<![CDATA[henripigaillem.com]]> http://www.henripigaillem.com/ fr over-blog.com RDF 1.0 Generator admin@over-blog.com 2006-03-06T22:06:31Z <![CDATA[LA NUIT DE NEIGE DE MAUPASSANT]]> http://www.henripigaillem.com/article-21203615.html Guy de Maupassant doit sa célébrité à ses nombreuses, très nombreuses nouvelles, et à ses quelques romans. On ignore souvent qu'il a écrit trois ou quatre pièces de théâtre (dont je vous proposerai de lire quelques extraits à l'occasion) et plusieurs poèmes isolés. En voici un, intitulé Nuit de neige : La grande plaine est blanche, immobile et sans voix. Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte. Mais on entend parfois, comme une morne plainte, Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois. Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes. L'hiver s'est abattu sur toute floraison ; Des arbres dépouillés dressent à l'horizon Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes. La lune est large et pâle et semble se hâter. On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère. De son morne regard elle parcourt la terre, Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter. Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde, Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ; Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement, Aux étranges reflets de la clarté blafarde. Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux ! Un vent glacé frissonne et court par les allées ; Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux, Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. Dans les grands arbres nus que couvre le verglas Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ; De leur oeil inquiet ils regardent la neige, Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas. A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-07-16T00:25:04Z <![CDATA[ÉCRIVAINS EN BORD DE MER]]> http://www.henripigaillem.com/article-21034187.html Du 16 au 20 juillet 2008 Lieu : Chapelle Sainte-Anne - La Baule Chaque année, la ville de La Baule organise 5 jours de rencontres littéraires au coeur de l'été intitulées "Ecrivains en bord de mer". Bénéficiant du charme balnéaire de La Baule, écrivains, éditeurs et lecteurs entretiennent durant cinq jours une relation complice et passionnée. Pour le public, c'est la possibilité de dialoguer d'une manière simple et détendue avec de grands auteurs d'aujourd' hui. A noter cette année, un rendez-vous spécial avec la littérature de New York. Pour sa 12e édition, occasion est donnée aux Editions joca seria d'offrir à nouveau à ses invités et à son public un programme de belles rencontres littéraires dans un climat de confiance et de complicité. Sont attendus cette année : Eric Athenot Véronique Bizot Stéphane Bouquet Olivier Brossard Marc Chénetier Jerome Charyn Bernard Comment Robert Coover Marie Cosnay Bernard Hoepffner Jean-Paul Michallet Christine Montalbetti Christian Oster Jacques Roubaud Laurence Tepper Informations complémentaires : Entrée libre - Chapelle Sainte-Anne, rue du Général de Gaulle, 44500 La Baule. Renseignements : 02.40.69.51.94 A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-07-11T01:00:05Z <![CDATA[LES VOIX DE LA MÉDITERRANÉE]]> http://www.henripigaillem.com/article-21033989.html Du 19 au 27 juillet 2008 à Lodève (34) Les poètes disent le monde. Pas le monde-vitrine que l'on veut nous asséner chaque jour, mais l'autre, le monde de haine ou d'amour, de violence ou de tendresse, de rejet ou de tolérance, le monde tel que le font les hommes et dans lequel ces mêmes hommes, sont le seul essentiel. Les poètes disent ce que l'on nous apprend à ne jamais exprimer et qui demeure enfoui, tu, ignoré, en ce point intime et sensible de chacun.  C'est à cette parole-là qu'invitent les poètes. C'est cette parole-là que chacun de ceux qui se déplacent pour les écouter reçoit comme sienne, avec cette impression de secrète familiarité que l'on peut éprouver en reconnaissant les mots que l'on n'a pas soi-même formulés. Comme si elle extirpait du fond de nos mémoires ignorées une joie, une colère, un espoir, une foi, une crainte que nul, malgré tout, n'a jamais désappris. Chaque année, les "Voix de la Méditerranée" accueillent au coeur de l'été une centaine de poètes et d'artistes, performers, chorégraphes, conteurs, chanteurs et musiciens venus de toute la Méditerranée - Espagne, Egypte, France, Italie, Balkans, Maghreb, Grèce, Proche et Moyen-Orient - pour des lectures et des spectacles. Le festival a toujours pour ambition de donner à entendre les mots de poètes vivants et souhaite revenir sur ses premières années et proposera une "anthologie sonore" en offrant aux poètes déjà invités par le passé la possibilité de présenter de nouvelles oeuvres lors de lectures qui éveilleront la curiosité du public et l'amèneront à la découverte de poètes parfois méconnus en France mais qui jouissent d'une renommée considérable dans leur pays. Informations complémentaires : Square Georges