C’est en découvrant Le chant d’amour de Giorgio de Chirico que le peintre belge René Magritte, dont les œuvres sont alors de
style impressionniste, éprouve son premier grand choc artistique. Il écrit : « Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois. » Son compatriote et poète Louis Scutenaire confirme : « Le chant
d’amour enthousiasma le jeune peintre au point qu’il faut y voir le détonateur de l’explosion magritienne. » Magritte s’oriente dès lors vers le surréalisme. L’un des tableaux qui le fait passer
à la postérité a pour titre La trahison des images. Réalisé en 1929, il représente une pipe, au-dessous de laquelle on peut lire la fameuse légende : « Ceci n’est pas une pipe », manière
de signifier qu’un objet a beau être reproduit de la manière la plus réaliste, il ne restera qu’une image. En l’occurrence il est impossible de fumer cette pipe, comme Magritte l’explique
lui-même : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon
tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! » Il déclare encore : « L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible
que nous offre le monde. »
La pensée de Magritte à travers La trahison des images rejoint celle du philosophe américain William James qui affirmait quelques décennies avant lui : « Le mot chien ne mord pas.
»
Extrait du Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire (Henri Pigaillem, City éditions, 2008).
A bientôt et portez-vous bien !