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IMAGES ALEATOIRES


Jeudi 9 août 2007

- Allons, allons, François, mon fils, lui dit-elle, il ne s'agit pas de cela. Mon mari n'est pas encore ruiné, autant que je peux savoir l'état de ses affaires ; et si ce n'était que la crainte de manquer, tu ne me verrais pas tant de peine. N'a point peur de la misère qui se sent courageux pour travailler. Puisqu'il faut te dire de quoi j'ai le coeur malade, apprends que monsieur Blanchet s'est monté contre toi, et qu'il ne veut plus te souffrir à la maison.

-- Eh bien ! est-ce cela ? dit François en se levant. Qu'il me tue donc tout de suite, puisque aussi bien je ne peux exister après un coup pareil. Oui, qu'il en finisse de moi, car il y a longtemps que je le gêne, et il en veut à mes jours, je le sais bien. Voyons, où est-il ? Je veux aller le trouver, et lui dire : " Signifiez-moi pourquoi vous me chassez. Peut-être que je trouverai de quoi répondre à vos mauvaises raisons. Et si vous vous y entêtez, dites-le, afin que... afin que... " Je ne sais pas ce que je dis, Madeleine ; vrai ! je ne le sais pas ; je ne me connais plus, et je ne vois plus clair ; j'ai le coeur transi et la tête me vire ; bien sûr, je vas mourir ou devenir fou.

Et le pauvre champi se jeta par terre et se frappa la tête de ses poings, comme le jour où la Zabelle avait voulu le reconduire à l'hospice.

Voyant cela, Madeleine retrouva son grand courage. Elle lui prit les mains, les bras, et le secouant bien fort, elle l'obligea de l'écouter.

-- Si vous n'avez non plus de volonté et de soumission qu'un enfant, lui dit-elle, vous ne méritez pas l'amitié que j'ai pour vous, et vous me ferez honte de vous avoir élevé comme mon fils. Levez-vous. Voilà pourtant que vous êtes en âge d'homme, et il ne convient pas à un homme de se rouler comme vous le faites. Entendez-moi, François, et dites-moi si vous m'aimez assez pour surmonter votre chagrin et passer un peu de temps sans me voir. Vois, mon enfant, c'est à propos pour ma tranquillité et pour mon honneur, puisque, sans cela, mon mari me causera des souffrances et des humiliations. Par ainsi, tu dois me quitter aujourd'hui par amitié, comme je t'ai gardé jusqu'à cette heure par amitié. Car l'amitié se prouve par des moyens différents, selon le temps et les aventures. Et tu dois me quitter tout de suite, parce que, pour empêcher monsieur Blanchet de faire un mauvais coup de sa tête, j'ai promis que tu serais parti demain matin. C'est demain la Saint-Jean, il faut que tu ailles te louer, et pas trop près d'ici, car si nous étions à même de nous revoir souvent, ce serait pire dans l'idée de monsieur Blanchet.

-- Mais quelle est donc son idée, Madeleine ? Quelle plainte fait-il de moi ? En quoi me suis-je mal comporté ? Il croit donc toujours que vous faites du tort à la maison pour me faire du bien ? Ça ne se peut pas, puisque j'en suis, à présent, de la maison ! Je n'y mange pas plus que ma faim, et je n'en fais pas sortir un fétu. Peut-être qu'il croit que je touche mon gage, et qu'il le trouve de trop grande coûtance. Eh bien ! laissez-moi suivre mon idée d'aller lui parler pour lui expliquer que depuis le décès de ma pauvre mère Zabelle, je n'ai jamais voulu accepter de vous un petit écu ; - ou si vous ne voulez pas que je lui dise ça - et au fait, s'il le savait il voudrait vous faire rendre tout le dû de mes gages que vous avez employé en oeuvres de charité, - eh bien, je lui en ferai, pour le terme qui vient, la proposition. Je lui offrirai de rester à votre service pour rien. De cette manière-là, il ne pourra plus me trouver dommageable, et il me souffrira auprès de vous.

-- Non, non, non, François, répliqua vivement Madeleine, ça ne se peut ; et si tu lui disais pareille chose, il entrerait contre toi et contre moi dans une colère qui amènerait des malheurs.

-- Mais pourquoi donc ? dit François ; à qui en a-t-il ? C'est donc seulement pour le plaisir de nous causer de la peine qu'il fait celui qui se méfie ?

-- Mon enfant, ne me demande pas la raison de son idée contre toi ; je ne peux pas te la dire. J'en aurais trop de honte pour lui, et mieux vaut pour nous tous que tu n'essaies pas de te l'imaginer. Ce que je peux t'affirmer, c'est que c'est remplir ton devoir envers moi que de t'en aller. Te voilà grand et fort, tu peux te passer de moi ; et mêmement tu gagneras mieux ta vie ailleurs, puisque tu ne veux rien recevoir de moi. Tous les enfants quittent leur mère pour aller travailler, et beaucoup s'en vont au loin. Tu feras donc comme les autres, et moi j'aurai du chagrin comme en ont toutes les mères, je pleurerai, je penserai à toi, je prierai Dieu matin et soir pour qu'il te préserve du mal...

