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    <title><![CDATA[www.henripigaillem.com]]></title>
    <link>http://www.henripigaillem.com/</link>
    <description></description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Thu, 18 Mar 2010 21:36:23 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Thu, 18 Mar 2010 21:36:23 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2010, Henri Pigaillem</copyright>            <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[AMÉLIE NOTHOMB ET ALFRED DE VIGNY]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-amelie-nothomb-et-alfred-de-vigny-46620414.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><img height="300" width="246" src="http://img.over-blog.com/246x300/0/27/10/92/Alfred-de-Vigny.jpg" alt="Alfred de Vigny" class="CtreTexte"><br>
    <br>
    Petite confidence sans intérêt de la part d'Amélie Nothomb mais qui permet de revenir sur son récent voyage éclair à Montréal, où elle rencontrait ses lecteurs québécois. Dans une interview
    accordée à Cyberpresse, l'écrivaine déclare à propos des rencontres avec les lecteurs : « Ce sont des moments de vérité où je constate si j'ai eu raison ou non de publier ce livre. En général,
    mes lecteurs sont généreux. Quand j'écris, dit-elle plus loin, je me mets dans un état physique et mental qui n'est pas normal. J'appelle ça descendre dans le sous-marin de l'écriture. Si je
    donne la parole à un meurtrier, il s'agit pour moi de devenir ce meurtrier. Et Dieu sait si j'en ai mis au monde, des monstres ! Et des terribles ! ». Quant à son dernier livre Le voyage d'hiver
    : « Je suis tombée enceinte de ce livre après ma énième fouille à l'aéroport de Moscou, en février 2008. Je bipe toujours dans les portiques de sécurité, je ne sais pas pourquoi. Et j'ai eu droit
    à une fouille moscovite, extrêmement musclée. Ça m'a énervée ». Et c'est là qu'elle s'est demandée quelles pourraient être les motivations d'un terroriste. Elle achève par la confidence dont je
    parlais et sur laquelle personne ne lui demandait appremment de s'exprimer : « Je lis n'importe quel vers, et je me fous complètement de ceux d'Alfred de Vigny. » Et bien moi je ne déteste pas
    Amélie Nothomb. Tout ça pour répondre avec gentillesse à tous mes visiteurs qui semblent penser que je n'aime que la littérature classique.</span></strong>
  </p><br>
  <img height="243" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x243/0/27/10/92/Ecritoire.jpg" alt="Ecritoire" class="CtreTexte">]]></description>
        <pubDate>Wed, 17 Mar 2010 00:06:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-amelie-nothomb-et-alfred-de-vigny-46620414.html</guid>
                <category>ENTRETIENS</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-amelie-nothomb-et-alfred-de-vigny-46620414-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[SORTIE DE MON NOUVEAU LIVRE]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-sortie-de-mon-nouveau-livre-46492528.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong><img height="300" width="195" src="http://img.over-blog.com/195x300/0/27/10/92/Couverture-Tallemant-des-Reaux.JPG" alt="Couverture Tallemant des Réaux"
    class="CtreTexte"><br>
    <br>
    Dans quelques jours paraîtra dans les librairies ma nouvelle biographie, celle du célèbre Tallemant des Réaux, l'auteur des non moins célèbres <em>Historiettes,</em> chers, l'un et l'autre, aux
    historiens, surtout aux spécialistes du XVIIe siècle. Tallemant des Réaux, cité très fréquemment dans les&nbsp;biographies et autres essais historiques, est incontestablement à l'origine&nbsp;de
    tout, ou en grande partie, ce que l'on connaît de Louis XIII et son temps. Il était naturel de rendre hommage à cet auteur de chroniques malicieuses en lui consacrant, pour la première fois, une
    biographie au sens strict du terme, c'est-à-dire non romancée. A travers cet ouvrage, réalisé en partie grâce à des documents inédits exhumés de la médiathèque de La Rochelle, ville d'où il était
