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Mardi 20 juin 2006

L'été c'est demain ! Voici la saison qui, chaque année à cette époque, nous donne envie d'envisager les plus beaux voyages ou les plus belles promenades. Afin de méditer sur votre prochaine destination, je vous propose de me suivre dans une promenade très personnelle et pour le moins singulière. Une "promenade littéraire" qui nous transporte sur des lieux fréquentés ou habités par différents écrivains français. Avec, par ordre chronologique... :

Lamartine

En 1820, Alphonse de Lamartine reçoit le château de Saint-Point, situé près de Mâcon, à l'occasion de son mariage avec Mary Ann Birch, une jeune anglaise. Il restaure Saint-Point dans le style Néo-gothique anglais, en hommage à sa femme, et l'agrémente d'un très beau parc. A proximité se trouve la chapelle funéraire de Lamartine et l'église romane du XIIème siècle. Le château est actuellement propriété des petits neveux de l'écrivain.

Victor Hugo

Dans son roman La Reine Margot, Alexandre Dumas décrit longuement la place Royale, devenue depuis place des Vosges, à Paris. Pendant seize ans, de 1832 à 1848, Victor Hugo y loue un appartement situé au deuxième étage de l'Hôtel de Rohan-Guéménée. Il reçoit fréquemment Vigny, Lamartine, Béranger, Sainte-Beuve, Dumas, Mérimée, le sculpteur David d'Angers et écrit quelques-unes de ses oeuvres majeures : Marie Tudor, Ruy Blas, Les Burgraves, Les Chants du Crépuscule, Les Voix intérieures, Les Rayons et les Ombres, ainsi qu'une grande partie des Misérables et La Légende des siècles. Depuis 1902, année du centenaire de la naissance de Victor Hugo, cette maison est un musée.
Le coup d’Etat de Napoléon III le chasse à Jersey, où il demeure à l’hôtel de la Pomme d’Or, puis dans la maison de Marine terrace, disparue depuis. Entre 1856 et 1870, il est à nouveau en exil, cette fois à Guernesey. Il y arrive le 31 octobre 1855. Il loge à l’hôtel de l’Europe. Pour ne plus être expulsé (la loi anglaise protégeant les propriétaires d’une expulsion), il achète rapidement, en mai 1856, grâce aux droits d'auteur des Contemplations, une maison au 20 Hauteville Street, maison construite cinquante ans plus tôt par un corsaire anglais. Il l'aménage pièce par pièce. Son goût romantico-baroque explose en tapisseries, boiseries et faïences. Il glane sur l’île des meubles français, espagnols, italiens, qu’il démonte et recompose souvent lui-même. Au troisième étage, il fait construire une cage de cristal de trois mètres sur deux, dominant la ville, tournée vers la mer, Jersey et la France.
C'est dans cette maison de Hauteville Street qu'il écrit entre autres L’homme qui rit, Les châtiments, Les travailleurs de la mer, et achève, quinze ans après l'avoir commencé à Paris, son roman Les Misérables.
Le 15 août 1870, Hugo quitte Guernesey pour Paris, où il meurt le 22 mai 1885.

Théophile Gauthier

A Paris, Victor Hugo a pour voisin Théophile Gauthier. Après une adresse rue Vieille-du-Temple et une autre 4 rue du Parc-Royal, celui-ci habite, entre 1828 et 1833, avec ses parents, 8 place des Vosges, alors que Hugo demeure au 6. Il y commence l'écriture de Mademoiselle de Maupin et de La Larme du diable. Ses parents le soutiennent dans ses entreprises littéraires. Son père, fervent défenseur du romantisme, ne le laisse sortir de sa chambre que lorsqu’il a écrit dix pages.
En 1840 ou 1841, il déménage pour habiter avec Gérard de Nerval au 14 rue de Navarin, à Montmartre. Il demeure ensuite 17 quai d’Anjou, dans l’hôtel de Pimodan, devenu hôtel de Lauzun, où il fonde le Club des haschichins (titre de la nouvelle parue en 1846 dans la Revue des Deux mondes). C’est là qu’en 1845 il fait connaissance de Baudelaire, qui habitera plus tard ce même hôtel.
En 1857, sur le conseil des directeurs du Moniteur universel, il quitte le 5e étage de la rue de la Grange-Batelière et s’installe avec sa femme et leurs deux filles au 32 rue de Longchamp, à Neuilly.
L’écrivain garde tout de même un pied-à-terre parisien, au 35 rue de Grammont, mais meurt à Neuilly, en 1872.