-- Oui ! Et vous prendrez un autre valet qui vous servira mal, et qui n'aura nul soin de votre fils et de votre bien, qui vous haïra peut-être, parce que monsieur Blanchet lui commandera de ne pas vous écouter, et qui ira lui redire tout ce que vous faites de bien en le tournant en mal. Et vous serez malheureuse ; et moi je ne serai plus là pour vous défendre et vous consoler ! Ah ! vous croyez que je n'ai pas de courage, parce que j'ai du chagrin ? Vous croyez que je ne pense qu'à moi, et vous me dites que j'aurai profit à être autre part ! Moi, je ne songe pas à moi en tout ceci. Qu'est-ce que ça me fait de gagner ou de perdre ? Je ne demande pas seulement comment je gouvernerai mon chagrin. Que j'en vive ou que j'en meure, c'est comme il plaira à Dieu, et ça ne m'importe pas, puisqu'on m'empêche d'employer ma vie pour vous. Ce qui m'angoisse et à quoi je ne peux pas me soumettre, c'est que je vois venir vos peines. Vous allez être foulée à votre tour, et si on m'écarte du chemin, c'est pour mieux marcher sur votre droit.

-- Quand même le bon Dieu permettrait cela, dit Madeleine, il faut savoir souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Il faut surtout ne pas empirer son mauvais sort en regimbant contre. Imagine-toi que je suis bien malheureuse, et demande-toi combien plus je le deviendrai si j'apprends que tu es malade, dégoûté de vivre et ne voulant pas te consoler. Au lieu que si je trouve un peu de soulagement dans mes peines, ce sera de savoir que tu te comportes bien et que tu te maintiens en courage et santé pour l'amour de moi.

Cette dernière bonne raison donna gagné à Madeleine. Le champi s'y rendit, et lui promit à deux genoux, comme on promet en confession, de faire tout son possible pour porter bravement sa peine.

-- Allons, dit-il en essuyant ses yeux moites, je partirai de grand matin, et je vous dis adieu, ici, ma mère Madeleine ! Adieu pour la vie, peut-être ; car vous ne me dites point si je pourrai jamais vous revoir et causer avec vous. Si vous pensez que ce bonheur-là ne doive plus m'arriver, ne m'en dites rien, car je perdrais le courage de vivre. Laissez-moi garder l'espérance de vous retrouver un jour ici à cette claire fontaine, où je vous ai trouvée pour la première fois il y aura tantôt onze ans. Depuis ce jour jusqu'à celui d'aujourd'hui, je n'ai eu que du contentement : et le bonheur que Dieu et vous m'avez donné, je ne dois pas le mettre en oubli, mais en souvenance pour m'aider à prendre, à compter de demain, le temps et le sort comme ils viendront. Je m'en vais avec un coeur tout transpercé et morfondu d'angoisse, en songeant que je ne vous laisse pas heureuse, et que je vous ôte, en m'ôtant d'à côté de vous, le meilleur de vos amis ; mais vous m'avez dit que si je n'essayais pas de me consoler, vous seriez plus désolée. Je me consolerai donc comme je pourrai en pensant à vous, et je suis trop ami de votre amitié pour vouloir la perdre en devenant lâche. Adieu, madame Blanchet, laissez-moi un peu ici tout seul ; je serai mieux quand j'aurai pleuré tout mon soûl. S'il tombe de mes larmes dans cette fontaine, vous songerez à moi toutes les fois que vous y viendrez laver. Je veux aussi y cueillir de la menthe pour embaumer mon linge, car je vas tout à l'heure faire mon paquet ; et tant que je sentirai sur moi cette odeur-là, je me figurerai que je suis ici et que je vous vois. Adieu, adieu, ma chère mère, je ne veux pas retourner à la maison. Je pourrais bien embrasser mon Jeannie sans l'éveiller, mais je ne m'en sens pas le courage. Vous l'embrasserez pour moi, je vous en prie, et pour ne pas qu'il me pleure, vous lui direz demain que je dois retourner bientôt. Comme cela, en m'attendant, il m'oubliera un peu ; et, par la suite du temps, vous lui parlerez de son pauvre François, afin qu'il ne m'oublie trop. Donnez-moi votre bénédiction, Madeleine, comme vous me l'avez donnée le jour de ma première communion. Il me la faut pour avoir la grâce de Dieu.

Et le pauvre champi se mit à deux genoux en disant à Madeleine que si jamais, contre son gré, il lui avait fait quelque offense, elle eût à la lui pardonner.