    originaire, je me suis efforcé de montrer au lecteur une autre facette de Tallemant des Réaux écrivain. En effet, celui-ci fut aussi l'auteur de nombreux poèmes, mazarinades, épîtres (dont de
    larges extraits sont pour la première fois publiés dans mon livre), et même d'une tragédie, <em>Edipe</em> (orthographiée ainsi), que j'ai minutieusement déchiffrée et reproduite dans son
    intégralité à la suite de la biographie. Amateurs ou passionnés de théâtre seront, je le souhaite, ravis de découvrir cette pièce entièrement inédite. Tout comme je souhaite qu'elle fera parler
    d'elle dans les milieux&nbsp;professionnels du théâtre. Un évènement en somme !<br>
    <br>
    Pour ajouter quelques mots de présentation&nbsp;à cette biographie de Tallemant des Réaux, rien de mieux que de citer un extrait de la préface, que Jean Mesnard, de l'Institut, m'a fait l'honneur
    de rédiger :<br>
    <br>
    <em>À travers le XVIIe siècle c’est toute une série d’avenues que trace l’existence de Tallemant des Réaux, féconde en épisodes pittoresques et en rencontres mémorables, et surtout racontée avec
    le naturel et le charme de son rare talent dans son œuvre majeure, les Historiettes. En ces avenues, Henri Pigaillem fait découvrir de multiples paysages, dont la succession rapide et dense
    retient constamment l’attention du lecteur. On se plaît à la découverte d’un passé dont le prestige et la grandeur avérées se composent souvent, au point de se faire quelquefois oublier, avec la
    fantaisie et la légèreté.<br>
    Tallemant des Réaux, ce peintre de son temps et de sa famille est aussi un peintre de lui-même. Pour cette part de sa création, comme pour le reste, la qualité d’historien n’est pas celle qui lui
    conviendrait le mieux, quoiqu’elle lui appartienne par la bande. On peut même hésiter à employer à son sujet la catégorie de l’autobiographie, parce que sa personne, dans son œuvre, entre dans un
    cadre qui la déborde largement. Il serait tentant d’esquisser un rapprochement avec Montaigne, mais hélas ! les Historiettes ne sont pas les Essais. Quoi qu’il en soit, la présence du moi, chez
    lui comme chez celui qu’il a certainement lu avec attention, parce qu’il était l’un des auteurs les plus appréciés de son temps, est caractéristique. Henri Pigaillem l’a bien compris, qui s’est
    attaché, non pas à construire un portrait en forme de son héros, mais à le rendre présent et vivant par une innombrable série de notations regroupées par thèmes plutôt que dans une perspective
    chronologique... (Jean Mesnard, de l'Institut).</em></strong></span>
  </p><br>
  <img height="300" width="195" src="http://img.over-blog.com/195x300/0/27/10/92/Couverture-Tallemant-des-Reaux.JPG" alt="Couverture Tallemant des Réaux" class="CtreTexte">]]></description>
        <pubDate>Mon, 15 Mar 2010 00:25:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-sortie-de-mon-nouveau-livre-46492528.html</guid>
                <category>ACTUALITÉ</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-sortie-de-mon-nouveau-livre-46492528-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[BALZAC : « LE RÉQUISITIONNAIRE »]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-balzac-le-requisitionnaire-45941194.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;"><b><span style="font-size: 12pt;"><img height="300" width="236" src=
    "http://img.over-blog.com/236x300/0/27/10/92/Qui-est-ce--/Honore-de-Balzac.jpg" alt="Honoré de Balzac" class="CtreTexte"><br>
    <br>
    Par un soir du mois de novembre 1793, les principaux personnages de Carentan se trouvaient dans le salon de madame de Dey, chez laquelle l'</span></b><em><b><span style=
    "font-size: 12pt;">assemblée</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;se tenait tous les jours. Quelques circonstances qui n'eussent point attiré l'attention d'une grande ville,
