Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 00:37



Le 23 juin 1789, lorsque Henri-Évrard de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, vint apporter l’ordre du roi de dissoudre l’Assemblée constituante, Mirabeau lui répliqua : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la puissance des baïonnettes. »
Le passage « que par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la puissance des baïonnettes » a souvent été remplacé dans les manuels scolaires par « que par la volonté NATIONALE et que nous n’en sortirons que par la FORCE des baïonnettes. » Le Moniteur de l’époque rapporta la citation dans son intégralité :
 
« Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au Roi ; et vous qui ne sauriez être son organe auprès des Etats-Généraux, vous qui n’avez ici ni place ni voix, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. »

Quarante-quatre ans plus tard, le 10 mars 1833, s’ouvrit à la chambre des pairs un débat au sujet de la pension à décerner aux vainqueurs de la Bastille. Le fils de l’ancien grand maître des cérémonies Dreux-Brézé y participait. Lorsqu’on évoqua l’épisode relatif aux propos échangés entre Mirabeau et son père, il apporta son témoignage, que Le Moniteur publia :

« Mon père fut envoyé pour demander la dissolution de l’assemblée nationale. Il y arriva couvert, c’était son devoir, il parlait au nom du roi. L’assemblée qui était déjà dans un état d’agitation trouva cela mauvais. Mon père, en se servant d’une expression que je ne veux pas rappeler, répondit qu’il resterait couvert, puisqu’il parlait au nom du roi. Mirabeau ne lui dit pas : « Allez dire à votre maître... » J’en appelle à tous ceux qui étaient dans l’Assemblée et qui peuvent se trouver dans cette enceinte ; ce langage n’aurait pas été admis. Mirabeau dit à mon père : « Nous sommes assemblés par la volonté nationale, nous n’en sortirons que par la force. » Je demande à M. de Montlosier, si cela est exact. Mon père répondit à M. Bailly : « Je ne puis reconnaître dans M. Mirabeau que le député du bailliage d’Aix, et non l’organe de l’assemblée nationale. » Le tumulte augmenta, un homme contre cinq cents est toujours le plus faible ; mon père se retira. Voilà, Messieurs, la vérité dans toute son exactitude. »


Extrait du Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire (Henri Pigaillem, City éditions, 2008).

A bientôt et portez-vous bien !



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