Madeleine jura qu'elle n'avait rien à lui pardonner, et qu'elle lui donnait une bénédiction dont elle voudrait pouvoir rendre l'effet aussi propice que de celle de Dieu.

-- Eh bien ! dit François, à présent que je vas redevenir champi et que personne ne m'aimera plus, ne voulez-vous pas m'embrasser comme vous m'avez embrassé, par faveur, le jour de ma première communion ? j'aurai grand besoin de me remémorer tout cela, pour être bien sûr que vous continuez, dans votre coeur, à me servir de mère.

Madeleine embrassa le champi dans le même esprit de religion que quand il était petit enfant. Pourtant si le monde l'eût vu, on aurait donné raison à M. Blanchet de sa fâcherie, et on aurait critiqué cette honnête femme qui ne pensait point à mal, et à qui la vierge Marie ne fit point péché de son action.

-- Ni moi non plus, dit la servante de M. le curé.

-- Et moi encore moins, repartit le chanvreur. Et continuant :

Elle s'en revint à la maison, dit-il, où de la nuit elle ne dormit miette. Elle entendit bien rentrer François qui vint faire son paquet dans la chambre à côté, et elle l'entendit aussi sortir à la piquette du jour. Elle ne se dérangea qu'il ne fût un peu loin, pour ne point changer son courage en faiblesse, et quand elle l'entendit passer sur le petit pont, elle entre-bâilla subtilement sa porte sans se montrer, afin de le voir de loin encore une fois. Elle le vit s'arrêter et regarder la rivière et le moulin, comme pour leur dire adieu. Et puis il s'en alla bien vite, après avoir cueilli un feuillage de peuplier qu'il mit à son chapeau, comme c'est la coutume quand on va à la loue, pour montrer qu'on cherche une place.

Maître Blanchet arriva sur le midi et ne dit mot, jusqu'à ce que sa femme lui dit :

-- Eh bien, il faut aller à la loue pour avoir un autre garçon de moulin, car François est parti, et vous voilà sans serviteur.

-- Cela suffit, ma femme, répondit Blanchet, j'y vais aller, et je vous avertis de ne pas compter sur un jeune.

Voilà tout le remerciement qu'il lui fit de sa soumission, et elle se sentit si peinée qu'elle ne put s'empêcher de le montrer.

-- Cadet Blanchet, dit-elle, j'ai obéi à votre volonté : j'ai renvoyé un bon sujet sans motif, et à regret, je ne vous le cache pas. Je ne vous demande pas de m'en savoir gré ; mais, à mon tour, je vous donne un commandement : c'est de ne pas me faire d'affront, parce que je n'en mérite pas.

Elle dit cela d'une manière que Blanchet ne lui connaissait point et qui fit de l'effet sur lui.

-- Allons, femme, dit-il en lui tendant la main, faisons la paix sur cette chose-là et n'y pensons plus. Peut-être que j'ai été un peu trop précipiteux dans mes paroles ; mais c'est que, voyez-vous, j'avais des raisons pour ne point me fier à ce champi. C'est le diable, qui est bon père, lui avait soufflé le libertinage toujours après eux. Quand ils sont bons sujets d'un côté, ils sont mauvais garnements sur un autre point. Ainsi je sais bien que je trouverai malaisément un domestique aussi rude au travail que celui-là ; mais le diable, qui est son père, lui avait soufflé le libertinage dans l'oreille, et je sais une femme qui a eu à s'en plaindre.

-- Cette femme-là n'est pas la vôtre, répondit Madeleine, et il se peut qu'elle mente. Quand elle dirait vrai, ce ne serait point de quoi me soupçonner.

-- Est-ce que je te soupçonne ? dit Blanchet haussant les épaules ; je n'en avais qu'après lui, et à présent qu'il est parti, je n'y pense plus. Si je t'ai dit quelque chose qui t'ait déplu, prends que je plaisantais.

-- Ces plaisanteries-là ne sont pas de mon goût, répliqua Madeleine. Gardez-les pour celles qui les aiment.
Dans les premiers jours, Madeleine Blanchet porta assez bien son chagrin. Elle apprit de son nouveau domestique, qui avait rencontré François à la loue, que le champi s'était accordé pour dix-huit pistoles par an avec un cultivateur du côté d'Aigurande, qui avait un fort moulin et des terres. Elle fut contente de le savoir bien placé, et elle fit son possible pour se remettre à ses occupations sans trop de regret. Mais, malgré elle, le regret fut grand, et elle en fut longtemps malade d'une petite fièvre qui la consumait tout doucettement, sans que personne y fît attention. François avait bien dit qu'en s'en allant il lui emmenait son meilleur ami. L'ennui la prit de se voir toute seule, et de n'avoir personne à qui causer. Elle en choya d'autant plus son fils Jeannie, qui était, de vrai, un gentil gars, et pas plus méchant qu'un agneau.