Honoré de Balzac

Arrivé de Tours avec ses parents en 1814, Balzac habite plus tard parfois dans différents lieux simultanément, et souvent sous de fausses identités afin de fuir ses créanciers. Les historiens ont pu localiser tant bien que mal les demeures où il vécut, lorsqu'il ne séjournait pas au château de Saché, en Touraine :

-9 rue de Thorigny, aujourd’hui 122 rue du Temple, après 1814.
-9 rue Lesdiguières, en 1819.
-17 rue Portefoin, la même année et sans doute en même temps.
-7 rue du Roi Doré, de 1820 à 1824.
-17 rue des Marais Saint-Germain, aujourd’hui rue Visconti, où existe encore le grand local dans lequel il avait installé une imprimerie.
-2 rue de Tournon, de 1827-1830, où il était voisin de la célèbre cartomancienne Mademoiselle Lenormand.
-1 rue Cassini, de 1830 à 1834, bâtiment aujourd’hui disparu mais jouxtant quasiment l'actuel hôtel de Massa, qui abrite la Société des Gens de Lettres.
-12 rue des Batailles, aujourd’hui 9 avenue d’Iéna, en 1834.
-22 rue de Provence, à une date incertaine.
-14 avenue Gambetta (alors nommé "Les Jardies"), simultanément au 14 rue de Ville-d’Avray à Sèvres, de 1837 à 1840.

Il possédait également un pied-à-terre au 108 rue de Richelieu, chez le tailleur Buisson, en même temps qu’il s’installait 19 rue Basse, aujourd’hui 47 rue Raynouard, de 1840 à 1847.   Enfin, à partir de 1847, il logea au 14 rue Fortunée, qui donnait sur les Champs-Elysées. Il y mourut le 18 août 1850. Cette rue porte aujourd'hui son nom.

J'ai évoqué son adresse rue Basse, actuelle rue Raynouard. La maison qu'il habitait est devenue "La Maison de Balzac", musée qui appartient à la ville de Paris. Balzac, toujours criblé de dettes, l'avait choisie pour le grand jardin qui lui permettait de fuir en cas de visite d'un homme de loi. Il y occupait l’étage supérieur, les étages inférieurs étant habités par des familles d’ouvriers. Lorsque l'on visite "La Maison de Balzac", on découvre la table de travail sur laquelle il a écrit La Rabouilleuse, le Curé de village, Une ténébreuse affaire, Les Paysans, Ursule Mirouet, Honorine, les Mémoires de deux jeunes mariés, ou encore Modeste Mignon, Splendeurs et misères des courtisanes, la Cousine Bette, le Cousin Pons. La généalogie des personnages de La Comédie humaine occupe maintenant plusieurs murs du jardin. Le rez-de-chaussée abrite la bibliothèque.

George Sand

Le château de Nohant appartient depuis 1952 à la Caisse des monuments historiques. Ouvert depuis 1961 au public, il vient d'être restauré. Les visiteurs affectionnent cette demeure romantique où vécut George Sand, et que fréquentèrent Alfred de Musset, Frédéric Chopin, Franz Liszt, Eugène Delacroix et tant d'autres invités prestigieux. Nohant est l'archétype de la maison d'écrivain, au sens traditionnel du terme. Le caractère intimiste des reconstitutions, la vie mouvementée de George Sand, sa personnalité si riche font que le pèlerinage à Nohant, au coeur de ce Berry qu'elle aimait tant, prend une tonalité romanesque à laquelle contribuent le Festival Chopin et les Fêtes romantiques organisées chaque année.

Des visites du château de Nohant permettent de voir le jardin aménagé par George Sand elle-même, avec son verger, sa roseraie, son petit bois romantique, son cimetière et la prairie où deux cèdres commémorent la naissance des deux enfants de l’écrivain, Solange et Maurice

Gustave Flaubert

Flaubert est né à Rouen en 1821, dans l’appartement de fonction de son père, chirurgien en chef de l’hôpital. En 1844, ce dernier achète une maison de campagne à Croisset, où l’abbé Prévost aurait écrit la première version de Manon Lescaut. Flaubert commence par y passer les étés, puis s’y établit en 1851 avec sa mère.
Le bureau de l’écrivain à Croisset ne se trouve pas dans le pavillon que l’on peut visiter aujourd’hui, mais au premier étage de la maison disparue. C'est une "vaste pièce, écrit Henri Troyat, éclairée par cinq fenêtres, dont trois donnent sur le jardin et deux sur le fleuve. Une bibliothèque aux rayons bourrés de livres. Ça et là, des portraits d’amis. Un fauteuil à dossier haut, un divan pour la sieste ou la rêverie et une table en chêne avec des feuillets épars, son encrier-crapaud, et son assortiment de plumes d’oie, car le maître de céans méprise les plumes d’acier. Par terre, une peau d’ours"