    mais qui devaient fortement en préoccuper une petite, prêtaient à ce rendez-vous habituel un intérêt inaccoutumé. La surveille, madame de Dey avait fermé sa porte à sa société, qu'elle s'était
    encore dispensée de recevoir la veille, en prétextant d'une indisposition. En temps ordinaire, ces deux événements eussent fait à Carentan le même effet que produit à Paris
    un&nbsp;</span></b><em><b><span style="font-size: 12pt;">relâche</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;à tous les théâtres. Ces jours-là, l'existence est en quelque sorte
    incomplète. Mais, en 1793, la conduite de madame de Dey pouvait avoir les plus funestes résultats. La moindre démarche hasardée devenait alors presque toujours pour les nobles une question de vie
    ou de mort. Pour bien comprendre la curiosité vive et les étroites finesses qui animèrent pendant cette soirée les physionomies normandes de tous ces personnages, mais surtout pour partager les
    perplexités secrètes de madame de Dey, il est nécessaire d'expliquer le rôle qu'elle jouait à Carentan. La position critique dans laquelle elle se trouvait en ce moment ayant été sans doute celle
    de bien des gens pendant la Révolution, les sympathies de plus d'un lecteur achèveront de colorer ce récit.</span></b></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Madame de Dey, veuve d'un lieutenant général, chevalier des ordres, avait quitté la cour au commencement de l'émigration. Possédant des biens considérables aux
    environs de Carentan, elle s'y était réfugiée, en espérant que l'influence de la terreur s'y ferait peu sentir. Ce calcul, fondé sur une connaissance exacte du pays, était juste. La Révolution
    exerça peu de ravages en Basse-Normandie. Quoique madame de Dey ne vît jadis que les familles nobles du pays quand elle y venait visiter ses propriétés, elle avait, par politique, ouvert sa
    maison aux principaux bourgeois de la ville et aux nouvelles autorités, en s'efforçant de les rendre fiers de sa conquête, sans réveiller chez eux ni haine ni jalousie. Gracieuse et bonne, douée
    de cette inexprimable douceur qui sait plaire sans recourir à l'abaissement ou à la prière, elle avait réussi à se concilier l'estime générale par un tact exquis dont les sages avertissements lui
    permettaient de se tenir sur la ligne délicate où elle pouvait satisfaire aux exigences de cette société mêlée, sans humilier le rétif amour-propre des parvenus, ni choquer celui de ses anciens
    amis.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Agée d'environ trente-huit ans, elle conservait encore, non cette beauté fraîche et nourrie qui distingue les filles de la Basse-Normandie, mais une beauté grêle
    et pour ainsi dire aristocratique. Ses traits étaient fins et délicats ; sa taille était souple et déliée. Quand elle parlait, son pâle visage paraissait s'éclairer et prendre de la vie. Ses
    grands yeux noirs étaient pleins d'affabilité, mais leur expression calme et religieuse semblait annoncer que le principe de son existence n'était plus en elle. Mariée à la fleur de l'âge avec un
    militaire vieux et jaloux, la fausseté de sa position au milieu d'une cour galante contribua beaucoup sans doute à répandre un voile de grave mélancolie sur une figure où les charmes et la
    vivacité de l'amour avaient dû briller autrefois. Obligée de réprimer sans cesse les mouvements naïfs, les émotions de la femme alors qu'elle sent encore au lieu de réfléchir, la passion était
    restée vierge au fond de son coeur. Aussi, son principal attrait venait-il de cette intime jeunesse que, par moments, trahissait sa physionomie, et qui donnait à ses idées une innocente
    expression de désir. Son aspect commandait la retenue, mais il y avait toujours dans son maintien, dans sa voix, des élans vers un avenir inconnu, comme chez une jeune fille ; bientôt l'homme le
    plus insensible se trouvait amoureux d'elle, et conservait néanmoins une sorte de crainte respectueuse, inspirée par ses manières polies qui imposaient. Son âme, nativement grande, mais fortifiée