Auric, 34700 Lodève Renseignements : 04.67.44.24.60 Pour en savoir plus : http://www.voixdelamediterranee.com/php/index.php A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-07-07T00:55:04Z <![CDATA[ANATOLE FRANCE : « LE PETIT SOLDAT DE PLOMB »]]> http://www.henripigaillem.com/article-20909499.html Anatole France : 16 avril 1844 - 12 octobre 1924 Après la publication de son premier livre, Anatole France entre comme lecteur chez l'éditeur Alphonse Lemerre qui lui confie l'élaboration du troisième volume du Parnasse contemporain et dont il décide d'écarter Mallarmé, Verlaine et Charles Cros. Ecrivain fin, élégant, qui sait fabriquer de délicats récits, il remporte un vif succès avec Le crime de Sylvestre Bonnard puis avec Thaïs qui est adapté en Opéra par Massenet. Elu en 1896 à l'Académie française, au fauteuil de Ferdinand de Lesseps, Anatole France préface le premier livre de Marcel Proust Les plaisirs et les jours et publie coup sur coup quatre livres qui donnent sous forme de conversations subtiles un aperçu piquant de la société de l'époque. Signataire en 1898 de la pétition des écrivains dreyfusards pour soutenir le J'accuse de Zola, Anatole France se montre également un écrivain politique. Trois ans avant sa mort, il reçoit le prix Nobel.   LE PETIT SOLDAT DE PLOMB A Madame Gaston Meyer. Cette nuit-là, comme la fièvre de l'« influenza » m'empêchait de dormir, j'entendis très distinctement trois coups frappés sur la glace d'une vitrine qui est à côté de mon lit et dans laquelle vivent pêle-mêle des figurines en porcelaine de Saxe ou en biscuit de Sèvres, des statuettes en terre cuite de Tanagra ou de Myrina, des petits bronzes de la Renaissance, des ivoires japonais, des verres de Venise, des tasses de Chine, des boîtes en vernis Martin, des plateaux de laque, des coffrets d'émail ; enfin, mille riens que je vénère par fétichisme et qu'anime pour moi le souvenir des heures riantes ou mélancoliques. Les coups étaient légers, mais parfaitement nets et je reconnus, à la lueur de la veilleuse, que c'était un petit soldat dé plomb, logé dans le meuble, qui essayait de se donner la liberté. Il y réussit, et, bientôt, sous son poing, la porte vitrée s'ouvrit toute grande. A vrai dire, je ne fus pas surpris plus que de raison. Ce petit soldat m'a toujours eu l'air d'un fort mauvais sujet. Et depuis deux ans que madame G. M... me l'a donné, je m'attends de sa part à toutes les impertinences. Il porte l'habit blanc bordé de bleu : c'est un garde française, et l'on sait que ce régiment-là ne se distinguait point par la discipline. - Holà ! criai-je, La Fleur, Brindamour, La Tulipe ! ne pourriez-vous faire moins de bruit et me laisser reposer en paix, car je suis fort souffrant ? Le drôle me répondit en grognant - Tel que vous me voyez, bourgeois, il y a cent ans que j'ai pris la Bastille, ensuite de quoi on vida nombre de pots. Je ne crois pas qu'il reste beaucoup de soldats de plomb aussi vieux que moi. Bonne nuit, je vais à la parade. - La Tulipe, répondis-je sévèrement, votre régiment fut cassé par ordre de Louis XVI le 31 août 1780. Vous ne devez plus aller à aucune parade. Restez dans cette vitrine. La Tulipe se frisa la moustache et, me regardant du coin de l'oeil avec mépris : - Quoi, me dit-il, ne savez-vous pas que, chaque année, dans la nuit du 31 décembre, pendant le sommeil des enfants, la grande revue des soldats de plomb défile sur les toits, au milieu des cheminées qui fument joyeusement, et d'où s'échappent encore les dernières cendres de la bûche de Noël ? C'est une cavalcade éperdue, où chevauche maint cavalier qui n'a plus de tête. Les ombres de tous les soldats de plomb qui périrent à la guerre passent ainsi dans un tourbillon infernal. Ce ne sont que baïonnettes tordues et sabres brisés. Et les âmes des poupées mortes, toutes pâles au clair de lune, les regardent passer. Ce discours me laissa perplexe. Ainsi donc, La Tulipe, c'est un usage, un usage solennel ? J'ai infiniment de respect pour les usages, les coutumes, les traditions, les légendes, les croyances populaires. Nous appelons cela le folklore, et nous en faisons des études qui nous divertissent beaucoup. La Tulipe, je vois avec grand plaisir que vous êtes traditionniste. D'un autre côté, je ne sais si je dois vous laisser sortir de cette vitrine. - Tu le dois, dit une voix harmonieuse et pure que je n'avais pas encore entendue et que je reconnus aussitôt pour celle de la jeune femme de Tanagra qui, serrée dans les plis de son himation, se tenait debout auprès du garde française qu'elle dominait de l'élégante majesté de sa taille. Tu le dois. Toutes les coutumes transmises par les aïeux sont également respectables. Nos pères savaient mieux que nous ce qui est, permis et ce qui est défendu, car ils étaient plus près des dieux. Il convient donc de laisser ce Galate accomplir les rites guerriers des ancêtres. De mon temps, ils ne portaient pas, comme celui-ci, un ridicule habit bleu à revers rouges. Ils n'étaient