J'ai
voulu concocter un florilège de manies dont ont pu souffrir certains écrivains. Je dis souffrir car parfois ces manies tournaient aux tocs (troubles obsessionnels
compulsifs) Voici ce florilège :
« Alors que j'écrivais la Chartreuse, raconte Stendhal, je lisais chaque jour deux ou trois pages du Code civil afin de trouver le ton juste. »
Hemingway, lui, devait aiguiser un assortiment de crayons avant de se lever pour travailler (ayant subi une blessure au dos lors de l'écrasement d'un avion, il écrivait debout, n'utilisant sa
machine à écrire que pour transcrire ses dialogues). Lewis Caroll et Virginia Woolf travaillaient eux aussi debout.
Balzac ne pouvait se mettre à l'oeuvre qu'après s'être préparé du café noir. Il se levait chaque soir à minuit, travaillait jusqu'à huit heure à ses ouvrages, consentait à prendre un quart
d'heure pour déjeuner, écrivait de nouveau jusqu'à cinq heures de l'après-midi. C'était alors le repas du soir, immédiatement suivi du lit.
Alexandre Dumas père, trouvait, pour sa part, inconcevable d'écrire ses essais ou ouvrages didactiques (non-fiction) sur un papier qui ne soit pas rose. De même, il estimait indispensable
d'écrire ses romans sur du papier bleu et ses poèmes sur du papier jaune.
Victor Hugo est probablement l'auteur qui poussa le plus loin la mise au point de méthodes d'auto-discipline efficaces. Ainsi, il confia un jour tous ses vêtements à son valet, lui intimant
l'ordre formel de ne les lui rendre que plusieurs heures plus tard, une fois qu'il aurait accompli la somme de travail qu'il s'était assignée pour la journée.
Parmi les premiers utilisateurs de la machine à écrire, mentionnons les noms de Henry James, Sigmund Freud et Mark Twain. En fait, Twain fut l'auteur, en 1875, du premier manuscrit entièrement
rédigé à la machine à écrire (Les Aventures de Tom Sawyer fut rédigé à l'aide d'une Sholes, du nom de l'inventeur de la machine à écrire).
Une légende rapporte qu'Edgar Allan Poe fut expulsé de l'Académie militaire de West Point, en 1830, pour «manquement grave à son devoir». Il s'était présenté nu à une parade publique. Les
instructions relatives à la tenue de rigueur lors des parades faisaient mention de «ceinture blanche et gants blancs sous les armes» et Poe les appliqua au pied de la lettre. Il se présenta sur
le champ de parade fusil en bandoulière, vêtu exclusivement d'une ceinture blanche et de gants blancs.
Marcel Proust était en proie à de fréquentes crises d'asthme qui ont apparu dès son enfance. Pour les combattre, il utilisa divers méthodes: tantôt des drogues pharmaceutiques, tantôt des remèdes
de bonne femme. Convaincu qu'elles survenaient surtout la nuit, il avait fini par décider de vivre la nuit, écrivant, sortant et recevant ses amis et ne s'endormant qu'au petit matin. Il évitait
les parfums et les poussières, craignait les pollens. Se prétendant en mauvaise santé permanente, il se couvrait de tricots et de lainages.
On a souvent fait état des nombreux écrivains malheureux en ménage. La plupart étaient des hommes. Ce qu'on sait moins, c'est qu'il y eut aussi des femmes-auteurs dont le mariage fut une
catastrophe. À ce chapitre, la palme revient sans doute à l'écrivaine néo-zélandaise Katherine Mansfield qui, en 1909, épousa un professeur de chant, de dix ans son aîné, et qu'elle abandonna dès
le lendemain de sa nuit de noces ! D'autres auteurs, hommes ou femmes, ne se marièrent jamais. Parmi ceux-ci, mentionnons Jane Austen, Emily Dickinson, Henry James, Charles Lamb,
Alexander Pope, Adam Smith, Henry Thoreau et Voltaire.
A bientôt et portez-vous bien !