récompenses françaises. Quinze ans plus tard, la situation a évolué. Il existe deux mille récompenses littéraires françaises, représentant environ mille quatre cents prix. Il naît un peu moins de deux prix ou concours littéraires chaque semaine, alors qu’il en disparaît près d’un dans la même période. Le nombre total de distinctions s’accroît donc d’une cinquantaine d’unités par an.

Certains pensent que la multiplicité des prix littéraires est une bonne chose puisqu’elle met en avant des ouvrages que le lecteur lambda n’aurait peut-être pas remarqués. Louis-Ferdinand Céline était d’ailleurs favorable à cette accroissement, qui a déclaré : « Je trouve qu’il faut multiplier les jurys et les prix littéraires à l’infini - comme les bistrots - puisqu’ils travaillent en même temps pour l’esprit ».

Mais beaucoup d’observateurs restent septiques et relèvent les inconvénients de cet accroissement sans fin de prix littéraires, dont au moins les trois suivants :
-  cette surabondance ne permet plus à l’acheteur de discerner un prix phare qui lui permettra de faire un bon choix littéraire ;
-  les bandeaux mis sur les couvertures des livres primés sont trop importants en nombre dans les librairies, n’offrant plus aucune lisibilité au futur acheteur ;
-  certains prix, pourtant distincts, portent le même nom. Il y a peu, ont coexisté deux prix Richelieu et un prix Richelieu Senghor. Il existe actuellement deux prix Polar... Comment s’y retrouver ?

Ce sentiment de surabondance est partagé par d’autres observateurs. Un article sur les prix remis en 2005 au salon du livre de Paris mentionnait que « plusieurs responsables soulignent la confusion provoquée, dans le domaine littéraire, par la multiplication des récompenses franco-québécoises ».

En se penchant sur les genres littéraires primés en France, on constate toutefois une forte disparité quant aux catégories primées.

S’il n’existait dans les années 1900 à 1930 qu’une poignée de prix littéraires couronnant le « meilleur roman de l’année », on en répertorie plus de deux cents actuellement. Cela semble beaucoup trop. Aux quatre ou cinq prix majeurs de la vie littéraire française, sont venus s’ajouter depuis peu les prix Décembre, de Flore, Wepler, Vaudeville, Gaillon..., sans que l’on sache parfois très bien ce qui peut les différencier les uns des autres.

Même constatation pour le roman policier. Le prix du roman d’aventure a été créé en 1930, celui de Littérature policière en 1948, et le prix Mystère de la critique en 1972. Mais d’autres sont venus grossir le lot, comme le policier du prix des lectrices de Elle, les prix Polar, le prix polar Michel Lebrun, le prix polar SNCF, le prix Intramuros... Ici aussi, il devient difficile de s’y retrouver. Où est la spécificité de chacun de ces prix ?

La même constatation de surabondance s’applique également aux livres de jeunesse. Sur le portail européen sur la littérature jeunesse [5], un recensement présente vingt-quatre pays récompensant des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse. Deux cent dix distinctions sont répertoriées. Trois pays se détachent du lot par le nombre de prix remis : la France, l’Allemagne et le Canada.

Mais, alors que ces 2e et 3e pays décernent chacun quinze prix, la France attribue à elle seule près de cent vingt-sept récompenses, soit plus que l’ensemble des pays présentés ! Même si ce recensement ne répertorie que les principaux prix de ce genre littéraire, on peut constater l’écrasante prédominance de notre pays sur ce sujet.

À l’inverse, la religion, la politique, les sciences humaines voire l’humour sont largement sous représentés par rapport à leurs productions propres. Simple désaffection des organisateurs pour des genres littéraires considérés comme mineurs ou accessoires ? Heureusement, certains nouveaux prix préfèrent la singularité en couronnant des pans très pointus de la littérature ou des catégories spécifiques d’auteurs.

Ainsi le prix Intégrance Handi-livres, qui veut « promouvoir et encourager les ouvrages et les auteurs » qui traitent du handicap. Le prix vert de l’Alliance récompense quant à lui un ouvrage traitant de l’environnement. De même, le prix des agents de la mairie de Paris s’intéresse, entre autres choses, à « valoriser le travail d’écriture de ses agents » : on va donc ici chercher à distinguer certaine catégorie socio-professionnelle, démarche rare et innovante en la matière.

Mais force est de constater que ces nouvelles orientations restent encore trop limitées dans les prix littéraires français.

A bientôt et portez-vous bien !
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