couverts que de leurs boucliers. Et nous en avions grand'peur. C'étaient des barbares. Toi aussi tu es un Galate et un barbare. En vain tu as lu les poètes et les historiens, tu ne sais point ce que c'est que la beauté de la vie. Tu n'étais point à l'agora, tandis que je filais la laine de Milet, dans la cour de la maison, sous l'antique mûrier. Je m'efforçai de répondre avec mesure : - Belle Pannychis, ton petit peuple grec a conçu quelques formes dont se réjouissent à jamais les âmes et les yeux. Mais il se débitait chaque jour sur ton agora autant de sottises qu'en peuvent moudre en une session nos conseils municipaux. Je ne regrette pas de n'avoir point été citoyen de Larisse ou de Tanagra. Toutefois, il convient de reconnaître que tu as bien parlé. La coutume doit être suivie, sans quoi elle ne serait plus la coutume. Blanche Pannychis, toi qui filais la laine de Milet, sous le mûrier antique, tu ne m'auras pas fait entendre en vain des paroles de bon conseil ; sur ton avis, je permets à La Tulipe d'aller partout où le folklore l'appelle. Alors une petite batteuse de beurre en biscuit de Sèvres, les deux mains sur sa baratte, tourna vers moi des regards suppliants. - Monsieur, ne le laissez point partir. Il m'a promis le mariage. C'est l'amoureux des onze mille vierges. S'il s'en va, je ne le reverrai plus. Et, cachant ses joues rondes dans son tablier, elle pleura de tout son coeur. La Tulipe était devenu rouge comme le revers de son habit : il ne peut souffrir les scènes, et il lui est extrêmement désagréable d'entendre les reproches qu'il a mérités. Je rassurai du mieux que je pus la petite batteuse de beurre et j'invitai mon garde française à ne point s'attarder, après la revue, dans quelque cabaret de sorcière. Il le promit et je lui souhaitai bon voyage. Mais il ne partait pas. Chose étrange, il demeurait tranquille sur sa tablette, ne bougeant pas plus que les magots qui l'entouraient. Je lui en témoignai ma surprise. - Patience, me répondit-il. Je ne pourrais partir ainsi sous vos regards sans contrarier toutes les lois de l'occulte. Quand vous sommeillerez, il me sera facile de m'échapper dans un rayon de lune, car je suis subtil. Mais rien ne me presse et je puis attendre encore une heure ou deux. Nous n'avons rien de mieux à faire que de causer. Voulez-vous que je vous conte quelque histoire du vieux temps ? J'en sais plus d'une. - Contez, dit Pannychis. - Contez, dit la batteuse de beurre. - Contez donc, La Tulipe, dis-je à mon tour. Il s'assit, bourra sa pipe, demanda un verre de bière, toussa et commença en ces termes : - Il y a quatre-vingt-dix-neuf ans, jour pour jour, j'étais sur un guéridon avec une douzaine de camarades, qui me ressemblaient comme des frères ; les uns debout, les autres couchés ; plusieurs endommagés de la tête ou du pied : débris héroïques d'une boîte de soldats de plomb achetée l'année précédente à la foire Saint-Germain. La chambre était tendue de soie bleu pâle. Une épinette sur laquelle était ouverte la Prière d'Orphée, des chaises ayant une lyre pour dossier, un bonheur-du-jour en acajou, un lit blanc orné de roses, le long de la corniche des couples de colombes, tout souriait avec une grâce attendrie. La lampe brillait doucement et la flamme du foyer faisait palpiter comme des ailes dans l'ombre. Assise en robe de chambre devant le bonheur du jour, son cou délicat incliné sous la magnifique et pâle auréole de ses cheveux, Julie feuillette les lettres qui dormaient, liées avec des faveurs dans les tiroirs du meuble. Minuit sonne ; c'est le signe du passage idéal d'une année à l'autre. La mignonne pendule, où rit un amour doré, annonce que l'année 1793 est finie. Au moment de la conjonction des aiguilles, un petit fantôme a paru. Un joli enfant, sorti du cabinet où il couche et dont la porte reste entr'ouverte, est venu, en chemise, se jeter dans les bras de sa mère et lui souhaiter une bonne année. - Une bonne année, Emile... Je te remercie. Mais sais-tu ce que c'est qu'une bonne année ? Il croit savoir ; pourtant, elle veut le lui mieux enseigner. - Une année est bonne, mon chéri, pour ceux qui l'ont passée sans haine et sans peur. Elle l'embrasse ; elle le porte dans le lit d'où il s'est échappé ; puis elle revient s'asseoir devant le bonheur-du-jour. Elle regarde tour à tour la flamme qui brille dans l'âtre et les lettres d'où s'échappent des fleurs séchées. Il lui en coûte de les brûler. Il le faut pourtant. Car ces lettres, si elles étaient découvertes, feraient envoyer à la guillotine celui qui les a écrites et celle qui les a reçues. S'il ne s'agissait que d'elle, elle ne les brûlerait pas, tant elle est lasse de disputer sa vie aux bourreaux. Mais elle songe à lui, proscrit, dénoncé, recherché, qui se cache dans quelque grenier à l'autre bout de Paris. Il suffit d'une de ces lettres pour retrouver ses traces et le livrer à la mort. Émile dort chaudement dans le cabinet voisin ; la cuisinière et Nanon se sont retirées dans les chambres