    par des luttes cruelles, semblait placée trop loin du vulgaire, et les hommes se faisaient justice. A cette âme, il fallait nécessairement une haute passion. Aussi les affections de madame de Dey
    s'étaient-elles concentrées dans un seul sentiment, celui de la maternité. Le bonheur et les plaisirs dont avait été privée de sa vie de femme, elle les retrouvait dans l'amour extrême qu'elle
    portait à son fils. Elle ne l'aimait pas seulement avec le pur et profond dévouement d'une mère, mais avec la coquetterie d'une maîtresse, avec la jalousie d'une épouse. Elle était malheureuse
    loin de lui, inquiète pendant ses absences, ne le voyait jamais assez, ne vivait que par lui et pour lui. Afin de faire comprendre aux hommes la force de ce sentiment, il suffira d'ajouter que ce
    fils était non seulement l'unique enfant de madame de Dey, mais son dernier parent, le seul être auquel elle pût rattacher les craintes, les espérances et les joies de sa vie. Le feu comte de Dey
    fut le dernier rejeton de sa famille, comme elle se trouva seule héritière de la sienne. Les calculs et les intérêts humains s'étaient donc accordés avec les plus nobles besoins de l'âme pour
    exalter dans le coeur de la comtesse un sentiment déjà si fort chez les femmes. Elle n'avait élevé son fils qu'avec des peines infinies, qui le lui avaient rendu plus cher encore ; vingt fois les
    médecins lui en présagèrent la perte ; mais, confiante en ses pressentiments, en ses espérances, elle eut la joie inexprimable de lui voir heureusement traverser les périls de l'enfance,
    d'admirer les progrès de sa constitution, en dépit des arrêts de la Faculté.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Grâce à des soins constants, ce fils avait grandi, et s'était si gracieusement développé, qu'à vingt ans, il passait pour un des cavaliers les plus accomplis de
    Versailles. Enfin, par un bonheur qui ne couronne pas les efforts de toutes les mères, elle était adorée de son fils ; leurs âmes s'entendaient par de fraternelles sympathies. S'ils n'eussent pas
    été liés déjà par le voeu de la nature, ils auraient instinctivement éprouvé l'un pour l'autre cette amitié d'homme à homme, si rare à rencontrer dans la vie. Nommé sous-lieutenant de dragons à
    dix-huit ans, le jeune comte avait obéi au point d'honneur de l'époque en suivant les princes dans leur émigration.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Ainsi madame de Dey, noble, riche, et mère d'un émigré, ne se dissimulait point les dangers de sa cruelle situation. Ne formant d'autre voeu que celui de
    conserver à son fils une grande fortune, elle avait renoncé au bonheur de l'accompagner ; mais en lisant les lois rigoureuses en vertu desquelles la République confisquait chaque jour les biens
    des émigrés à Carentan, elle s'applaudissait de cet acte de courage. Ne gardait-elle pas les trésors de son fils au péril de ses jours ? Puis, en apprenant les terribles exécutions ordonnées par
    la Convention, elle s'endormait heureuse de savoir sa seule richesse en sûreté, loin des dangers, loin des échafauds. Elle se complaisait à croire qu'elle avait pris le meilleur parti pour sauver
    à la fois toutes ses fortunes. Faisant à cette secrète pensée les concessions voulues par le malheur des temps, sans compromettre ni sa dignité de femme ni ses croyances aristocratiques, elle
    enveloppait ses douleurs dans un froid mystère. Elle avait compris les difficultés qui l'attendaient à Carentan. Venir y occuper la première place, n'était-ce pas y défier l'échafaud tous les
    jours ? Mais, soutenue par un courage de mère, elle sut conquérir l'affection des pauvres en soulageant indifféremment toutes les misères, et se rendit nécessaire aux riches en veillant à leurs
    plaisirs. Elle recevait le procureur de la commune, le maire, le président du district, l'accusateur public, et même les juges du tribunal révolutionnaire. Les quatre premiers de ces personnages,