Mais outre qu'il était trop jeune pour comprendre tout ce qu'elle aurait pu dire à François, il n'avait pas pour elle les soins et les attentions qu'au même âge le champi avait eus. Jeannie aimait bien sa mère, et plus même que le commun des enfants ne fait, parce qu'elle était une mère comme il ne s'en voit pas tous les jours. Mais il ne s'étonnait et ne s'émeuvait pas tant pour elle que François. Il trouvait tout simple d'être aimé et caressé si fidèlement. Il en profitait comme de son bien, et y comptait comme sur son dû. Au lieu que le champi n'était méconnaissant de la plus petite amitié et en faisait si grand remerciement par sa conduite, sa manière de parler, et de regarder, et de rougir, et de pleurer, qu'en se trouvant avec lui, Madeleine oubliait qu'elle n'avait eu ni repos, ni amour, ni consolation dans son ménage.

Elle resongea à son malheur quand elle retomba dans son désert, et remâcha longuement toutes les peines que cette amitié et cette compagnie avaient tenues en suspens. Elle n'avait plus personne pour lire avec elle, pour s'intéresser à la misère du monde avec elle, pour prier d'un même coeur, et même pour badiner honnêtement quand et quand, en paroles de bonne foi et de bonne humeur. Tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle faisait n'avait plus de goût pour elle, et lui rappelait le temps où elle avait eu ce bon compagnon si tranquille et si amiteux. Allait-elle à sa vigne, ou à ses arbres fruitiers, ou dans le moulin, il n'y avait pas un coin grand comme la main où elle n'eût repassé dix mille fois avec cet enfant pendu à sa robe, ou ce courageux serviteur empressé à son côté. Elle était comme si elle avait perdu un fils de grande valeur et de grand espoir, et elle avait beau aimer celui qui lui restait, il y avait une moitié de son amitié dont elle ne savait plus que faire.

Son mari, la voyant traîner un malaise, et prenant en pitié l'air de tristesse et d'ennui qu'elle avait, craignit qu'elle ne fît une forte maladie, et il n'avait pas envie de la perdre, parce qu'elle tenait son bien en bon ordre et ménageait de son côté ce qu'il mangeait du sien. La Sévère ne voulant pas le souffrir à son moulin, il sentait bien que tout irait mal pour lui dans cette partie de son avoir si Madeleine n'en avait plus la charge, et, tout en la réprimandant à l'habitude, et se plaignant qu'elle n'y mettait pas assez de soin, il n'avait garde d'espérer mieux de la part d'une autre.

Il s'ingénia donc, pour la soigner et la désennuyer, de lui trouver une compagnie, et la chose vint à point que, son oncle étant mort, la plus jeune de ses soeurs, qui était sous sa tutelle, lui tomba sur les bras. Il avait pensé d'abord à la mettre de résidence chez la Sévère, mais ses autres parents lui en firent honte ; et d'ailleurs quand la Sévère eut vu que cette fillette prenait quinze ans et qu'elle s'annonçait pour jolie comme le jour, elle n'eut plus envie d'avoir dans sa maison le bénéfice de cette tutelle, et elle dit à Blanchet que la garde et la veillance d'une jeunesse lui paraissaient trop chanceuses.

En raison de quoi Blanchet, qui voyait du profit à être le tuteur de sa soeur, - car l'oncle qui l'avait élevée l'avait avantagée sur son testament, - et qui n'avait garde de confier son entretien à autre parenté, l'amena à son moulin et enjoignit à sa femme de l'avoir pour soeur et compagne, de lui apprendre à travailler, de s'en faire aider dans le soin du ménage, et de lui rendre la tâche assez douce pourtant pour qu'elle n'eût point envie d'aller vivre autre part.

Madeleine accepta de bonne volonté ledit arrangement de famille. Mariette Blanchet lui plut tout d'abord, pour l'avantage de sa beauté qui avait déplu à la Sévère. Elle pensait qu'un bon esprit et un bon coeur vont toujours de compagnie avec une belle figure, et elle reçut la jeune enfant, non pas tant comme une soeur que comme une fille, qui lui remplacerait peut-être son pauvre François.

Pendant ce temps-là le pauvre François prenait son mal en patience autant qu'il pouvait, et ce n'était guère, car jamais ni homme ni enfant ne fut chargé d'un mal pareil. Il commença par en faire une maladie, et ce fut peut-être un bonheur pour lui, car là il éprouva le bon coeur de ses maîtres, qui ne le firent point porter à l'hôpital et le gardèrent chez eux où il fut bien soigné. Ce meunier-là ne ressemblait guère à Cadet Blanchet, et sa fille, qui avait une trentaine d'années et n'était point encore établie, était en réputation pour sa charité et sa bonne conduite.

Ces gens-là virent bien d'ailleurs que, malgré l'accident, ils avaient fait, au regard du champi, une bonne trouvaille.

