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Daniel Defoe, de son vrai nom Daniel Foe, était un aventurier, un commerçant, un agent politique et un écrivain anglais, né le 10 octobre 1660 à Stoke Newington, près de Londres, mort le 21 avril 1731 à Ropemaker's Alley, Moorfields, près de Londres également. Il est l'auteur du très célèbre Robinson Crusoé.
Voici aujourd'hui 346 ans jour pour jour qu'il nous a quittés. C'est l'occasion, pour commémorer l'anniversaire de sa naissance, de lire un passage de Robinson Crusoé. Robinson Crusoé a été traduit dans toutes les langues. La première traduction française, faite par Thémiseul de Saint-Hyacinthe et Justus van Effen, parut en 1720. Une des plus fidèles est celle de Mme Amable Tastu, en 1833. C'est de cette traduction que nous prenons l'extrait à lire. Mais auparavant voici un aperçu des autres oeuvres dont il est l'auteur. Car on oublierait trop facilement qu'il n'a rien écrit d'autre que Robinson.
-Essais sur divers projets - An Essay upon Projects, 1695 ou 1697.
-L'Anglais bien né, pamphlet - The True-born Englishman, 1701.
-The History of the Kentish Petition, 1701.
-La plus courte façon d'entrer en dissidence - The Shortest Way with the Dissenters, 1702.
-L'Hymne au pilori - Hymn to pilori, 1703.
-Histoire de l'Union - History of the Union, 1709.
-Mémoires d'un Cavalier - Memoirs of a Cavalier, 1720.
-Captain Singleton, 1720.
-Heurs et Malheurs de la fameuse Moll Flanders - The Fortunes and Misfortunes of Moll Flanders, 1722 ou 1724.
-Journal de l'Année de la peste - A Journal of the Plague Year, 1722.
-Colonel Jack, 1722.
-Lady Roxane ou l'Heureuse Catin, Roxana, 1724.
-A Tour Through the Whole Island of Great Britain, 1724-1727.
-Histoire générale des plus fameux pirates - A General History of the Pyrates, 1724-1728.
A PROPOS DE ROBINSON CRUSOE :
Daniel Defoe a été probablement inspiré par l'histoire d'un marin écossais nommé Alexandre Selkirk. Celui-ci fut récupéré par l'expédition Woodes Rogers en 1709 après avoir vécu quatre ans sur l'île inhabitée de Juan Fernandez au large des côtes chiliennes. On ne peut cependant accuser l'auteur de plagiat, car les situations sont différentes, Selkirk ayant été abandonné sur cette île à sa propre demande. De plus, la description psychologique du personnage de Crusoé, l'imagination déployée pour rendre compte des activités et de l'état d'esprit du naufragé dépassent de loin la description qu'a faite Rogers du marin Selkirk.
En hommage au roman de Defoe et à son modèle, l'île chilienne Mas-a-Tierra, située dans l'archipel Juan Fernández, a été rebaptisée en 1966 île Robinson-Crusoé.
ROBINSON CRUSOE (1709) :
Robinson reste en esclavage pendant deux ans, songeant toujours à s'évader. Il y réussit enfin et se retrouve, libre, sur un petit bateau, longeant les côtes africaines, en compagnie d'un jeune Maure : Xury.
Comme j'avais déjà fait un voyage à cette côte, je savais très bien que les îles Canaries et les îles du cap Vert n'étaient pas éloignées ; mais comme je n'avais pas d'instruments pour prendre hauteur et connaître la latitude où nous étions, et ne sachant pas exactement ou au moins ne me rappelant pas dans quelle latitude elles étaient elles-mêmes situées, je ne savais où les chercher ni quand il faudrait, de leur côté, porter le cap au large ; sans cela, j'aurais pu aisément trouver une de ces îles. En tenant le long de la côte jusqu'à ce que j'arrivasse à la partie où trafiquent les Anglais, mon espoir était de rencontrer en opération habituelle de commerce quelqu'un de leurs vaisseaux, qui nous secourrait et nous prendrait à bord.
