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Alexandre Dumas
En salle demain 10 février.

Réalisation :
Safy Nebbou

Distribution :
Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Mélanie Thierry, Dominique Blanc, Michel Aumont.

Synopsis
:
Alors qu'Alexandre Dumas et Auguste Maquet, son nègre littéraire, sont au sommet de leur collaboration, Maquet décide de se faire passer pour Dumas afin de séduire Charlotte, une admiratrice de l'illustre écrivain. Entre les deux hommes, l'affrontement est inévitable. Dans Paris, la Révolution de 1848 se prépare...

Quelques critiques du film :

Première : 

Sur le papier, cet Autre Dumas, tiré de la pièce de théâtre à succès Signé Dumas, avait tous les atouts. Le film ne transforme aucune de ces bonnes intentions en réussite. Non seulement le scénario a l’art de virer mollement vers le vaudeville, mais la réalisation, d’une platitude exemplaire (toutes les scènes sont filmées à égale distance, sans jamais aucun relief), gâche un bon sujet, un judicieux point de vue, de vrais personnages, et même de bons acteurs. Bref, on reprend ses classiques et on relit Dumas. Ou Maquet, qui sait ?

StudioCiné : 

L'intrigue, laborieusement filmée, repose sur ces deux monstres sacrés qui se perdent dans un jeu de miroirs bien au-delà du film.

Brazil : 

La mise en scène, assez transparente, voire scolaire, m'a rappelé ces moments atroces du collège où l'on devait se taper Germinal ou Gertrude sur la guillotine, afin de nous donner le goût du cinéma ! Dire qu'on a survécu... Je me demande encore comment ! (Alexandra Louvet )

Le Point :

Safy Nebbou réussit ainsi à incarner la relation maître-esclave de ce duo idéal pour le cinéma.

Pour en savoir plus et découvrir la bande-annonce, rendez-vous sur le site du film : http://www.lautredumas-lefilm.com/

Entretien avec Safy Nebbou, réalisateur de L'autre Dumas : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/l-autre-dumas,126258-note-74970

La collaboration entre Auguste Maquet et Alexandre Dumas va s’échelonner de 1844 à 1851 et donner lieu à la parution de dix-sept romans parmi lesquels Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte Cristo, La Reine Margot, Le Vicomte de Bragelonne, Joseph Balsamo, Ange Pitou, etc. Des chefs d’œuvre tous signés de la main d’Alexandre Dumas dont Maquet, lors d’un procès qui aura lieu en 1858, revendiquera la paternité. Le tribunal lui accordera 25% des droits d’auteur et lui refusera la co-signature. L’un entrera au Panthéon en grande pompe, l’autre finira incognito au Père-Lachaise, 54e division, chemin Montlouis.

Durant leurs dix années de collaboration frénétique, Dumas ne cessera de répéter qu’il ne pouvait se passer d’Auguste Maquet ! Il en parle comme « l’homme qui travaille peut-être le plus au monde, sort peu, se montre peu, parle peu, un esprit sévère et loyal jusqu’à l’excès. » Tout le contraire de Dumas et comme les contraires s’aimantent, ils vont devenir inséparables. Un couple infernal et fusionnel qui oscille constamment entre la haine et l’amour.
Si Maquet prend du retard, Dumas s’affole : « Je suis complètement à sec, écrit-il, vite, un coup de collier ! » Et encore : « que va-t-il arriver de Maurevel ? J’ai besoin de le savoir pour ne pas marcher tout à fait en aveugle ! » Si Maquet s’absente pour régler ses affaires de famille, Dumas se sent tout à coup impuissant. Le nègre est devenu le collaborateur indispensable, celui qui défriche, bâtit les plans du roman, se documente, archive, propose des intrigues et des dialogues. Le maître s’empare avec avidité de ces feuillets qu’il qualifie de « brouillons », y ajoute mille détails, refait les dialogues et… signe Alexandre Dumas.

À partir de quand un collaborateur parfaitement mimétique peut-il devenir un véritable co-auteur ? Telle est la question qui va miner peu à peu leur amitié. Au début de la période idyllique, Maquet refuse toute idée de contrat, jugée indigne d’une complicité aussi féconde. La parole loyale doit suffire à écrire de concert « un demi-million de lignes » ! Dix ans plus tard le nègre fait ses comptes, s’estime floué et le divorce est consommé. Lorsque Frank Le Wita et Marc De Bayser, les producteurs de Film Oblige, m’ont proposé d’adapter «Signé Dumas», la pièce cruelle et drôle de Cyril Gély et Eric Rouquette, je n’ai pas hésité bien longtemps.
Ayant lu sous la plume d’un biographe que « les deux hommes s’identifiaient si complètement qu’ils pouvaient se remplacer, tant la manière et le style se confondaient », je me suis dit qu’il serait amusant qu’Auguste Maquet se fasse un jour passer pour l’immense Alexandre Dumas. Tel est le point de départ de cette tragi-comédie. Bien sûr, vouloir devenir l’autre, c’est se perdre soi-même mais c’est aussi, pour un homme de l’ombre, la possibilité de croire, le temps d’un quiproquo, qu’il n’est plus un « pisse-copie » mais un maître des mots, un Don Juan irrésistible, un révolutionnaire à qui rien ne résiste… du moins en apparence.

Safy Nebbou a tout de suite mesuré les enjeux scénaristiques et cinématographiques de cette imposture initiale : transformer le château de Monte Cristo en ménagerie exotique et baroque, imaginer, au moment où les masques tombent, que la fête devienne un bal costumé orientaliste, ce ne sont pas des idées décoratives mais des vrais choix de mise en scène.
Puisque le cinéma est avant tout un art de l’illusion, il y avait dans ce jeu de cache-cache avec la vérité un défi de fiction à relever, à l’opposé de la reconstitution historique ou de ce que l’on appelle aujourd’hui un « biopic ». Je trouve toujours fascinant de voir comment, à partir d’une « commande » qui vous est a priori étrangère, un metteur en scène peut réaliser une œuvre aussi inspirée et personnelle.


SOURCE : Comme au cinéma (Gilles Taurand).

Alexandre Dumas

Mar 9 fév 2010 Aucun commentaire