hautes. Le grand silence du temps de neige règne au loin. L'air vif et pur active la flamme du foyer. Julie va brûler ces lettres, et c'est une tâche qu'elle ne pourra accomplir, elle le sait, sans de profondes et tristes songeries. Elle va brûler ces lettres, mais non pas sans les relire. Les lettres sont bien en ordre, car Julie met dans tout ce qui l'entoure l'exactitude de son esprit. Celles-ci, déjà jaunies, datent de trois ans, et Julie revit dans le silence de la nuit les heures enchantées. Elle ne livre une page aux flammes qu'après en avoir épelé dix fois les syllabes adorées. Le calme est profond autour d'elle. D'heure en heure, elle va à la fenêtre, soulève le rideau, voit dans l'ombre silencieuse le clocher de Saint-Germain-des-Prés argenté par la lune, puis reprend son oeuvre de lente et pieuse destruction. Et comment ne pas boire une dernière fois ces pages délicieuses ? Comment livrer aux flammes ces lignes si chères avant de les avoir à jamais imprimées dans son coeur ? Le calme est profond autour d'elle, son âme palpite de jeunesse et d'amour. Elle lit: « Absent, je vous vois, Julie. Je marche environné des images que ma pensée fait naître. Je vous vois, non point immobile et froide, mais vive, animée, toujours diverse et toujours parfaite. J'assemble autour de vous dans mes rêves les plus magnifiques spectacles de l'univers. Heureux, l'amant de Julie ! Tout le charme, parce qu'il voit tout en elle. En l'aimant il aime vivre ; il admire ce monde qu'elle éclaire ; il chérit cette terre qu'elle fleurit. L'amour lui révèle le sens caché des choses. Il comprend les formes infinies de la création : elles lui montrent toutes l'image de Julie ; il entend les voix sans nombre de la nature ; elles lui murmurent toutes le nom de Julie. Il noie ses regards avec délices dans la lumière du jour, en songeant que cette heureuse lumière baigne aussi le visage de Julie, et jette comme une caresse divine sur la plus belle des formes humaines. Ce soir les premières étoiles le feront tressaillir; il se dira : Elle les regarde peut-être en ce moment. Il la respire dans tous les parfums de l'air. Il veut baiser la terre qui la porte... « Ma Julie, si je dois tomber sous la hache des proscripteurs, si je dois, comme Sidney, mourir pour la liberté, la mort elle-même ne pourra retenir dans l'ombre où tu ne seras pas mes mânes indignés. Je volerai vers toi, ma bien-aimée. Souvent mon âme reviendra flotter en ta présence. » Elle lit et songe. La nuit s'achève. Déjà une lueur blême traverse les rideaux : c'est le matin. Les servantes ont commencé leur travail. Elle veut achever le sien. N'a-t-elle pas entendu des voix ? Non, le calme est profond autour d'elle...   Le calme est profond, c'est que la neige étouffe le son des pas. On vient, on est là. Des coups ébranlent la porte.   Cacher les lettres, fermer le bonheur-du-jour, elle n'en a plus le temps. Tout ce qu'elle peut faire, elle le fait ; elle prend les papiers à brassée et les jette sous le canapé dont la housse traîne à terre. Quelques lettres se répandent sur le tapis ; elle les repousse du pied, saisit un livre et se jette dans un fauteuil.    Le président du district entre suivi de douze piques. C'est un ancien rempailleur, nommé Brochet, qui grelotte la fièvre et dont les yeux sanglants nagent dans une perpétuelle horreur.    Il fait signe à ses hommes de garder les issues et s'adressant à Julie : - Citoyenne, nous venons d'apprendre que tu es en correspondance avec les agents de Pitt, les émigrés et les conspirateurs des prisons. Au nom de la loi, je viens saisir tes papiers. Il y a longtemps que tu m'étais désignée comme une aristocrate de la plus dangereuse espèce. Le citoyen Rapoix, qui est devant tes yeux, et il désigna un de ses hommes, a avoué que dans le grand hiver de 1789, tu lui as donné de l'argent et des vêtements pour le corrompre. Des magistrats modérés et dépourvus de civisme t'ont épargnée trop longtemps. Mais je suis le maître à mon tour, et tu n'échapperas pas à la guillotine. Livre-nous tes papiers, citoyenne. - Prenez-les vous-même, dit Julie, mon secrétaire est ouvert. Il y restait encore quelques billets de naissance, de mariage, ou de mort, des mémoires de fournisseurs et des titres de rente que Brochet examinait un à un. Il les tâtait et les retournait comme un homme défiant, qui ne sait pas bien lire, et disait de temps à autre : « Mauvais ! Le nom du ci-devant roi n'est pas effacé, mauvais, mauvais, cela ! » Julie en augure que la visite sera longue et minutieuse. Elle ne peut se défendre de jeter un regard furtif du côté du canapé et elle voit un coin de lettre qui passe sous la housse comme l'oreille blanche d'un chat. A cette vue, son angoisse cesse tout à coup. La certitude de sa perte met dans son esprit une tranquille assurance et sur son visage un calme tout semblable à celui de la sécurité. Elle est certaine que les hommes verront ce bout de papier qu'elle voit. Blanc sur le tapis rouge, il crève les yeux. Mais