Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 00:30



La première femme que Louis XIV aima d’un véritable amour fut Marie Mancini, l’une des fameuses nièces de Mazarin. Désirant une union plus avantageuse pour la France, le ministre songeait à marier le roi à l’Infante Marie-Thérèse d’Espagne, fille aînée de Philippe IV.  Ainsi préféra-t-il éloigner Marie de la cour et la fit-il repartir en Italie, où elle allait épouser le connétable Lorenzo Colona. Saint-Simon nous assure que les adieux entre Louis XIV et Marie Mancini furent déchirants. La jeune femme eut ces mots : « Vous m’aimez, vous êtes roi, vous pleurez et je pars. » Racine s’en inspira pour écrire dans son Bérénice : « Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez ! », que Bérénice réplique au « Hélas ! que vous me déchirez ! » prononcé par Titus. Voltaire, commentant la tragédie de Racine, écrit de son côté : « "Vous m’aimez, vous êtes roi, vous pleurez et je pars." Cette réponse est plus remplie de sentiment, est bien plus énergique que le vers de Bérénice. Ce vers même n’est au fond qu’un reproche un peu ironique : "Vous dites qu’un empereur doit vaincre l’amour ; vous êtes empereur et vous pleurez !" »

Enfin, dans Le vicomte de Bragelonne, Alexandre Dumas relate cette scène émouvante entre les deux amants : « Elle vit les yeux humides du roi, son front pâle, ses lèvres convulsives, et s’écria avec un accent que rien ne pourrait rendre : « Oh ! sire, vous êtes roi, vous pleurez, et je pars ! » Le roi, pour toute réponse, cacha son visage dans son mouchoir. L’officier poussa comme un rugissement qui effraya les deux chevaux. Mlle de Mancini, indignée, quitta le roi et remonta précipitamment dans son carrosse en criant au cocher : « Partez, partez vite ! » Le cocher obéit, fouetta ses chevaux, et le lourd carrosse s’ébranla sur ses essieux criards, tandis que le roi de France, seul, abattu, anéanti, n’osait plus regarder ni devant ni derrière lui. »

Réfutant ce touchant épisode relatif au roi et Marie Mancini, Pierre Bayle, dans Réponses aux questions d’un Provincial, publié en 1704, nous dit : « Je suis sûr que vous me pourriez nommer plus de cent personnes qui vous ont allégué ce discours de la demoiselle Mancini, non seulement comme une pensée délicate et ingénieuse, mais aussi comme un fait certain, et cependant ce n’est qu’une fable romanesque et très impertinemment inventée. Car lorsque Marie Mancini partit de France pour aller épouser en Italie le connétable Colonna, elle n’avait plus de part à l’amour du roi, et il n’était plus possible qu’elle conservât aucune espérance. Il y avait plus de neuf mois que l’infante Marie-Thérèse était l’épouse de ce prince. »

Extrait du Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire (Henri Pigaillem, City éditions, 2008).

A bientôt et portez-vous bien !



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