Il était si solide et si bien corporé, qu'il se sauva de la maladie plus vite qu'un autre, et mêmement il se mit à travailler avant d'être guéri, ce qui ne le fit point rechuter. Sa conscience le tourmentait pour réparer le temps perdu et récompenser ses maîtres de leur douceur. Pendant plus de deux mois pourtant, il se ressentit de son mal, et, en commençant à travailler les matins, il avait le corps étourdi comme s'il fût tombé de la faîtière d'une maison. Mais peu à peu il s'échauffait, et il n'avait garde de dire le mal qu'il avait à s'y mettre. On fut bientôt si content de lui, qu'on lui confia la gouverne de bien des choses qui étaient au-dessus de son emploi. On se trouvait bien de ce qu'il savait lire et écrire, et on lui fit tenir des comptes, chose qu'on n'avait pu faire encore, et qui avait souvent mis du trouble dans les affaires du moulin. Enfin il fut aussi bien que possible dans son malheur ; et comme, par prudence, il ne s'était point vanté d'être champi, personne ne lui reprocha son origine.

Mais ni les bons traitements, ni l'occupation, ni la maladie, ne pouvaient lui faire oublier Madeleine et ce cher moulin du Cormouer, et son petit Jeannie, et le cimetière où gisait la Zabelle. Son coeur était toujours loin de lui, et le dimanche, il ne faisait autre chose que d'y songer, ce qui ne le reposait guère des fatigues de la semaine. Il était si éloigné de son endroit, étant à plus de six lieues de pays, qu'il n'en avait jamais de nouvelles. Il pensa d'abord s'y accoutumer, mais l'inquiétude lui mangeait le sang, et il s'inventa des moyens pour savoir au moins deux fois l'an comment vivait Madeleine : il allait dans les foires, cherchant de l'oeil quelqu'un de connaissance de son ancien endroit, et quand il l'avait trouvé, il s'enquérait de tout le monde qu'il avait connu, commençant, par prudence, par ceux dont il se souciait le moins, pour arriver à Madeleine qui l'intéressait le plus, et, de cette manière, il eut quelque nouvelle d'elle et de sa famille.

... Mais voilà qu'il se fait tard, messieurs mes amis, et je m'endors sur mon histoire. À demain ; si vous voulez, je vous dirai le reste. Bonsoir la compagnie.

Le chanvreur alla se coucher, et le métayer, allumant sa lanterne, reconduisit la mère Monique au presbytère, car c'était une femme d'âge qui ne voyait pas bien clair à se conduire.

Au lendemain, nous nous retrouvâmes tous à la ferme, et le chanvreur reprit ainsi son récit :

-- Il y avait environ trois ans que François demeurait au pays d'Aigurande, du côté de Villechiron, dans un beau moulin qui s'appelle Haut-Champault, ou Bas-Champault, ou Frechampault, car dans ce pays-là, comme dans le nôtre, Champault est un nom répandu. J'ai été par deux fois dans ces endroits-là, et c'est un beau et bon pays. Le monde de campagne y est plus riche, mieux logé, mieux habillé ; on y fait plus de commerce, et quoique la terre y soit plus maigre, elle rapporte davantage. Le terrain y est pourtant mieux cabossé. Les rocs y percent et les rivières y ravinent fort. Mais c'est joli et plaisant tout de même. Les arbres y sont beaux à merveille, et les deux Creuses roulent là dedans à grands ramages, claires comme eau de roche.

Les moulins y sont de plus de conséquence que chez nous, et celui où résidait François était des plus forts et des meilleurs. Un jour d'hiver, son maître, qui s'appelait Jean Vertaud, lui dit :

-- François, mon serviteur et mon ami, j'ai un petit discours à te faire, et je te prie de me donner ton attention.

" Il y a déjà un peu de temps que nous nous connaissons, toi et moi, et si j'ai beaucoup gagné dans mes affaires, si mon moulin a prospéré, si j'ai emporté la préférence sur tous mes confrères, si, parfin, j'ai pu augmenter mon avoir, je ne me cache pas que c'est à toi que j'en ai l'obligation. Tu m'as servi, non pas comme un domestique, mais comme un ami et un parent. Tu t'es donné à mes intérêts comme si c'étaient les tiens. Tu as régi mon bien comme jamais je n'aurais su le faire, et tu as en tout montré que tu avais plus de connaissance et d'entendement que moi. Le bon Dieu ne m'a pas fait soupçonneux, et j'aurais été toujours trompé si tu n'avais contrôlé toutes gens et toutes choses autour de moi. Les personnes qui faisaient abus de ma bonté ont un peu crié, et tu as voulu hardiment en porter l'endosse, ce qui t'a exposé, plus d'une fois, à des dangers dont tu es toujours sorti par courage et douceur. Car ce qui me plaît de toi, c'est que tu as le coeur aussi bon que la tête et la main. Tu aimes le rangement et non l'avarice. Tu ne te laisses pas duper comme moi, et pourtant tu aimes comme moi à secourir le prochain. Pour ceux qui étaient de vrai dans la peine, tu as été le premier à me conseiller d'être généreux. Pour ceux qui en faisaient la frime, tu as été prompt à m'empêcher d'être affiné. Et puis tu es savant pour un homme de campagne. Tu as de l'idée et du raisonnement. Tu as des inventions qui te réussissent toujours, et toutes les choses auxquelles tu mets la main tournent à bonne fin.