Flaubert passe sa vie entre Croisset et Paris. Dans la capitale, il habite de nombreuses demeures, dont l’Hôtel de l’Europe, 5 rue Le Peletier, à partir d’avril 1842, puis le 35 de la rue de l’Odéon, en juillet de la même année. Il retourne à l’Hôtel de l’Europe et s’installe, à l’automne 1842, 7 rue de l’Est. Il croise Victor Hugo, renoue avec les Schlésinger, ce qui va lui inspirer L’Education sentimentale, et fait connaissance avec Maxime Du Camp.
Lorsqu’il vient à Paris avec sa mère et sa nièce, ils logent à l'Hôtel Sully, 6 rue du Dauphin.
A plusieurs reprises, et en particulier en novembre 1853, alors qu’il tente de prendre ses distances avec Louise Colet, dont il est l’amant depuis 1846, il loue une chambre à l’Hôtel du Helder, dans le 9e arrondissement.
En 1855, l’année où il écrit la dernière partie de Madame Bovary, Flaubert s’installe 42 boulevard du Temple. Certains étés des années 1860 le trouvent à Saint-Gratien, chez la princesse Mathilde.
En 1869, il quitte le boulevard du Temple, trop coûteux, pour le 4 rue Murillo, "au quatrième étage, avec vue sur le parc Monceau".
En 1875, la ruine d’Ernest Commanville, négociant en bois et mari de sa nièce Caroline, le contraint à quitter la rue Murillo et à s’installer 240 faubourg Saint-Honoré. Il y poursuit ses réunions du dimanche, qui rassemblent Zola, Tourgueniev, Daudet, Edmont de Goncourt, et à présent Maupassant.
Il revient à Croisset, où il meurt en 1880.

Charles Baudelaire

Charles Baudelaire occupa de nombreux logements. Comme pour Balzac, on a pu en établir une liste, à savoir :

-13 rue Hautefeuille, dans le quartier latin, où il naît le 9 avril 1821,
-Rue Saint-André-des-Arts.
-La pension Levêque et Bailly, rue de l’Estrapade,
-Rue du Débarcadère, à Neuilly.
-22 quai de Béthune, sur l’Ile Saint-Louis, après quelques petits séjours à Lyon, Bordeaux, l’Ile Maurice et sur les mers,
-Rue Vaneau,
-15 puis 17 quai d’Anjou, à nouveau sur l'Ile Saint-Louis, dans l’hôtel de Pimodan devenu hôtel de Lauzun, où demeurait Théophile Gautier qui y créa son Club des Haschichins (voir plus haut).
-Hôtel Corneille, rue Corneille,
-Hôtel de Dunkerque et Folkestone, 32 rue Laffitte,
-33 rue Coquenard.
-24 rue de Provence.
-Rue de Tournon.
-6 rue de la Femme-sans-tête, devenue rue Le Regrattier,
-36 rue de Babylone,
-95 avenue de la République à Neuilly, après un séjour à Dijon.
-25 rue des Marais-du-Temple.
-11 boulevard Bonne Nouvelle,
-Hôtel du 60 rue Pigalle,
-Hôtel d’York, 61 rue Sainte-Anne, rue qui porte aujourd'hui son nom.
-Hôtel du Maroc, 57 rue de Seine.
-Hôtel de Normandie, 13 rue Neuve-des-Bons-Enfants.
-27 rue de Seine.
-18 rue d’Angoulême (actuelle rue Jean-Pierre Timbaud),
-Hôtel Voltaire, 19 quai Voltaire, où il achève Les fleurs du mal en 1857.
-22 rue Beautreillis, après un séjour chez sa mère à Honfleur.
-Hôtel de Dieppe, 22 rue d’Amsterdam.
-Hôtel du Chemin de fer du Nord, place du Nord.
-4 rue Louis-Philippe, à Neuilly.

Sa dernière adresse fut celle de la rue du Dôme, dans le quartier de Chaillot, où se trouve la clinique du docteur Duval. Après plusieurs séjours en Belgique, il y meurt le 31 août 1867.