Suivant mon calcul le plus exact, le lieu où j' étais alors doit être cette contrée s'étendant entre les possessions de l'Empereur de Maroc et la Nigritie ; contrée inculte, peuplée seulement par les bêtes féroces, les nègres l'ayant abandonnée et s étant retirés plus au midi, de peur des Maures ; et les Maures dédaignant de l'habiter à cause de sa stérilité, mais en vérité les uns et les autres y ont renoncé parce qu'elle est le repaire d'une quantité prodigieuse de tigres, de lions, de léopards et d'autres farouches créatures ; aussi ne sert-elle aux Maures que pour leurs chasses, où ils vont, comme une armée, deux ou trois mille hommes à la fois. De fait, durant près de cent milles de suite sur cette côte nous ne vîmes pendant le jour qu'un pays agreste et désert, et n'entendîmes pendant la nuit que les hurlements et les rugissements des bêtes sauvages.
Une ou deux fois dans la journée je crus apercevoir le pic de Ténérife, qui est la haute cime du mont Ténérife dans les Canaries, et j'eus grande envie de m'aventurer au large dans l'espoir de l'atteindre ; mais l'ayant essayé deux fois, je fus repoussé par les vents contraires ; et comme aussi la mer était trop grosse pour ma petite embarcation, je résolus de continuer mon premier dessein de côtoyer le rivage.
Après avoir quitté ce lieu, je fus plusieurs fois obligé d'aborder pour faire aiguade ; et une fois entre autres qu'il était de bon matin, nous vînmes mouiller sous une petite pointe de terre assez élevée, et la marée commençant à monter, nous attendions tranquillement qu'elle nous portât plus avant. Xury, qui, à ce qu'il paraît, avait plus que moi l'oeil au guet, m'appela doucement et me dit que nous ferions mieux de nous éloigner du rivage.
« Car regardez là-bas, ajouta-t-il, ce monstre affreux étendu sur le flanc de cette colline, et profondément endormi. »
Je regardai au lieu qu'il désignait, et je vis un monstre épouvantable, en vérité, car c'était un énorme et terrible lion couché sur le penchant du rivage, à l'ombre d'une portion de la montagne, qui, en quelque sorte, pendait presque au-dessus de lui.
« Xury, lui dis-je, va à terre, et tue-le. »
Xury parut effrayé, et répliqua : « Moi tuer! lui manger moi d'une seule bouche. »
Il voulait dire d'une seule bouchée.
(...)
Après cette halte, nous naviguâmes continuellement vers le sud pendant dix ou douze jours, usant avec parcimonie de nos provisions, qui commençaient à diminuer beaucoup, et ne descendant à terre que lorsque nous y étions obligés pour aller à l'aiguade. Mon dessein était alors d'atteindre le fleuve de Gambie ou le fleuve de Sénégal, c'est-à-dire aux environs du cap Vert, où j'espérais rencontrer quelque bâtiment européen ; le cas contraire échéant, je ne savais plus quelle route tenir, à moins que je me misse à la recherche des îles ou que j'allasse périr au milieu des Nègres.
Je savais que tous les vaisseaux qui font voile pour la côte de Guinée, le Brésil ou les Indes Orientales, touchent à ce cap ou à ces îles. En un mot, je plaçais là toute l'alternative de mon sort, soit que je dusse rencontrer un bâtiment, soit que je dusse périr.
Quand j'eus suivi cette résolution pendant environ dix jours de plus, comme je l'ai déjà dit, je commençai à m'apercevoir que la côte était habitée, et en deux ou trois endroits que nous longions, nous vîmes des gens qui s'arrêtaient sur le rivage pour nous regarder ; nous pouvions aussi distinguer qu'ils étaient entièrement noirs et tout à fait nus. J'eus une fois l'envie de descendre à terre vers eux ; mais Xury fut meilleur conseiller, et me dit : « Pas aller! Pas aller. » Je halai [Terme de marine. Faire effort sur une corde attachée à un objet pour produire un effet voulu. Haler une bouée à bord] cependant plus près du rivage afin de pouvoir leur parler, et ils me suivirent pendant quelque temps le long de la rive. Je remarquai qu'ils n'avaient point d'armes à la main, un seul excepté qui portait un long et mince bâton, que Xury dit être une lance qu'ils pouvaient lancer fort loin avec beaucoup de justesse. Je me tins donc à distance, mais je causai avec eux, par gestes, aussi bien que je pus, et particulièrement pour leur demander quelque chose à manger. Ils me firent signe d'arrêter ma chaloupe, et qu'ils iraient me chercher quelque nourriture. Sur ce, j'abaissai le haut de ma voile ; je m'arrêtai proche, et deux d'entre eux coururent dans le pays, et en moins d'une demi-heure revinrent, apportant avec eux deux morceaux de viande sèche et du grain, productions de leur contrée. Ni Xury ni moi ne savions ce que c'était ; pourtant nous étions fort désireux de le recevoir ; mais comment y parvenir ? Ce fut là notre embarras. Je n'osais point aller à terre vers eux, qui n'étaient pas moins effrayés de nous. Bref, ils prirent un détour excellent pour nous tous ; ils déposèrent les provisions sur le rivage, et se retirèrent à une grande distance jusqu'à ce que nous les eûmes toutes embarquées, puis ils se rapprochèrent de nous.
