Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 00:02



Une idée de cadeau pour Noël. Je vous rappelle que mon nouveau livre, Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire, est en vente depuis le mois de septembre dernier.

Grâce à Voltaire nous sont parvenues de nombreuses anecdotes et citations qui se sont la plupart du temps avéré authentiques. Il est cependant des propos qu’il s’obstina à mettre dans la bouche de madame de Sévigné et qui mettaient en cause Racine. Dans Le siècle de Louis XIV, il vint une première fois à la charge : « Madame de Sévigné, la première personne de son siècle pour le style épistolaire, croyait toujours que Racine n’irait pas loin. Elle en jugeait comme du café, dont elle dit "qu’on se désabusera bientôt. Il faut du temps pour que les réputations mûrissent." »

Il récidiva dans la préface de sa dernière tragédie, Irène, publiée en 1778 : « Si nous avons été indignés contre Mme de Sévigné, qui écrivait si bien et qui jugeait si mal ; si nous sommes révoltés de cet esprit misérable de parti, de cette aveugle prévention qui lui fait dire que "la mode d’aimer Racine passera comme la mode du café," jugez, madame, combien nous devons être affligés qu’une personne aussi instruite que vous ne rende pas justice à l’extrême mérite d’un si grand homme. »

A la suite de quoi Eugène Géruzez, dans ses Essais d’histoire littéraire, s’irrita : « Comment se fait-il que l’arrêt en question soit devenu proverbe ? Le premier coupable est Voltaire, et La Harpe a consommé le crime. Mme de Sévigné avait dit, en 1672 : "Racine fait des comédies pour la Champmeslé ; ce n’est pas pour les siècles à venir. Si jamais il cesse d’être amoureux, ce ne sera plus la même chose. Vive donc notre vieil ami Corneille !" » La Harpe, que cite Géruzez, Jean-François de La Harpe, contemporain de Voltaire, s’était laissé abuser par l’assertion de ce dernier et avait gaiement répété : « Les gens de lettres sont sujets à mal juger, par un intérêt qui va jusqu’à la passion : les gens du monde, d’abord, par une indifférence qui leur fait adopter légèrement l’avis qu’on leur donne, ensuite par un entêtement qui leur fait soutenir le parti qu’ils ont embrassé. Voilà ce qui fait durer plus ou moins les préventions de société, source de tant d’injustices. De là celles de madame de Sévigné envers Racine, dont elle a dit qu’il passera comme le café. »

En 1676, six ans après l’introduction du café en France, dans une lettre adressée à sa fille madame de Grignan, madame de Sévigné avait écrit : « Vous voilà donc bien revenue du café ; mademoiselle de Méré l’a aussi chassé. Après de telles disgrâces peut-on compter sur la fortune ? » Dans cette libre appréciation du café il n’est pas question de Racine.

Extrait du Petit dictionnaire des grandes phrases de l’Histoire (Henri Pigaillem, City éditions, 2008).

A bientôt et portez-vous bien !



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