Chateaubriand

Lors du premier assaut du Palais des Tuileries en juin 1792, un brasseur du faubourg Saint-Marcel à Paris, André-Arnoult Aclocque, alors chef de légion de la Garde nationale, aurait, par ses conseils avisés, évité le pire : Louis XVI, coiffé du bonnet phrygien, orné de la cocarde tricolore et entouré de sa famille, était paru au balcon, avait levé son verre à la santé de la Nation, et calmé ainsi les assaillants après de nombreuses heures d'incertitude. Marie-Antoinette, reconnaissante, aurait promis de venir remercier son défenseur. La tradition veut qu'André-Arnoult Aclocque, alors devenu riche, ait fait construire en quelques jours, près du petit village d'Aulnay (aujourd'hui Aulnay-sous-Bois, dans la région parisienne), un pavillon en brique et en pierre, la future "Tour Velléda", pour accueillir dignement sa souveraine.
C'est à proximité d'Aulnay que se trouve la Vallée-aux-Loups. Lorsque Chateaubriand l'acquiert, en 1807, il a près de quarante ans. Autour du pavillon bâti par Aclocque a été construit le grand domaine, sous l'impulsion des seigneurs Ségur et Girardin, du sénateur d'Empire Lenoir-Laroche, protecteur de l'illuministe Saint-Martin, de poètes et de musiciens.
Chateaubriand écrit de la Vallée-aux-Loups :"Mon Dieu, que ne puis-je faire dans la vie ce que je voudrais ! Je ne revois pas cette petite vallée que le cœur ne me palpite de joie. Si j'étais seul, je ne la quitterais jamais". Il fait du petit pavillon, qu'il baptise "la Tour Velléda" après avoir écrit les Martyrs, en 1809, et situé un peu à l'écart de la maison principale, un cabinet de travail d'où sont sortis de nombreuses oeuvres dont Les Mémoires d'outre-tombe.

Jules Michelet

Le château de Vascoeuil, près de Rouen, est habité par Jules Michelet lorsque ce dernier vient de perdre sa femme, en 1839, et qu’il s’éprend de la mère d’un de ses élèves, Alfred Poullain-Dumesnil. Madame Poullain-Dumesnil, propriétaire du château de Vascoeuil, décède en 1842 chez l’écrivain-historien, au 10 rue des Postes (devenue rue Lhomond), où elle s’était installée pour se soigner. Mais Michelet continue d’être l’hôte de Vascoeuil, Alfred devenant bientôt son gendre. A Vascoeuil, son esprit est stimulé par "la tendre lumière des cieux vaporeux de Normandie", comme l'écrit Jacques Rueff. En 1846, année de la mort de son père, Michelet y achève Le Peuple, oeuvre en partie autobiographique.
Alors que Lamartine publie en 1847 son Histoire des Girondins, Michelet travaille à Vascoeuil à son Histoire de la Révolution et interroge les témoins survivants. La même année, il quitte le château pour le 45 rue de Villiers à Paris.

Emile Zola

On peut visiter la maison d'Emile Zola à Médan, au bord de la Seine. Achetée grâce au succès de son roman L'Assommoir, elle apparaît comme un concentré du rapport que peut entretenir l'écrivain avec sa maison. Zola en est le concepteur et l'architecte. Elle grandit au fil de ses livres, le pavillon initial s'enrichissant d'une tour « Nana », puis d'une tour « Germinal ». Le romancier y écrit au calme, mais y reçoit aussi ses amis : lieu de retraite, de création mais également de convivialité, en pleine nature mais à proximité de Paris, elle reflète ses goûts et sa personnalité, son esthétique et son mode de vie. Un important projet de restauration est en cours, à l'initiative de son mécène Pierre Bergé.