(...)
J'étais alors fourni d'eau, de racines et de grains, quels qu'ils fussent ; je pris congé de mes bons Nègres, et, sans m'approcher du rivage, je continuai ma course pendant onze jours environ, avant que je visse devant moi la terre s'avancer bien avant dans l'océan à la distance environ de quatre ou cinq lieues. Comme la mer était très calme, je me mis au large pour gagner cette pointe. Enfin, la doublant à deux lieues de la côte, je vis distinctement des terres à l'opposite ; alors je conclus, au fait cela était indubitable, que d'un côté j'avais le cap Vert, et de l'autre ces îles qui lui doivent leur nom. Toutefois elles étaient fort éloignées, et je ne savais pas trop ce qu'il fallait que je fisse ; car si j'étais surpris par un coup de vent, je pouvais fort bien n'atteindre ni l'un ni l'autre.
Dans cette perplexité, comme j'étais fort pensif, j'entrai dans la cabine et je m'assis, laissant à Xury la barre du gouvernail, quand subitement ce jeune garçon s'écria : « Maître ! maître ! un vaisseau avec une voile! »
La frayeur avait mis hors de lui-même ce simple enfant, qui pensait qu'infailliblement c'était un des vaisseaux de son maître envoyés à notre poursuite, tandis que nous étions, comme je ne l'ignorais pas, tout à fait hors de son atteinte. Je m'élançai de ma cabine, et non seulement je vis immédiatement le navire, mais encore je reconnus qu'il était portugais. Je le crus d'abord destiné à faire la traite des Nègres sur la côte de Guinée ; mais quand j'eus remarqué la route qu'il tenait, je fus bientôt convaincu qu'il avait tout autre destination, et que son dessein n'était pas de serrer la terre. Alors, je portai le cap au large, et je forçai de voile au plus près, résolu de lui parler s'il était possible.
Avec toute la voile que je pouvais faire, je vis que jamais je ne viendrais dans ses eaux, et qu'il serait passé avant que je pusse lui donner aucun signal. Mais après avoir forcé à tout rompre, comme j'allais perdre espérance, il m'aperçut sans doute à l'aide de ses lunettes d'approche ; et, reconnaissant que c'était une embarcation européenne, qu'il supposa appartenir à quelque vaisseau naufragé, il diminua de voiles afin que je l'atteignisse. Ceci m'encouragea, et comme j'avais à bord le pavillon de mon patron, je le hissai en berne en signal de détresse et je tirai un coup de mousquet. Ces deux choses furent remarquées, car j'appris plus tard qu'on avait vu la fumée, bien qu'on n'eût pas entendu la détonation. À ces signaux, le navire mit pour moi complaisamment en panne et tint la [ en termes de marine, la cape est la grande voile du grand mât] . En trois heures environ je le joignis.
On me demanda en portugais, puis en espagnol, puis en français, qui j'étais ; mais je ne comprenais aucune de ces langues. À la fin, un matelot écossais qui se trouvait à bord m'interpella, et je lui répondis et lui dis que j'étais Anglais, et que je venais de m'échapper de l'esclavage des Maures de Sallé ; alors on m'invita à venir à bord, et on m'y reçut très obligeamment avec tous mes bagages.
J'étais dans une joie inexprimable, comme chacun peut le croire, d'être ainsi délivré d'une condition que je regardais comme tout à fait misérable et désespérée, et je m'empressai d'offrir au capitaine du vaisseau tout ce que je possédais pour prix de ma délivrance. Mais il me répondit généreusement qu'il n'accepterait rien de moi, et que tout ce que j'avais me serait rendu intact à mon arrivée au Brésil.
A bientôt et portez-vous bien !

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