Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /Jan /2007 11:00

Deux anniversaires de naissance, aujourd'hui, celui de Montesquieu (18 janvier 1689 - 10 février 1755), de son vrai nom Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, et celui de Paul Léautaud (18 janvier 1872 - 22 février 1956).

Voici ce qu'écrit Jean Starobinski au sujet de Montesquieu dans son livre "Montesquieu" paru en 1953 :

"La gloire de Montesquieu s'est trop vite figée dans le marbre des bustes et le métal des médailles, substances polies, dures, incorruptibles. La postérité le voit de profil, souriant de tous les plis de sa toge et de son visage, d'un sourire ciselé dans le minéral. S'il a jamais provoqué le scandale, l'affaire est éteinte et l'auteur excusé : nul litige avec la postérité. Il n'a guère d'ennemi, il n'appelle donc aucun défenseur. Il habite l'immortalité avec modestie. Le voici presque abandonné à la grande paix des bibliothèques."

Pour ma part j'ai en mémoire les premières lignes d'un extrait de De l’esprit des lois, étudié lorsque j'étais au lycée. Un très beau paragraphe dont j'ai réussi (sans mal) à retrouver l'intégralité :

"Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en
esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si
écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir. Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens,
les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains. Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que,
si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle
était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

Montesquieu, extrait de De l’esprit des lois.


Charles-Louis de Secondat, baron de la Brède, naît le 18 janvier 1689 au château de La Brède près de Bordeaux. De 1700 à 1705, il étudie au collège de Juilly, près de Paris, chez les Oratoriens. Au sortir du collège, il se consacre au droit. En 1708, il devient avocat au Parlement de Bordeaux, puis conseiller en 1714. En 1715, il épouse Jeanne de Lartigue, protestante de famille riche et de noblesse récente.
Le 26 avril 1716, à la mort de son oncle, il hérite sa fortune, sa charge de président
à mortier du parlement de Bordeaux et le titre de Baron de Montesquieu. A partir de 1718, il pratique des sciences et rédige divers mémoires. Il publie en 1721 les Lettres Persanes qui sont un immense succès.
En 1726, il vend sa charge de président à mortier et en 1727 fait campagne pour son
élection à l'Académie française. Il y est élu le 5 janvier 1728.Il voyage et arrive en 1730 à Londres où il a de nombreux contacts intellectuels et politiques. Il est élu à la Royal Society, est initié à la franc-maçonnerie.
En 1734, il publie les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de
leur décadence. A partir de ce moment il va entièrement se consacrer à son livre sur les lois. De l'Esprit des Lois, l'œuvre majeure de Montesquieu, paraît à Genève en 1748. Le livre s'arrache. C'est un succès considérable. Mais il est aussi attaqué et le livre est mis à l'index.
Montesquieu meurt le 10 février 1755 d'une fièvre chaude.

Principales oeuvres de Montesquieu :

La damnation éternelle des païens (1711)
Système des Idées (1716)
Lettres persanes (1721)
Le Temple de Gnide (1724), roman
Histoire véritable d'Arsace et Isménie (1730), roman
Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734)
De l'esprit des lois (1748)
La défense de « L'Esprit des lois » (1750)
Pensées suivies de Spicilège
Le flux et le reflux de la mer
Mémoires sur la fièvre intermittente
Mémoires sur l'écho
Les maladies des glandes rénales
La pesanteur des corps
Le mouvement relatif

La vie et l'oeuvre de Paul Léautaud sont bien loin de celles de Montesquieu. Pour tous ceux qui veulent se lancer dans l'écriture, j'ai retenu de lui cette citation :

"Le vrai talent littéraire, c'est d'écrire des livres comme on écrit des lettres, absolument. Tout ce qui n'est pas cela n'est que pathos, pose, rhétorique, enflure. Se laisser aller, ne pas chercher ses phrases, se moquer des négligences de style même, le ton de sincérité et de naturel y gagnera."

Paul Léautaud naît d'un père comédien puis souffleur pendant 23 ans à la Comédie française. Cinq jours après l'accouchement, il est abandonné par sa mère, une des maîtresses de son père. Dans son adolescence, il se lie d'amitié avec Adolphe Van Bever. Leur passion commune de la poésie les conduira à publier en 1900 l'anthologie Poètes d'aujourd'hui. A vingt ans, il découvre les oeuvres de Stendhal. Cette rencontre littéraire demeurera une étape essentielle dans sa carrière d'écrivain. Il débute cette même année son "Journal littéraire" qu'il tiendra pendant soixante-trois ans. Toujours cette même année, il compte parmi ses amis Rémy de Gourmont, Alfred Vallette, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry et André Gide. Pour assumer son minimum vital, il travaille trente-trois ans comme secrétaire général du "Mercure de France" (sous le pseudonyme de Maurice Boissard). Sa popularité ne se manifestera que sur le tard, en 1950, grâce aux interviews radiophoniques de Robert Mallet. Il meurt dans son sommeil à la Vallée-aux-Loups, maison de repos sise sur l'ancien domaine de Chateaubriand où il logeait depuis un mois.

Principales oeuvres de Paul Léautaud :

1903 : Le Petit ami
1926 : Le Théâtre de Maurice Boissard : 1907-1923
1928 : Passe-Temps
1943 : Le Théâtre de Maurice Boissard - 1907-1923 - avec un supplément
1951 : Entretiens avec Robert Mallet
1954 à 1966 : Journal littéraire 19 volumes
1956 : In Mémoriam
1956 : Lettres à ma mère
1958 : Amours
1958 : Le Théâtre de Maurice Boissard : 1915-1941 (tome 2)
1959 : Bestiaire
1963 : Poésies
1964 : Le Petit ouvrage inachevé

A bientôt et portez-vous bien !

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