Je ne pouvais passer à côté de cette commémoration. Elle concerne l'un de mes auteurs favoris : Marcel Proust, né le 10 juillet 1871, et dont nous célébrons aujourd'hui l'anniversaire de naissance.
Il eut une fin torturée, comme je l'évoque plus bas, mais écrivit l'une des plus belles pensées pouvant servir de leitmotiv à ceux qui ont tort de ne plus vouloir espérer :
"Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie."
Marcel Proust est élevé dans un milieu bourgeois et cultivé. Mais la découverte de son homosexualité ouvre des failles dans son monde protégé. Il fait des études de droit, puis de lettres et intègre le milieu artistique et mondain de Paris. Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, voyageant en Europe. Mais la mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité fragile et inquiète. Son activité littéraire s'intensifie, et c'est dans la solitude qu'il crée l'un des romans occidentaux les plus achevés, A la recherche du temps perdu. Marcel Proust reçut en 1919 le prix Goncourt pour A l'ombre des jeunes filles en fleur, le deuxième volet de la trilogie. Dans l'ensemble de son oeuvre, il questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture.
Extrait de Du côté de chez Swann, l'un des plus beaux passages de ce livre qui est à lui seul une mine d'or :
"Elle avait appris dans sa jeunesse, à caresser les phrases, au long col sinueux et démesuré, de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de leur départ, bien loin du point où on avait pu espérer qu'atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément - d'un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu'à faire crier - vous frapper au coeur."
Anecdote rapportée par son frère Robert :
La mère de Proust l’appelait, enfant, de petits surnoms affectueux, tels mon petit jaunet, mon petit serin, mon petit benêt ou mon petit nigaud. Dans ses lettres, son fils était loup ou mon pauvre loup.
Ses amis et relations l’affublaient d’autres surnoms, plus ou moins amicaux, tels que : Poney, Lecram (anagramme de Marcel), l’abeille des fleurs héraldiques, le Flagorneur ou le Saturnien (ce dernier surnom se référant à son homosexualité) ; dans les salons, il était Popelin Cadet, et ses dîners mémorables dans le grand hôtel parisien l’ont aussi fait surnommer par son entourage le Proust du Ritz.
Au sujet de surnom, dans ses écrits, Proust a souvent utilisé des pseudonymes, non pour se cacher mais probablement par ironie. Ainsi, ses publications dans la presse sont signées Bernard d’Algouvres, Dominique, Horatio, Marc-Antoine, Écho, Laurence ou simplement D.
Ses principales oeuvres :
Les Plaisirs et les Jours (1896)
La Bible d'Amiens, traduction libre de l'ouvrage de John Ruskin The Bible of Amiens (1904)
A la recherche du temps perdu, qui comprend :
-Du côté de chez Swann (1913)
-A l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919)
-Le côté de Guermantes (1921-1922)
-Sodome et Gomorrhe (1922-1923)
-La prisonnière (posthume, 1925)
Albertine disparue (posthume, 1927)
Le Temps retrouvé (posthume, 1927)
Pastiches et Mélanges (1919)
Contre Sainte-Beuve (posthume, 1954), essai.
Il est décédé à Paris le 18 octobre 1922 :
"Octobre 1922. L’écrivain Marcel Proust, atteint d’une bronchite contractée lors d’une soirée chez ses amis les Beaumont, refuse d’écouter son frère Robert, qui lui recommande de s’alimenter et de cesser de travailler. La bronchite dégénère en pneumonie et Proust refuse à son frère d’être transporté dans une clinique. Le 17 octobre, il prétend se sentir mieux. Mais en novembre, son mal empire. Il rentre dans un délire qui ne le quittera plus. Il dit voir « une grosse femme noire » : « Vous savez, elle est venue ! Elle est très grosse et très noire ! Elle est toute noire, elle est affreuse ! Elle me fait peur ! Nul ne peut la toucher ! Elle est implacable et devient de plus en plus horrible ! » Le 18 novembre, à trois heures, il parle encore à son frère : « Je te fais du mal, mon pauvre Robert ». Il meurt à quatre heures et demie."
A bientôt et portez-vous bien !