Mardi 16 janvier 2007 2 16 /01 /Jan /2007 10:26

La nouvelle naît en France à la fin du Moyen Âge. Elle vient s’ajouter, et en partie se substituer, à une multitude des récits brefs : fabliaux, lais, dits, devis, exempla, contes, etc. Directement inspiré du Décaméron (1349-1353) de l’Italien Boccace, le premier recueil de nouvelles françaises, anonyme, Les Cent Nouvelles Nouvelles, date de 1456-1457.

Mais c’est le XVIe siècle qui verra le véritable essor du genre. En 1558, avec son Heptaméron, Marguerite de Navarre, sœur de François Ier (lire mon ouvrage Claude de France, paru chez Pygmalion), donne au genre ses premières lettres de noblesse : dans ce recueil inachevé de 72 récits (il devait en comporter cent au départ, comme le Décaméron, dont il se voulait une imitation), voisinant avec les récits licencieux traditionnels, on trouve des histoires plus graves, où l’anecdote laisse en partie la place à l’analyse psychologique, et dont la visée n’est plus le pur divertissement ou une pédagogie sommaire, voire cynique, mais une véritable édification morale. Publiées en 1613 et traduites en français deux ans plus tard, les Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, connaissent un succès considérable et constitueront pour longtemps la référence. Sous leur influence, le genre va subir une évolution double et en partie contradictoire, déterminée en fait par ses relations avec le roman. D’un côté, et dans un premier temps, on voit la nouvelle se rapprocher de celui-ci par ses sujets et sa composition : ainsi, La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette est considérée, au moment de sa parution, comme une nouvelle. Mais, d’autre part, celle-ci se distingue du roman par une relative brièveté (n’oublions pas que les romans de l’époque sont extrêmement longs et touffus), une action tout de même plus resserrée, et surtout un plus grand souci de réalisme, voire de pittoresque. C’est cette conception qui, dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, l’emportera finalement sur la nouvelle « petit roman », et se développera au cours du siècle suivant.

On s’accorde à considérer le XIXe siècle comme l’âge de l'essor de la nouvelle. Et d'Honoré de Balzac (Contes drolatiques) à Gustave Flaubert (Trois contes), de Victor Hugo (Claude Gueux) à Stendhal (Chroniques italiennes), d'Alfred de Musset (Nouvelles) à Barbey d’Aurevilly (Les Diaboliques), de George Sand (Nouvelles) à Zola (Contes à Ninon), il n’est guère de romancier d’importance qui n’ait écrit de nouvelles, et même de recueil de nouvelles. Sans parler bien sûr des deux « spécialistes » : Prosper Mérimée et surtout Guy de Maupassant, le maître incontesté (dix-huit recueils publiés de son vivant !). Si la nouvelle française exploite alors surtout les deux veines apparemment opposées du réalisme et du fantastique, il n’est guère de thèmes qu’elle n’aborde, guère de tons qu’elle n’emprunte. Au reste, son prestige ne se limite pas à la France : en témoignent, entre autres, Hoffmann, Edgar Poe, Henry James, Herman Melville, Pouchkine, Gogol, Tchekhov, et bien d’autres. Il convient enfin de rappeler que c’est au cours du XIXe siècle que sont proposées les théories les plus élaborées du genre, d’abord en Allemagne (Goethe, Schlegel), puis aux États-Unis (Poe et James). Alphonse Allais, fondateur du rire moderne, introduit la folie dans ses nouvelles, comme Les templiers.

Le XXème siècle a vu de nombreux écrivains choisir la forme courte. En France, Sartre, bien sûr, et son recueil Le Mur, mais aussi, parmi les contemporains, Georges-Olivier Châteaureynaud, Dominique Maynard, Hubert Haddad, pour n'en citer que quelques-uns, connus ou moins connus. Certains ont choisi de ne s'exprimer presque que par la nouvelle, parfois très courte : c'est le cas du belge Thomas Gunzig, de Georges Kolebka, d'Hervé Le Tellier et surtout d'Annie Saumont.

A bientôt et portez-vous bien !

En tête d'article : Guy de Maupassant. Ci-dessous : Victor Hugo.


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