Une bonne idée de cadeau à faire pour Noël. Mon nouveau livre, Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire, est en vente depuis le mois de septembre dernier. En voici un nouvel
extrait :
Le régime de terreur qu’avait instauré Néron finit par susciter de nombreux complots. Proclamé ennemi public par le sénat, l’empereur choisit, le 11 juin
68, de se donner la mort. Il hésita d’abord, se lamentant ainsi : « Ma vie est honteuse et infâme. Cela ne sied pas à Néron, non. Il faut être sage dans de pareils moments. Allons,
réveillons-nous. » Puis entendant les chevaux des conjurés qui venaient se saisir de lui, il se résigna à se transpercer la gorge d’un coup de poignard. Il se montra si maladroit qu’il demanda à
son secrétaire Épaphrodite de l’aider. Avant le coup fatal, il déclara : « Quel artiste va périr avec moi ! » (« Qualis artifex pereo ! ») Ces mots s’expliquent par le fait que toute sa vie il
avait été passionné d’art, et particulièrement de théâtre. Il s’était lui-même maintes fois produit sur scène, obligeant le public à rester jusqu’à la fin de ses représentations, sous peine de
mort. Il était persuadé d’être un grand artiste. « Quel artiste va périr avec moi ! » ne fut pas la dernière parole de Néron. Dans Vies des douze Césars, l’historien latin Suétone nous dit : « Il
respirait encore lorsqu’un centurion entra. Feignant d’être venu à son secours, il appliqua sa casaque sur la blessure. Néron ne lui dit que ces mots : "Il est trop tard", et ceux-ci : "Voilà
donc la fidélité ! " Il mourut en les prononçant. »
Le jour de sa mort, en 14 après J.-C, l’empereur Auguste, cinquante ans avant lui, avait eu un mot similaire au Qualis artifex pereo ! de Néron : s’étant fait revêtir d’une longue toge pourpre et
farder à souhait, il demanda : « Suis-je bon comédien ? »
Extrait du Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire (Henri Pigaillem, City éditions, 2008).
A bientôt et portez-vous bien !