elle ne sait pas s'ils le découvriront tout de suite ou s'ils tarderont à le voir. Ce doute l'occupe et l'amuse. Elle se fait clans ce moment tragique une sorte de jeu d'esprit à regarder les patriotes s'éloigner ou s'approcher du canapé. Brochet, qui en a fini avec les papiers du bonheur-du-jour, s'impatiente et dit qu'il trouvera bien ce qu'il cherche. Il culbute les meubles, retourne les tableaux et frappe du pommeau de son sabre sur les boiseries pour découvrir les cachettes. Il n'en découvre point. Il fait sauter le panneau de glace pour voir s'il n'y a rien derrière. Il n'y a rien. Pendant ce temps, ses hommes lèvent quelques lames de parquet. Ils jurent qu'une gueuse d'aristocrate ne se moquera pas des bons sans-culottes. Mais aucun d'eux n'a vu la petite corne blanche qui passe sous la housse du canapé. Ils emmènent Julie dans les autres pièces de l'appartement et demandent toutes les clefs. Ils défoncent les meubles, font voler les vitres en éclats, crèvent les chaises, éventrent les fauteuils. Ils ne trouvent rien. Pourtant Brochet ne désespère pas encore, il retourne dans la chambre à coucher. - Nom de Dieu! les papiers sont ici ; j'en suis sûr! Il examine le canapé, le déclare suspect et y enfonce à cinq ou six reprises son sabre dans toute sa longueur. Il ne trouve rien encore de ce qu'il cherche, pousse un affreux juron et donne à ses hommes l'ordre du départ. Il est déjà à la porte quand, se retournant vers Julie, le poing tendu : - Tremble de me revoir ; je suis le peuple souverain Et il sort le dernier. Enfin, ils sont partis. Elle entend le bruit de leurs pas se perdre dans l'escalier. Elle est sauvée ! Son imprudence ne l'a point trahi, lui ! Elle court, avec son rire mutin, embrasser son Émile qui dort les poings fermés, comme si tout n'avait pas été bouleversé autour de son berceau. Ayant ainsi parlé, La Tulipe ralluma sa pipe qui était éteinte et vida son verre.   - Mon ami, lui dis-je, il faut être juste. Pour un garde française, vous contez avec délicatesse. Mais il me semble bien avoir déjà entendu cette histoire-là quelque part. - Il se peut que Julie l'ait racontée. C'était une personne d'infiniment d'esprit. - Et qu'est-elle devenue? -Elle eut de belles heures encore au temps du Consulat. Pourtant elle murmurait, le soir, aux arbres de son parc, des secrets douloureux. Voyez-vous, monsieur, elle était plus forte contre la mort que contre l'amour. - Et lui, qui écrivait de si belles lettres ? - Il devint baron et préfet de l'Empire. - Et le petit Émile ? - Il est mort en 1859, à Versailles, colonel de gendarmerie. - Fichtre ! A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-07-02T11:49:01Z <![CDATA[POUR CET ÉTÉ (Partie 1) : Manifestations littéraires]]> http://www.henripigaillem.com/article-20652058.html Au seuil de ces vacances d'été, je tenais à vous mettre sous les yeux un petit calendrier de manifestations littéraires dont quelques-unes se dérouleront peut-être près de chez vous ou de votre lieu de vacances (calendrier concernant exclusivement la France... pardon à nos amis francophones). Vous le trouverez ci-dessous. D'ici quelque temps, je vous parlerai de deux salons du livre importants qui ont lieu en août, le premier à l'île de Ré, le second en Touraine, à Chanceaux-près-Loches. De même, je vous informerai bientôt de ma rentrée littéraire. Enfin, depuis mon portrait diffusé sur France 3 Poitou-Charentes-Limousin en avril dernier, j'ai enregistré deux interviews télévisées : la première, présentée par Stéphane Bern, sera diffusée en prime time (je préfère l'expression "première partie de soirée) cet été sur France 2. Cette émission, intitulée "Un autre monde", comportera cinq volets, dont l'un des sujets porte sur Versailles. Je suppose que c'est dans cette dernière que j'interviens puisque j'ai été interrogé sur la duchesse de Fontanges, maîtresse de Louis XIV. Il faut savoir qu'à l'heure des enregistrements (au mois de mai pour ce qui me concerne), les dates de diffusion ainsi que l'ordre des passages à l'antenne étaient encore sous le coup de l'incertitude. Par conséquent, si vous le désirez, je vous invite à consulter votre magazine de programmes TV préféré. La seconde interview ne manque en revanche pas de précisions. Elle sera diffusée le samedi 13 septembre sur France 3 dans l'émission d'Eric Brunet "Le plus grand musée du monde". Nous l'avons enregistrée au château de Loches début juin, dans l'oratoire d'Anne de Bretagne. Mercredi 2 juillet 2008, place des Jacobins, Limoges (87) : « Marché aux livres anciens et d’occasion ». Organisateur : Art et collection. Contact : Frédéric Bazin, 05 55 48 39 47. Salon du Livre Médiéval du 05/07/2008 au 06/07/2008 à Bayeux (renseignements : ville de Bayeux) Samedi 5 juillet 2008, Foyer rural, Saint-Martin-la-Méanne (19) : « Journée du livre ». Spécialité : auteurs et éditeurs régionaux. Organisateur : Amicale laïque de Saint-Martin-la-Méanne. Contact : Lucienne Dichamp, 05 55 29 13 24. Idéklic du 09/07/2008 