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Lundi 3 juillet 2006

 Il y a 123 ans aujourd'hui naissait le grand Franz Kafka. Une brève biographie, une liste de ses principales oeuvres et un extrait de son récit allégorique la Métamorphose, voici les ingrédients d'un bel hommage à l'écrivain tchèque d'expression allemande.

Après l'obtention de son doctorat de droit, Franz Kafka est embauché par une compagnie d'assurances. Profondément ébranlé par la Première Guerre mondiale, des rapports difficiles avec ses parents et son travail routinier, il se lance dans l'écriture. La situation géographique de Prague favorise le brassage culturel et l'auteur subit trois influences majeures : celle de la culture allemande, de la culture tchèque et du judaïsme. Il projetait d'ailleurs de se rendre en Palestine, voyage qu'il n'effectuera jamais. Après une série de fiançailles toujours rompues, Kafka connaît enfin une relation amoureuse pacifiée. Mais atteint d'une pneumonie depuis 1917, il s'éteint dans un sanatorium. Il a brillamment dépeint l'absurdité de la condition humaine et l'angoisse de la quête d'identité dans des oeuvres au style sobre.

Ses oeuvres :

1910 - Considérations
1913 - Le chauffeur
1913 - Regards
1913 - Le Verdict
1913 - Le Soutier
1915 - La Métamorphose
1919 - La Colonie pénitentiaire
1919 - Un médecin de campagne
1921 - Première souffrance
1924 - Un champion de jeûne

Oeuvres publiées après sa mort :

1925 - Le Procès
1926 - Le Château
1927 - L'Amérique
1931 - La Muraille de Chine
1934 - Devant la loi

Extrait de la Métamorphose (1915) :

Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé dans son lit en
une formidable vermine. Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et,
en levant un peu la tête, il s'aperçut qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture à peine retenue par le sommet de cet édifice était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux.
« Que m'est-il arrivé » pensa-t-il. Ce n'était pourtant pas un rêve : Sa chambre, une vraie chambre d'homme quoique un peu petite à vrai dire, se tenait bien sage entre ses quatre murs habituels. Au-dessus de la table où s'étalait da collection d'échantillons de drap - Grégoire était voyageur de commerce - on pouvait toujours voir la gravure qu'il avait découpée récemment dans un magazine et entourée d'un joli cadre doré. Cette image représentait une dame assise bien droit, avec une toque et un tour de cou en fourrure ; elle offrait aux regards des amateurs un lourd manchon dans lequel son bras s'engouffrait jusqu'au coude.
Grégoire regarda par la fenêtre; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc; ce temps
brouillé le rendit tout mélancolique : « Si je me rendormais encore un peu pour oublier
toutes ces bêtises », pensa-t-il; mais c'était absolument impossible; il avait l'habitude de dormir sur le côté droit et ne pouvait arriver dans sa situation présente à adopter la position voulue. Il avait beau essayer de se jeter violemment sur le flanc, il revenait toujours sur le dos avec un petit mouvement de balançoire. Il essaya bien cent fois en fermant les yeux, pour ne pas voir les vibrations de ses jambes, et n'abandonna la partie qu'en ressentant au côté une douleur sourde qu'il n'avait jamais éprouvée.
« Quel métier, pensa-t-il, quel métier ai-je été choisir ! Tous les jours en voyage !
Des ennuis pires que dans le commerce de mes parents! et par-dessus le marché, cette
plaie des voyages : les changements de train, les correspondances qu'on rate, les mauvais repas qu'il faut prendre n'importe quand; à chaque instant, des têtes nouvelles, des gens qu'on ne reverra jamais, avec lesquels il n'y a pas moyen d'être camarades ! Que le iable emporte la boîte! » Il sentit une petite démangeaison en haut du ventre, s'approcha un eu plus du bois de lit - en se traînant lentement sur le dos - pour pouvoir mieux lever la tête, et aperçut à l'endroit qui se démangeait toute une série de petits points blancs auxquels il ne comprit rien; il essaya de tâter l'endroit avec une de ses pattes, mais il dut la retirer ien vite, car ce contact lui donnait des frissons glacés.
Il reprit sa position primitive. Il n'y a rien d'aussi abrutissant, pensa-t-il, que de se lever toujours si tôt. L'homme a besoin de son sommeil.
Et dire qu'il y a des voyageurs qui vivent comme des femmes de harem ! Quand je retourne à l'hôtel, l'après-midi, pour noter les commandes, je trouve ces messieurs qui n'en sont encore qu'à leur petit déjeuner. Je voudrais voir ce que dirait mon chef si j'essayais
chose pareille ; je serais congédié immédiatement. Qui sait d'ailleurs si ce ne serait pas une bonne affaire ! Si je ne me retenais à cause de mes parents, il y a longtemps que j'aurais donné ma démission, je serais allé trouver le patron et je ne lui aurais pas mâché les choses. Il en serait tombé de son bureau. Voilà encore une drôle de manière : s'asseoir sur le bureau pour parler aux employés du haut d'un trône, surtout quand on est dur d'oreille et qu'il faut que les gens s'approchent tout près! Enfin, tout espoir n'est pas perdu; une fois que j'aurai réuni la somme que mes parents lui doivent - cela pourrait bien durer cinq ou six ans - je ferai certainement la chose. Et alors, un point, je tourne la page. En attendant, il faut me lever pour le train de cinq heures. »

A bientôt et portez-vous bien !


 


 


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