    n'étant pas mariés, la courtisaient dans l'espoir de l'épouser, soit en l'effrayant par le mal qu'ils pouvaient lui faire, soit en lui offrant leur protection. L'accusateur public, ancien
    procureur à Caen, jadis chargé des intérêts de la comtesse, tentait de lui inspirer de l'amour par une conduite pleine de dévouement et de générosité ; finesse dangereuse ! Il était le plus
    redoutable de tous les prétendants. Lui seul connaissait à fond l'état de la fortune considérable de son ancienne cliente. Sa passion devait s'accroître de tous les désirs d'une avarice qui
    s'appuyait sur un pouvoir immense, sur le droit de vie et de mort dans le district. Cet homme, encore jeune, mettait tant de noblesse dans ses procédés, que madame de Dey n'avait pas encore pu le
    juger. Mais, méprisant le danger qu'il y avait à lutter d'adresse avec des Normands, elle employait l'esprit inventif et la ruse que la nature a départis aux femmes pour opposer ces rivalités les
    unes aux autres. En gagnant du temps, elle espérait arriver saine et sauve à la fin des troubles. A cette époque, les royalistes de l'intérieur se flattaient tous les jours de voir la Révolution
    terminée le lendemain ; et cette conviction a été la perte de beaucoup d'entre eux.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Malgré ces obstacles, la comtesse avait assez habilement maintenu son indépendance jusqu'au jour où, par une inexplicable imprudence, elle s'était avisée de
    fermer sa porte. Elle inspirait un intérêt si profond et si véritable, que les personnes venues ce soir-là chez elle conçurent de vives inquiétudes en apprenant qu'il lui devenait impossible de
    les recevoir ; puis, avec cette franchise de curiosité empreinte dans les moeurs provinciales, elles s'enquirent du malheur, du chagrin, de la maladie qui devait affliger madame de Dey. A ces
    questions une vieille femme de charge, nommée Brigitte, répondait que sa maîtresse s'était enfermée et ne voulait voir personne, pas même les gens de sa maison. L'existence, en quelque sorte
    claustrale, que mènent les habitants d'une petite ville crée en eux une habitude d'analyser et d'expliquer les actions d'autrui si naturellement invincible qu'après avoir plaint madame de Dey,
    sans savoir si elle était réellement heureuse ou chagrine, chacun se mit à rechercher les causes de sa soudaine retraite.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Si elle était malade, dit le premier curieux, elle aurait envoyé chez le médecin ; mais le docteur est resté pendant toute la journée chez moi à jouer aux
    échecs. Il me disait en riant que, par le temps qui court, il n'y a qu'une maladie... et qu'elle est malheureusemennt incurable.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Cette plaisanterie fut prudemment hasardée. Femmes, hommes, vieillards et jeunes filles se mirent alors à parcourir le vaste champ des conjectures. Chacun crut
    entrevoir un secret, et ce secret occupa toutes les imaginations. Le lendemain les soupçons s'envenimèrent. Comme la vie est à jour dans une petite ville, les femmes apprirent les premières que
    Brigitte avait fait au marché des provisions plus considérables qu'à l'ordinaire. Ce fait ne pouvait être contesté. L'on avait vu Brigitte de grand matin sur la place, et, chose extraordinaire,
    elle y avait acheté le seul lièvre qui s'y trouvât. Toute la ville savait que madame de Dey n'aimait pas le gibier. Le lièvre devint un point de départ pour des suppositions infinies. En faisant
    leur promenade périodique, les vieillards remarquèrent dans la maison de la comtesse, une sorte d'activité concentrée qui se révélait par les précautions même dont se servaient les gens pour la
    cacher. Le valet de chambre battait un tapis dans le jardin ; la veille, personne n'y aurait pris garde ; mais ce tapis devint une pièce à l'appui des romans que tout le monde bâtissait. Chacun
