henri.pigaillem

SOURCE : Lire, décembre 2009.
Par Jérôme Dupuis.
Indéniablement, il y a un mythe Camus. La trajectoire de l'écrivain est tragiquement parfaite : fils de femme de ménage, pur produit de l'école républicaine,
résistant, méfiant envers les grandes idéologies du xxe siècle, auréolé du prix Nobel à 43 ans, il meurt brutalement dans un accident de voiture. "Cela lui a conféré une aura romantique à la
James Dean, analyse Jeanyves Guérin, maître d'oeuvre du Dictionnaire Albert Camus. Sur les photographies, avec sa cigarette et son imper, il est figé quelque part entre Gérard Philipe et Humphrey
Bogart."
"Les lecteurs ont une relation fraternelle avec mon père"
Son oeuvre, vendue à des millions d'exemplaires, a été traduite en soixante langues. Au tamis du temps, ce sont le romancier et l'homme de théâtre qui ont les
faveurs du public, plus que le philosophe - on se souvient que ses adversaires l'avaient traité de "philosophe pour classes terminales". "Camus est un mythe, car il est justement le contraire
d'un mythe : un homme simple, qui nous dit que nous ne sommes que de passage sur cette terre, avance sa fille, Catherine Camus. Les lecteurs ont une relation fraternelle avec mon
père."
Il s'en est même trouvé un, on le sait, pour se mettre en tête de faire entrer Albert Camus au Panthéon. Il s'agit de Nicolas Sarkozy. En novembre 2007, déjà, le
président avait invité Catherine Camus à l'Elysée, pour célébrer le cinquantième anniversaire du Nobel. Plus discrètement, cet été, la fille d'Albert Camus a rencontré le chef de l'Etat, alors
qu'il était en villégiature au cap Nègre. L'idée du Panthéon a alors été évoquée. Catherine Camus y serait plutôt favorable, sensible à l'hommage de la République à ce père venu de la "France
d'en bas".
Mais une malencontreuse fuite, fin novembre, vient tout compliquer. Le frère jumeau de Catherine, Jean, malgré deux rendez-vous avec la conseillère de l'Elysée,
Catherine Pégard, à la mi-novembre, se montre très hostile au projet, préférant le soleil de Lourmarin - où l'écrivain est enterré - à la crypte des "grands hommes". A l'Elysée, où l'on tente de
rapprocher la position du frère et de la soeur, on reconnaît que la date anniversaire du 4 janvier semble désormais compromise pour un éventuel transfert au Panthéon. Plus tard, courant 2010,
peut-être... En attendant, "lourmarinistes" et "panthéonistes" s'étripent comme aux plus beaux jours des polémiques entre Sartre et Camus. En cause : la "camusophilie" de Nicolas Sarkozy. Sincère
ou opportuniste ? "Il y a des centaines de rues Albert-Camus en France, mais aucune à Neuilly, dont Nicolas Sarkozy a été maire pendant vingt ans", s'insurge Jeanyves Guérin, qui ajoute, un brin
perfide : "Savez-vous quel était l'un des trois romans préférés de Camus ? La Princesse de Clèves.
A bientôt et portez-vous bien !