au 12/07/2008 à Moirans-en-Montagne (renseignements : ville de Moirans-en-Montagne) Les 12 et 13 juillet 2008, Hall polyvalent, Aubusson (23) : « 5e Salon du livre ancien ». Organisateur : Comité des fêtes. Contact : André Renaux, 05 55 66 15 12. Les 12 et 13 juillet 2008, sous la Halle, Collonges-la-Rouge (19) : « 10e Salon de la bande dessinée ». Organisateur : Association Ici même. Contact : Laurent Bangoura 05 55 33 31 61. Dimanche 20 juillet 2008, Merlines (19) : « Fête du livre ». Organisateur : Comité des fêtes. Contact : Ginette Battut, 05 55 94 33 98. Epos, le Festival des Histoires du 21/07/2008 au 27/07/2008 à Vendôme  (renseignements : ville de Vendôme) Samedi 26 juillet 2008, place du Marché et Jardin de l’Orangeraie, Mainsat (23) : « Marché aux livres ». Spécialités : livres, cartes postales, auteurs. Organisateur : association Mainsactif. Contact : Micheline Brunaud, 05 55 83 10 42. Du 27 au 29 juillet 2008, Faux-La-Montagne (23) : « Folie ! Les mots ». Organisateur : Association Folie ! Les mots. Contact : Sylvie Blanpain, 05 55 67 94 66. Les lundis et jeudis de juillet et août 2008, La Spouze, La Celle-sous-Gouzon (23) : « Jardins-Jeudis de La Spouze et lundis littéraires ». Organisateur : Centre de créations culturelles. Contact : René Bourdet, 05 55 62 20 61. Dimanche 3 août 2008, Salle des fêtes, Allassac (19) : « 11e Fête du livre ». Organisateur : Anim’Allassac. Contact : Christiane Camus, 05 55 84 51 44, 06 89 86 03 33. Mercredi 6 août 2008, place des Jacobins, Limoges (87) : « Marché aux livres anciens et d’occasion ». Organisateur : Art et collection. Contact : Frédéric Bazin, 05 55 48 39 47. Vendredi 15 août 2008, Gymnase, Felletin (23) : « La journée du livre ». Thème : mémoire personnelle, mémoire historique. Organisateur : Plaisir de lire. Contact : Marie-Christine Bouligaud, 05 55 35 81 80. Au bonheur des mômes du 24/08/2008 au 28/08/2008 à Grand Bornand (renseignements : ville de Grand Bornand) Ludovia du 27/08/2008 au 29/08/2008 à Ax-les-Thermes (renseignements : ville d'Ax-les-Thermes) A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-06-25T10:30:44Z <![CDATA[POUR CET ÉTÉ (Partie 2) : Suggestion de livres à emporter]]> http://www.henripigaillem.com/article-20651834.html Je précise que j'ai lu tous les livres présents dans la liste ci-dessous et que je vous conseille d'emporter avec  vous en vacances. D'autre part, je serais bien mal servi si je ne vous suggérais pas également de vous procurer avant votre départ quelques-uns de mes livres dont vous trouverez les détails dans l'une des rubriques de ce blog ou sur les sites de libraires. Je vous rappelle entre autres que mon nouveau roman est "Le moulin de Chastreuil" et ma nouvelle biographie "Anne de Bretagne". Romans : Régine Deforges : Deborah, la femme adultère (Fayard) (nouveauté) Patrick Poivre d'Arvor : Petit prince du désert (Albin Michel) (nouveauté) Richard Davenport-Hines : Proust au Majestic (Grasset) Albert Camus : L'étranger (Folio) Romans historiques : Jean Teulé : Le Montespan (Julliard) Dominique Basquiat : Les frères de Versailles (City éditions) Biographies : Bernard Marcadé : Marcel Duchamp (Flammarion) Biographies historiques : Didier Le Fur : Charles VIII (Perrin) Jean-Christian Petit-fils : Louis XIV (pour les petits budgets, sachez que ce livre est paru également en livre de poche) Correspondances : Jean Cocteau : Lettres à sa mère 1919-1938 (Gallimard) Littérature classique : George Sand : Pauline (Folio) Honoré de Balzac : Le cousin Pons (Folio) Guy de Maupassant : Contes de la bécasses (Livre de Poche) Musique : Aurélien Allin : Paul McCartney : La biographie François Gorin : Jacques Brel (disponible chez/en Librio) Beaux livres : Nicolas Moreau-Delacquis : La France des villages (Solar) Science fiction et Fantasy : Jean-Louis Fetjaine : Brocéliande (Pocket) Robin Hobb : Le soldat chamane (parus entre autres chez France-Loisirs) Policier : Agatha Christie : Dix petits nègres (Livre de Poche) A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-06-25T01:05:10Z <![CDATA[FESTIVAL INTERNATIONAL DU ROMAN NOIR]]> http://www.henripigaillem.com/article-20337766.html A Frontignan, du 24 au 29 juin 2008 Depuis 1998, le Festival international du roman noir de Frontignan (FIRN) a su s'imposer comme le festival de référence de ce genre littéraire si populaire, en réunissant de très nombreux talents français et internationaux, confirmés ou prometteurs, pour des rencontres et des débats passionnants avec un public de plus en plus nombreux. La littérature noire enrichissant de nombreuses autres formes d'expressions artistiques, le FIRN fait aussi la part belle au cinéma, à la bande dessinée, aux arts plastiques, à la musique et au théâtre. Seront présents cette année : Zena ABIRACHEB (Liban), AMBRE (Fr) (qui signe le visuel de l'affiche), Colin BATEMAN (Irl), Natalie BEUNAT (Fr), Pierre BORDAGE (Fr), Fabrice BOURLAND (Fr), Guillaume BOUZARD (Fr), Virginie BRAC (Fr), Gerald BRONNER (FR), Daniel