" Je suis donc content de toi, et je voudrais te contenter pareillement pour ma part. Dis-moi donc, tout franchement, si tu ne souhaites point quelque chose de moi, car je n'ai rien à te refuser.

-- Je ne sais pas pourquoi vous me demandez cette chose-là, répondit François. Il faut donc, mon maître, que je vous aie paru mécontent de vous, et cela n'est point. Je vous prie d'en être certain.

-- Mécontent, je ne dis pas. Mais enfin tu as un air, à l'habitude, qui n'est pas d'un homme heureux. Tu n'as point de gaieté, tu ne ris avec personne, tu ne t'amuses jamais. Tu es si sage qu'on dirait toujours que tu portes un deuil.

-- M'en blâmez-vous, mon maître ? En cela je ne pourrais vous contenter, car je n'aime ni la bouteille ni la danse ; je ne fréquente ni le cabaret ni les assemblées ; je ne sais pas de chansons et de sornettes pour faire rire. Je ne me plais à rien qui me détourne de mon devoir.

-- En quoi tu mérites d'être tenu en grande estime, mon garçon, et ce n'est pas moi qui t'en blâmerai. Si je te parle de cela, c'est parce que j'ai une imagination que tu as quelque souci. Peut-être trouves-tu que tu te donnes ici bien du mal pour les autres, et qu'il ne t'en reviendra jamais rien.

-- Vous avez tort de croire cela, maître Vertaud. Je suis aussi bien récompensé que je peux le souhaiter, et en aucun lieu je n'aurais peut-être trouvé le fort gage que, de votre seul gré, et sans que je vous inquiète, vous avez voulu me fixer. Ainsi vous m'avez augmenté chaque année, et la Saint-Jean passée vous m'avez mis à cent écus, ce qui est un prix fort coûtanceux pour vous. Si ça venait à vous gêner j'y renoncerais volontiers, croyez-moi.

-- Voyons, voyons, François, nous ne nous entendons guère, repartit maître Jean Vertaud ; et je ne sais plus par quel bout te prendre. Tu n'es pourtant pas sot, et je pensais t'avoir assez mis la parole à la bouche ; mais puisque tu es honteux je vas t'aider encore. N'es-tu porté d'inclination pour aucune fille du pays ?

-- Non, mon maître, répliqua tout droitement le champi.

-- Vrai ?

-- Je vous en donne ma foi.

-- Et tu n'en vois pas une qui te plairait si tu avais les moyens d'y prétendre ?

-- Je ne veux pas me marier.

-- Voilà une idée ! Tu es trop jeune pour en répondre. Mais la raison ?

-- La raison ! dit François. Ça vous importe donc, mon maître ?

-- Peut-être, puisque j'ai de l'intérêt pour toi.

-- Je vas vous la dire ; je n'ai pas de raison pour m'en cacher. Je n'ai jamais connu ni père ni mère... Et, tenez, il y a une chose que je ne vous ai jamais dite ; je n'y étais pas forcé ; mais si vous m'aviez questionné, je ne vous aurais pas fait de mensonge. Je suis champi, je sors de l'hospice.

-- Oui-da ! s'exclama Jean Vertaud, un peu saboulé par cette confession ; je ne l'aurais jamais pensé.

-- Pourquoi ne l'auriez-vous jamais pensé ?... Vous ne répondez pas, mon maître ? Eh bien, moi, je vas répondre pour vous. C'est que, me voyant bon sujet, vous vous seriez étonné qu'un champi pût l'être. C'est donc une vérité que les champis ne donnent point de confiance au monde, et qu'il y a quelque chose contre eux ? Ça n'est pas juste, ça n'est pas humain ; mais enfin c'est comme ça, et c'est bien force de s'y conformer, puisque les meilleurs coeurs n'en sont pas exempts, et que vous-même...

-- Non, non, dit le maître en se ravisant, - car il était un homme juste, et ne demandait pas mieux que de renier une mauvaise pensée ; - je ne veux pas être contraire à la justice, et si j'ai eu un moment d'oubliance là-dessus, tu peux m'en absoudre, c'est déjà passé. Donc, tu crois que tu ne pourrais pas te marier, parce que tu es né champi ?