    avait le sien. Le second jour, en apprenant que madame de Dey se disait indisposée, les principaux personnages de Carentan se réunirent le soir chez le frère du maire, vieux négociant marié,
    homme probe, généralement estimé, et pour lequel la comtesse avait beaucoup d'égards. Là, tous les aspirants à la main de la riche veuve eurent à raconter une fable plus ou moins probable ; et
    chacun d'eux pensait à faire tourner à son profit la circonstance secrète qui la forçait de se compromettre ainsi. L'accusateur public imaginait tout un drame pour amener nuitamment le fils de
    madame de Dey chez elle. Le maire croyait à un prêtre insermenté, venu de la Vendée, et qui lui aurait demandé un asile ; mais l'achat du lièvre, un vendredi, l'embarrassait beaucoup. Le
    président du district tenait fortement pour un chef de Chouans ou de Vendéens vivement poursuivi. D'autres voulaient un noble échappé des prisons de Paris. Enfin tous soupçonnaient la comtesse
    d'être coupable d'une de ces générosités que les lois d'alors nommaient un crime, et qui pouvaient conduire à l'échafaud. L'accusateur public disait d'ailleurs à voix basse qu'il fallait se
    taire, et tâcher de sauver l'infortunée de l'abîme vers lequel elle marchait à grands pas.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Si vous ébruitez cette affaire, ajouta-t-il, je serai obligé d'intervenir, de faire des perquisitions chez elle, et alors !... Il n'acheva pas, mais chacun
    comprit cette réticence.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Les amis sincères de la comtesse s'alarmèrent tellement pour elle que, dans la matinée du troisième jour, le procureur-syndic de la commune lui fit écrire par sa
    femme un mot pour l'engager à recevoir pendant la soirée comme à l'ordinaire. Plus hardi, le vieux négociant se présenta dans la matinée chez madame de Dey. Fort du service qu'il voulait lui
    rendre, il exigea d'être introduit auprès d'elle, et resta stupéfait en l'apercevant dans le jardin, occupée à couper les dernières fleurs de ses plates-bandes pour en garnir des
    vases.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Elle a sans doute donné asile à son amant, se dit le vieillard pris de pitié pour cette charmante femme. La singulière expression du visage de la comtesse le
    confirma dans ses soupçons. Vivement ému de ce dévouement si naturel aux femmes, mais qui nous touche toujours, parce que tous les hommes sont flattés par les sacrifices qu'une d'elles fait à un
    homme, le négociant instruisit la comtesse des bruits qui couraient dans la ville et du danger où elle se trouvait. - Car, lui dit-il en terminant, si, parmi nos fonctionnaires, il en est
    quelques-uns assez disposés à vous pardonner un héroïsme qui aurait un prêtre pour objet, personne ne vous plaindra si l'on vient à découvrir que vous vous immolez à des intérêts de
    coeur.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">A ces mots, madame de Dey regarda le vieillard avec un air d'égarement et de folie qui le fit frissonner, lui, vieillard.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Venez, lui dit-elle en le prenant par la main pour le conduire dans sa chambre, où, après s'être assurée qu'ils étaient seuls, elle tira de son sein une lettre
    sale et chiffonnée : - Lisez, s'écria-t-elle en faisant un violent effort pour prononcer ce mot.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle tomba dans son fauteuil, comme anéantie. Pendant que le vieux négociant cherchait ses lunettes et les nettoyait, elle leva les yeux sur lui, le contempla
    pour la première fois avec curiositié ; puis, d'une voix altérée : - Je me fie à vous, lui dit-elle doucement.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Est-ce que je ne viens pas partager votre crime ? répondit le bonhomme avec simplicité.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle tressaillit. Pour la première fois, dans cette petite ville, son âme sympathisait avec celle d'un autre. Le vieux négociant comprit tout à coup et