CASANAVE (Fr), Rémy CATTELAIN (Fr), Pascal DESSAINT (Fr), Christian VON DITFURTH (All), Mathilde DOMECQ (Fr), Yves DESMAZES (Fr) Serguei DOUNOVETZ (Fr), Pierre DUBA (Fr), ED (Arg) Valerio EVANGELISTI (It), Caryl FEREY (Fr), Catherine FRADIER (Fr), Gil GRAFF (Fr), François GUERIF (Fr), Daniel HERNANDEZ (Fr), Esteban HERNANDEZ (Esp), Miles HYMAN (USA), Moussa KONATE (Mali), Marin LEDUN (Fr), Jake LAMAR (USA), Reno LEMAIRE (Fr), Maxi LUCHINI (Esp), (Fr), Claude MESPLEDE, Francis PORNON (Fr), Jean-Bernard POUY (Fr), Jacques RAVENNE (Fr), Paco ROCA (Esp), Gilles ROCHIER (Fr), Fermin SOLIS (Esp), Jean-Marc SOUVIRA (Fr), David VANDERMEULEN (Bel), Jean-Marie VILLEMOT (Fr), Alain WAGNEUR (Fr). Informations complémentaires : Entrée libre, sauf si précisé - Ville de Frontignan - Renseignements : 04.67.18.51.24 A bientôt et portez-vous bien !  ]]> fr 2008-06-20T00:50:06Z <![CDATA[LA SEXTINE]]> http://www.henripigaillem.com/article-20337592.html La sextine est une forme poétique, composée de six sizains dont les mots en fin de vers restent les mêmes, mais répartis selon un ordre différent : mathématiquement parlant, il s'agit d'une permutation d'ordre. La première sextine est l'œuvre du troubadour Arnaut Daniel au XIIe siècle. Forme particulière du canso, elle fut notamment utilisée par Dante et Pétrarque, qui fixèrent son nom, puis Luís de Camões, Ezra Pound, Joan Brossa et Louis Zukofsky. L'Oulipo s'est également emparé de cette contrainte. Raymond Queneau la généralise en inventant la quenine, modifiant le nombre de strophes, Oskar Pastior l'étend aux syllabes et phonèmes avec sa minisestina (mini-sextine), Ian Monk la combine avec les mots nombrés pour les « monquines » et Hervé Le Tellier se base sur elle pour la structure de son livre La Chapelle Sextine. Sextine du temps présent (Claude Ber) Sans pitié le couteau du temps Avant nous détruit nos visages Et les débris de notre image Se figent avec notre sang Mais en cruauté nos carnages Dépassent de loin ses tourments Dans l’histoire de nos tourments La démence de notre temps Ajoutant son lot de carnages Aura brûlé vif les visages Et explosé les corps en sang Nous dépeçant d’humaine image Des croyances à notre image Infligent torture et tourment Comblant de cadavres en sang Le cercueil grand ouvert d’un temps Qui troue d’acide les visages Et retourne aux dieux de carnages S’inventent raisons nos carnages Et de leurs gains cachent l’image Se vendent jusqu’à nos visages Quand font massacres et tourments Recette à la bourse du temps Où nos mains troquent notre sang. Nos vérités ont goût de sang Et sont masques de nos carnages Grimées à la mode du temps Vénérant leurres et images Qui se repaissent de tourments Aux trous ravagés des visages Des enfants tués nos visages Reflètent pour toujours le sang Des chairs arrachées des tourments De nos crimes et nos carnages Nous rendent voyeurs nos images Terre se meurt pendant ce temps Pour legs ce temps et pour visage N’aura qu’image en flot de sang Rien que carnages et tourments Claude Berhttp://www.wmaker.net/claudeber2/ A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-06-16T00:45:07Z <![CDATA[« SAGAN »]]> http://www.henripigaillem.com/article-20337493.html Aujourd'hui 11 juin sort sur les écrans Sagan, film biographique consacré à Françoise Sagan. Réalisé par Diane Kurys, Sagan était initialement un téléfilm en deux parties de 90 minutes ("Un charmant petit monstre" et "Des bleus à l'âme") réalisé pour France 2. Au vu de sa qualité, Luc Besson, via sa société EuropaCorp, a décidé d'en acquérir les droits pour le cinéma. Sorti en salles aujourd'hui 11 juin pour une version cinématographique de près de deux heures, Sagan sera diffusé par France 2 dans trois mois en format téléfilm de trois heures. Distribution : Françoise Sagan : Sylvie Testud Jacques Chazot : Pierre Palmade Bernard Franck : Lionel Abelanski Peggy : Jeanne Balibar Guy Schoeller : Denis Podalydès Astrid : Arielle Dombasle René Julliard : Samuel Labarthe Jacques Quoirez : Guillaume Gallienne Philippe : Bruno Wolkowitch Suzanne Quoirez : Gwendoline Hamon Résumé du film : "Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse." Françoise a tout juste 18 ans quand elle écrit les premières lignes de Bonjour Tristesse, un roman dont le succès fulgurant suffira à lancer le mythe de "La Sagan". Un mythe fait de formules brillantes, d'amours affranchies et de scandales tapageurs, derrière lesquels se cache une femme, que l'on qualifie d'anticonformiste pour ne pas la dire libre. Libre d'écrire, d'aimer, et de se détruire... Critiques de la presse : Télé 7 Jours  :  Si la mise en scène ne brille guère par son style et son allant, Sylvie Testud, elle, n'en manque pas. Le Journal du Dimanche : Sylvie Testud ne joue pas Sagan, elle est Sagan. Une performance qui fait oublier qu'on est devant un téléfilm qui a été gonflé pour le cinéma. Première : Sylvie Testud qui incarne Sagan est saisissante et exceptionnelle. Ne serait-ce pas seulement pour admirer cette performance mais aussi celle des autres acteurs que ce "Sagan" vaut le déplacement.   