-- Ce n'est pas ça, mon maître, et je ne m'inquiète point de l'empêchement. Il y a toutes sortes d'idées dans les femmes, et aucunes ont si bon coeur que ça serait une raison de plus.

-- Tiens ! c'est vrai, dit Jean Vertaud. Les femmes valent mieux que nous pourtant !... Et puis, fit-il en riant, un beau gars comme toi, tout verdissant de jeunesse, et qui n'est écloché ni de son esprit ni de son corps, peut bien donner du réveillon au plaisir de se montrer charitable. Mais voyons ta raison.

-- Écoutez, dit François ; j'ai été tiré de l'hospice et nourri par une femme que je n'ai point connue. À sa mort, j'ai été recueilli par une autre qui m'a pris pour le mince profit du secours accordé par le gouvernement à ceux de mon espèce ; mais elle a été bonne pour moi, et quand j'ai eu le malheur de la perdre, je ne me serais pas consolé, sans le secours d'une autre femme qui a été encore la meilleure des trois, et pour qui j'ai gardé tant d'amitié que je ne veux pas vivre pour une autre que pour elle. Je l'ai quittée pourtant, et peut-être que je ne la reverrai jamais, car elle a du bien, et il se peut qu'elle n'ait jamais besoin de moi. Mais il se peut faire aussi que son mari qui, m'a-t-on dit, est malade depuis l'automne, et qui a fait beaucoup de dépenses qu'on ne sait pas, meure prochainement et lui laisse plus de dettes que d'avoir. Si la chose arrivait, je ne vous cache point, mon maître, que je m'en retournerais dans le pays où elle est, et que je n'aurais plus d'autre soin et d'autre volonté que de l'assister, elle et son fils, et d'empêcher par mon travail la misère de les grever. Voilà pourquoi je ne veux point prendre d'engagement qui me retienne ailleurs. Je suis chez vous à l'année, mais, dans le mariage, je serais lié ma vie durant. Ce serait par ailleurs trop de devoirs sur mon dos à la fois. Quand j'aurais femme et enfant, il n'est pas dit que je pourrais gagner le pain de deux ménages ; il n'est pas dit non plus, quand même je trouverais, par impossible, une femme qui aurait un peu de bien, que j'aurais le bon droit pour moi en retirant l'aise de ma maison pour le porter dans une autre. Par ainsi, je compte rester garçon. Je suis jeune, et le temps ne me dure pas encore ; mais s'il advenait que j'eusse en tête quelque amourette, je ferais tout pour m'en corriger, parce que de femmes, voyez-vous, il n'y en a qu'une pour moi, et c'est ma mère Madeleine, celle qui ne s'embarrassait pas de mon état de champi et qui m'a élevé comme si elle m'avait mis au monde.

-- Eh bien ! ce que tu m'apprends là, mon ami, me donne encore plus de considération pour toi, répondit Jean Vertaud. Il n'est rien de si laid que la méconnaissance, rien de si beau que la recordation des services reçus. J'aurais bien quelque bonne raison à te donner, pour te montrer que tu pourrais épouser une jeune femme qui serait du même coeur que toi, et qui t'aiderait à porter assistance à la vieille ; mais, pour ces raisons-là, j'ai besoin de me consulter, et j'en veux causer avec quelqu'un.

Il ne fallait pas être bien malin pour deviner que, dans sa bonne âme et dans son bon jugement aussi, Jean Vertaud avait imaginé un mariage entre sa fille et François. Elle n'était point vilaine, sa fille, et, si elle avait un peu plus d'âge que François, elle avait assez d'écus pour parfaire la différence. Elle était fille unique, et c'était un gros parti. Mais son idée jusqu'à l'heure avait été de ne point se marier, dont son père était bien contrarié. Or comme il voyait depuis un tour de temps qu'elle faisait beaucoup d'état de François, il l'avait consultée à son endroit ; et comme c'était une fille fort retenue, il avait eu un peu de mal à la confesser. À la fin elle avait, sans dire non ni oui, consenti son père à tâter François sur l'article du mariage, et elle attendait de savoir son idée, un peu plus angoissée qu'elle ne voulait le laisser croire.

Jean Vertaud eût bien souhaité lui porter une meilleure réponse, d'abord pour l'envie qu'il avait de la voir s'établir, ensuite parce qu'il ne pouvait pas désirer un meilleur gendre que François. Outre l'amitié qu'il avait pour lui, il voyait bien clairement que ce garçon, tout pauvre qu'il était venu chez lui, valait de l'or dans une famille pour son entendement, sa vitesse au travail et sa bonne conduite.

L'article du champiage chagrina bien un peu la fille. Elle avait un peu de fierté, mais elle eut vite pris son parti, et le goût lui vint plus éveillé, quand elle ouït que François était récalcitrant sur l'amour. Les femmes se prennent par la contrariété, et si François avait voulu manigancer pour faire oublier l'accroc de sa naissance, il n'aurait pas fait une meilleure finesse que celle de montrer du dégoût pour le mariage.

