henri.pigaillem
Le roman noir se distingue du roman policier par le chemin qui mène le lecteur du crime à l'assassin. Le roman policier classique débute par un crime et le lecteur cherche à connaitre l'identité du criminel. Le roman noir débute par une situation dans laquelle un criminel va évoluer jusqu'au crime. Un roman noir peut même être dépourvu de crime.
Ce genre relate souvent l'affaire d'un détective, souvent un « privé », en proie lui aussi à des problèmes d'argent. Il affronte au quotidien des endroits mal famés et les truands ; il se heurte souvent à l'hostilité de la police officielle. Ce type de détective a été immortalisé par le personnage de Sam Spade (Dashiell Hammett) ou encore de Philip Marlowe (Raymond Chandler). Aujourd'hui, des auteurs comme Cormac McCarthy peuvent être rattachés au genre. Au cinéma, des réalisateurs comme John Huston, Robert Montgomery et Howard Hawks ont contribué à populariser le genre du film noir.
Parmi les fondateurs français du genre, on peut citer Balzac : Une ténébreuse affaire (1843) ou Eugène Sue et ses Mystères de Paris (1842-1843), mais Émile Zola pourrait peut-être s'en réclamer aussi pour L'Assommoir.
À l'exemple des Américains tels que Horace McCoy, qui avait écrit On achève bien les chevaux et Adieu la vie adieu l'amour (version française 1949), ou James Cain (Le facteur sonne toujours deux fois), la Série noire, créée par Marcel Duhamel, rend le genre populaire en France. En août 1944, quelques jours avant la Libération de Paris, Marcel Duhamel découvre trois livres ; deux sont de Peter Cheney et le troisième de James Hadley Chase. Il en confie la traduction à Gallimard, avec l'idée d'une collection et Jacques Prévert en trouve le titre. La série commence en 1945 et connaît immédiatement le succès.
Jean Amila y publie une vingtaine de romans. On doit aussi mentionner Léo Malet pour sa Trilogie noire. Les titres résument assez bien l'essentiel du roman noir : La vie est dégueulasse (1948), Le soleil n'est pas pour nous (1949), Sueur aux tripes (1969). Philippe Porée-Kurrer, avec sa Quête de Nathan Barker (1994) a sans doute ouvert des portes nouvelles au genre.
Le commentateur français par excellence restera toutefois Jean-Patrick Manchette. Lui-même auteur des quelques romans plus ou moins intéressants (La position du tireur couché, tentative risible de rouler des mécaniques) c'est toutefois son travail d'éclaireur pour le genre dans les pages de Libération qui le signalera comme le véritable exégète gaulois du noir.
On doit aussi signaler le très productif Maurice G. Dantec qui renouvelle le genre en liant une trame un peu futuriste à la noirceur de ses romans. Émigré depuis peu à Montréal, sa prose semble se flétrir au profit d'une inexplicable croisade born-again carburant fort à la paranoïa.
A bientôt et portez-vous bien !