MCinéma.com : Ce biopic ne s'affiche en fait que comme une longue succession d'anecdotes qui, en plus d'ennuyer, s'avèrent totalement impropres à produire du sens mais également à rendre compte ne serait-ce que de loin de l'art et de la création de Françoise Sagan. A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-06-11T00:40:07Z <![CDATA[LE CONTE PHILOSOPHIQUE]]> http://www.henripigaillem.com/article-20154344.html Un conte philosophique est une histoire fictive, produite par l’auteur dans le but de peindre une critique de la société, le plus souvent fustigée dans toutes ses dimensions (moeurs de vie mondaine/rurale, pouvoir politique, arts, intolérance religieuse). Ce texte est rédigé sous la forme d’un conte, par définition indolore puisque métaphorique, dans le but de se soustraire à la censure. En effet, sous le voile de la forme (conte) se profile la plume acérée de l'auteur, constituant l'essence même de la pensée de ce dernier. Pour s'adresser à un lectorat mondain et influent, il est nécessaire de piquer sa curiosité pour lui ouvrir les yeux sur les réalités sociales ou culturelles qu'il ne sait ou ne veut pas discerner. Il a recours au récit imaginaire véhiculé par le conte pour transmettre des idées et des concepts à portée philosophique. L'âge d'or du conte philosophique en Europe occidentale est certainement le siècle des Lumières où de nombreuses œuvres de ce type sont parues, notamment sous la plume du philosophe Voltaire. Le conte philosophique devient parfois un conte satirique lorsque l'auteur s'y moque des travers d'individus ou de leurs idées ou bien y glisse une critique de la société contemporaine. Le conte a existé dans toutes les cultures, sous forme orale ou écrite et les contes à portée philosophiques sont probablement aussi anciens que ces cultures elles-mêmes (par exemple, sous la forme de récits originels). Toutefois, la conception moderne du conte philosophique fait référence à la tradition philosophique qui a émergé entre la Renaissance et le XVIIIe siècle. Par les artifices liés au caractère imaginaire du récit, par exemple, au travers des êtres imaginaires venus d'ailleurs, l'auteur feint de porter un regard objectif sur les hommes, ainsi que le fit Montesquieu dans les Lettres persanes, pour mieux dénoncer ce qu'il condamne. L'auteur le plus célèbre de contes philosophiques, Voltaire invite le lecteur à prendre conscience de l'imperfection humaine et de l'omniprésence du mal sur la terre tout en s'opposant à la théorie de Leibniz caricaturé sous les traits du Docteur Pangloss dans Candide, ce qui donne aussi une dimension satirique à l'œuvre. Le conte devient un moyen plaisant pour faire réfléchir le lecteur sur la place de l'homme dans l'univers, en réunissant la fiction et les morales philosophiques des Lumières. L'incipit du conte philosophique s'imprègne de formulations comparables à celles du conte traditionnel, formulations temporelles qui reviennent comme un refrain, et permettent au lecteur de vivre une immersion dans le monde merveilleux des fables : « Il y avait en Westphalie » dans Candide. « Au temps du roi Moabdar il y avait à Babylone... Il y avait un jeune homme de beaucoup d’esprit » dans Zadig ou la destinée, histoire orientale. La formule « conte philosophique » associe deux termes à première vue oxymoriques. Le conte philosophique a pour caractéristique principale d'avoir une morale, tout comme les apologues. Candide particulièrement, a été utilisé par son auteur comme arme de critique envers l’optimisme démesuré, d’où cette phrase célèbre : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » (satire du « si ce n'était le meilleur monde possible, Dieu n'en aurait produit aucun » de Leibniz), une tirade qui se veut avant tout ironique. Ce type de conte se distingue donc de ses confrères, car il sert aussi d’instrument à l’expression philosophique de celui qui l’écrit. Le conte philosophique, qui permet d'aborder l'écriture satirique et les questions, entre autre, de la critique de la société, de la religion, de la superstition offre une lecture à plusieurs degrés. Les héros de Voltaire : Candide, Zadig, Micromégas, l'Ingénu, sont parés de traits de caractère enviables. On pourra donc lire ce texte à plusieurs degrés en fonction desquels l’histoire sera plus ou moins significative et profonde. Mais qui dit philosophie dit normalement haut degré d’abstraction. C’est justement ici que se crée un ajustement : le conte est philosophique, mais, pour ne pas être abstrait, enracine sa réflexion dans le monde contemporain qu’il critique. Les visées sont doubles : philosophiques et satiriques. Derrière un conte philosophique il y a toujours une dimension critique. En effet, il ne faut pas oublier que Voltaire est un philosophe des Lumières et qu’il dénonce donc le dysfonctionnement de la société. A bientôt et portez-vous bien ! ]]> fr 2008-06-07T00:10:30Z