En sorte que la fille à Jean Vertaud fut décidée ce jour-là pour François, comme elle ne l'avait pas encore été.

-- N'est-ce que ça ? disait-elle à son père. Il croit donc que nous n'aurions pas le coeur et les moyens d'assister une vieille femme et de placer son garçon ? Il faut bien qu'il n'ait pas entendu ce que vous lui glissiez, mon père, car s'il avait su qu'il s'agissait d'entrer dans notre famille, il ne se serait point tourmenté de ça.

Et le soir, à la veillée, Jeannette Vertaud dit à François : -- Je faisais grand cas de vous, François ; mais j'en fais encore plus, depuis que mon père m'a raconté votre amitié pour une femme qui vous a élevé et pour qui vous voulez travailler toute votre vie. C'est affaire à vous d'avoir des sentiments... Je voudrais bien connaître cette femme-là, pour être à même de lui rendre service dans l'occasion, parce que vous lui avez conservé tant d'attache : il faut qu'elle soit une femme de bien.

-- Oh ! oui, dit François, qui avait du plaisir à causer de Madeleine, c'est une femme qui pense bien, une femme qui pense comme vous autres.

Cette parole réjouit la fille à Jean Vertaud, et, se croyant sûre de son fait :

-- Je souhaiterais, dit-elle, que si elle devenait malheureuse, comme vous en avez la crainte, elle vînt demeurer par chez nous. Je vous aiderais à la soigner, car elle n'est plus jeune, pas vrai ? N'est-elle point infirme ?

-- Infirme ? non, dit François ; son âge n'est point pour être infirme.

-- Elle est donc encore jeune ? dit la Jeannette Vertaud qui commença à dresser l'oreille.

-- Oh ! non, elle ne l'est guère, répondit François tout simplement. Je n'ai pas souvenance de l'âge qu'elle peut avoir à cette heure. C'était pour moi comme ma mère, et je ne regardais pas à ses ans.

-- Est-ce qu'elle a été bien, cette femme ? demanda la Jeannette, après avoir barguiné un moment pour faire cette question-là.

-- Bien ? dit François un peu étonné ; vous voulez dire jolie femme ? Pour moi elle est bien assez jolie comme elle est ; mais, à vous dire vrai, je n'ai jamais songé à cela. Qu'est-ce que ça peut faire à mon amitié ? Elle serait plus laide que le diable que je n'y aurais jamais fait attention.

-- Mais enfin, vous pouvez bien dire environ l'âge qu'elle a ?

-- Attendez ! son garçon avait cinq ans de moins que moi. Eh bien ! c'est une femme qui n'est pas vieille, mais qui n'est pas bien jeune, c'est approchant comme...

-- Comme moi ? dit la Jeannette en se forçant un peu pour rire. En ce cas, si elle devient veuve, il ne sera plus temps pour elle de se remarier, pas vrai ?

-- Ça dépend, répondit François. Si son mari ne mange pas le tout et qu'il lui reste du bien, elle ne manquera pas d'épouseurs. Il y a des gars qui, pour de l'argent, épouseraient aussi bien leur grand'tante que leur petite-nièce.

-- Et vous ne faites pas d'estime de ceux qui se marient pour de l'argent ?

-- Ça ne serait toujours pas mon idée, répondit François.

Le champi, tout simple de coeur qu'il était, n'était pas si simple d'esprit, qu'il n'eût fini par comprendre ce qu'on lui insinuait, et ce qu'il disait là, il ne le disait pas sans intention. Mais la Jeannette ne se le tint pas pour dit, et elle s'enamoura de lui un peu plus. Elle avait été très courtisée sans se soucier d'aucun galant. Le premier qui lui convînt fut celui qui lui tournait le dos, tant les femmes ont l'esprit bien fait.

François vit bien, par les jours ensuivants, qu'elle avait du souci, qu'elle ne mangeait quasiment point, et que quand il n'avait point l'air de la voir, elle avait toujours les yeux attachés sur lui. Cette fantaisie le chagrina. Il avait du respect pour cette bonne fille, et il voyait bien qu'à faire l'indifférent, il la rendrait plus amoureuse. Mais il n'avait point de goût pour elle, et s'il l'eût prise, c'eût été par raison et par devoir plus que par amitié.

Cela lui fit songer qu'il n'avait pas pour longtemps à rester chez Jean Vertaud, parce que, pour tantôt ou pour plus tard, cette affaire-là amènerait quelque chagrin ou quelque fâcherie.

Mais il lui arriva, dans ce temps-là, une chose bien particulière, et qui faillit à changer toutes ses intentions.

A suivre...

A bientôt et portez-vous bien !


publié dans : FEUILLETONS
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