Marcel Proust

A la fin de l’été 1891, Marcel Proust a vingt ans. Il séjourne alors à Trouville chez les parents de son ami Jacques Baignères, dans leur villa des Frémonts, qui donne à la fois sur la mer et sur la campagne normande. Il y retourne l’année suivante. Il est alors plongé sans grande conviction dans des études de droit et de sciences politiques que son père, ne souhaitant pas une carrière littéraire pour son fils, a choisies pour lui.
Les étés 1893 et 1894 trouvent à nouveau Marcel à Trouville, mais avec sa mère et dans l’appartement 110 du premier étage de l’hôtel des Roches noires : trois cents chambres à l’extrémité est de la plage.
Les couchers de soleil, les lectures et les promenades sur le sable ou dans la campagne avec une bande d’amis (dont de futurs écrivains) l’attirent davantage que les baignades en mer.
Soixante-dix ans après que le jeune Proust ait habité l’appartement 110, Marguerite Duras achètera l’appartement 105 des Roches noires.
A la mort de ses parents, Proust se trouve contraint, à plus de trente ans, d’habiter seul. Il descend alors à Paris et sous-loue en 1905 à sa grand-tante un appartement sombre et bruyant au premier étage du 102 boulevard Haussmann. "Les décors, écrit Séverine Jouve dans Paris des écrivains, comme les faits et les êtres qui habitent l’édifice de A la recherche du temps perdu, ne reçoivent pas leur vraie vie de la perception présente, mais seulement de l’imagination et du souvenir. C’est de sa chambre de malade que l’artiste a entrepris sa traversée de Paris. Et si les quartiers, les rues et les monuments sont souvent cités, ils sont rarement décrits."

Pierre Loti

La demeure de Pierre Loti à Rochefort, près de La Rochelle, est l'une des plus étonnantes. De cette maison de famille, austère et bourgeoise, le romancier-officier de marine y fit un perpétuel théâtre, y projetant ses rêves, ses délires, ses nostalgies. Les décors se succèdent, empruntant à la Turquie, à la Chine, au Japon meubles et tentures, à l'image de ces déguisements que l'écrivain aimait tant porter lui-même. Il y organisait des fêtes somptueuses, mais y vécut dans une cellule monacale, qui nous livrait un peu de la vérité de ce « coeur plus changeant qu'un ciel d'équinoxe ».

Louis Aragon

Le moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yvelines, est acheté par Louis Aragon en 1951, afin d'offrir « un morceau de terre française » à sa femme, la romancière d'origine russe Elsa Triolet. Les deux écrivains travaillent ensemble à la remise en état de la propriété et à leurs oeuvres. Ils sont enterrés dans le parc, côte à côte. Merveilleusement restaurée à l'identique, la maison que l'on peut visiter aujourd'hui est telle qu'à la mort d'Aragon, avec sa cuisine en faïence bleue, sa grande table de bois, son moulin à eau et ses milliers de livres. Des cycles de conférences sur Elsa Triolet et Aragon, des rencontres, des expositions de jeunes créateurs ainsi que de peintres liés aux deux artistes composent des programmes culturels ouverts au public.

François Mauriac

Fin 1926, François Mauriac hérite de la propriété familiale de Malagar, à quarante kilomètres au sud de Bordeaux, une maison bourgeoise du XVIIIe siècle aux dimensions modestes, entourée de chaix et de communs. C’est là qu’entre 1927 et 1968, deux ans avant sa mort, il vient chaque année à Pâques et aux vendanges. Mauriac la nomme "cette pauvre maison déguisée en manoir", et décrit le paysage qui l'entoure comme étant "le plus beau du monde, à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais, seul à se souvenir des visages détruits dont je ne parle plus à personne, et dont le vent, au crépuscule, après un jour torride, est le souffle vivant, chaud, d’une créature de Dieu."
Malagar fournit à l’écrivain le cadre de trois ouvrages : Le noeud de vipères, La chair et le sang et Destins. C’est également à Malagar qu’il rédige, souvent sur ses genoux, deux cent cinquante chroniques de sa célèbre rubrique Bloc-notes. Malagar, enfin, le voit s’engager aux côtés des républicains espagnols de 1936, dénoncer la collaboration avec l’occupant nazi en 1940, et fustiger après-guerre les excès de la politique coloniale de la France.

Françoise Sagan

Ce n’est ni grâce aux droits d’auteurs d’un livre ni grâce aux droits d’adaptation de l’une de ses oeuvres au cinéma que Françoise Sagan achète le manoir du Breuil, à Equemauville, mais grâce à la roulette du casino de Deauville. En juillet 1958, lassée de Saint-Tropez, elle loue la propriété où ont séjourné jadis Alphonse Allais, Jules Renard, Sacha Guitry et d’autres. Comme l'écrit Jérôme Garcin dans Littérature vagabonde, "elle gagne à la roulette le 8 août, grâce au chiffre 8, quatre vingt mille francs qu’elle apporte immédiatement, à huit heures du matin, au propriétaire du manoir... avant d’aller se coucher afin d’être en forme pour la nuit prochaine."
Ainsi devient-elle propriétaire pour la première fois de sa vie.

A bientôt et portez-vous bien !

En tête d'article : Victor Hugo. Ci-dessous : la maison de George Sand à Nohant.



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