Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /Oct /2006 10:29

Le premier texte littéraire écrit en français, alors nommé roman (ancêtre de l'ancien français et du français), est vraisemblablement la Séquence de sainte Eulalie. On le date de 880 ou 881 de l'ère chrétienne et il est inclus dans une compilation de discours en latin de saint Grégoire, en plus de quatre autres poèmes, trois en latin et un en langue tudesque (langue germanique). Une telle séquence, ou poésie rythmique, était chantée lors de la liturgie grégorienne ; celle-ci l'a vraisemblablement été à l'abbaye de Saint-Amand-les-Eaux. Avale confirme les travaux de Bischoff qui situe la rédaction de l'oeuvre dans une "region vers Liège et Aix-la-Chapelle", ce qui amène les Wallons à considérer que la littérature française a "poussé son premier cri en Wallonie".

Cette séquence est dédiée à sainte Eulalie de Mérida. Elle s'inspire d'une hymne du poète latin Prudence qu'on peut lire dans le Peristephanon :

Bonne pucelle fut Eulalie.
Beau avait le corps, belle l'âme.
Voulurent la vendre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
« Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ni pour or, ni argent ni parure,
Pour menace royale ni prière :
Nulle chose ne la put jamais plier
A ce la fille toujours n'aimât le ministère de Dieu.
Et pour cela fut présentée à Maximien,
Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
A ce qu'elle fuie le nom de chrétien.
Qu'elle réunit son élément [sa force],
Mieux soutiendrait les chaînes
Qu'elle perdît sa virginité.
Pour cela fut morte en grande honnêteté.
En le feu la jetèrent, pour que brûle tôt :
Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Avec une épée il ordonna lui ôter le chef :
La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Veut le siècle laisser, si l'ordonne Christ.
En figure de colombe, vole au ciel.
Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qu'ait de nous Christ merci
Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir, 
Par sa clémence.

A bientôt et portez-vous bien !

 


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