    l'abattement et la joie de la comtesse. Son fils avait fait partie de l'expédition de Granville, il écrivait à sa mère du fond de sa prison, en lui donnant un triste et doux espoir. Ne doutant
    pas de ses moyens d'évasion, il lui indiquait trois jours pendant lesquels il devait se présenter chez elle, déguisé. La fatale lettre contenait de déchirants adieux au cas où il ne serait pas à
    Carentan dans la soirée du troisième jour, et il priait sa mère de remettre une assez forte somme à l'émissaire qui s'était chargé de lui apporter cette dépêche, à travers mille dangers. Le
    papier tremblait dans les mains du vieillard.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Et voici le troisième jour, s'écria madame de Dey qui se leva rapidement, reprit la lettre, et marcha.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Vous avez commis des imprudences, lui dit le négociant. Pourquoi faire prendre des provisions ?</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Mais il peut arriver, mourant de faim, exténué de fatigue, et... Elle n'acheva pas.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Je suis sûr de mon frère, reprit le vieillard, je vais aller le mettre dans vos intérêts.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Le négociant retrouva dans cette circonstance la finesse qu'il avait mise jadis dans les affaires, et lui dicta des conseils empreints de prudence et de
    sagacité. Après être convenus de tout ce qu'ils devaient dire et faire l'un ou l'autre, le vieillard alla, sous des prétextes habilement trouvés, dans les principales maisons de Carentan, où il
    annonça que madame de Dey, qu'il venait de voir, recevrait dans la soirée, malgré son indisposition. Luttant de finesse avec les intelligences normandes dans l'interrogatoire que chaque famille
    lui imposa sur la nature de la maladie de la comtesse, il réussit à donner le change à presque toutes les personnes qui s'occupaient de cette mystérieuse affaire. Sa première visite fit
    merveille. Il raconta devant une vieille dame goutteuse que madame de Dey avait manqué périr d'une attaque de goutte à l'estomac ; le fameux Tronchin lui ayant recommandé jadis, en pareille
    occurrence, de se mettre sur la poitrine la peau d'un lièvre écorché vif, et de rester au lit sans se permettre le moindre mouvement, la comtesse, en danger de mort, il y a deux jours, se
    trouvait, après avoir suivi ponctuellement la bizarre ordonnance de Tronchin, assez bien rétablie pour recevoir ceux qui viendraient la voir pendant la soirée. Ce conte eut un succès prodigieux,
    et le médecin de Carentan, royaliste&nbsp;</span></b><em><b><span style="font-size: 12pt;">in petto</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">, en augmenta l'effet par l'importance avec
    laquelle il discuta le spécifique. Néanmoins les soupçons avaient trop fortement pris racine dans l'esprit de quelques entêtés ou de quelques philosophes pour être entièrement dissipés ; en sorte
    que, le soir, ceux qui étaient admis chez madame de Dey vinrent avec empressement et de bonne heure chez elle, les uns pour épier sa contenance, les autres par amitié, la plupart saisis par le
    merveilleux de sa guérison. Ils trouvèrent la comtesse assise au coin de la grande cheminée de son salon, à peu près aussi modeste que l'étaient ceux de Carentan ; car, pour ne pas blesser les
    étroites pensées de ses hôtes, elle s'était refusée aux jouissances de luxe auxquelles elle était jadis habituée, elle n'avait donc rien changé chez elle. Le carreau de la salle de réception
    n'était même pas frotté. Elle laissait sur les murs de vieilles tapisseries sombres, conservait les meubles du pays, brûlait de la chandelle, et suivait les modes de la ville, en épousant la vie
    provinciale sans reculer ni devant les petitesses les plus dures, ni devant les privations les plus désagréables. Mais sachant que ses hôtes lui pardonneraient les magnificences qui auraient leur
    bien-être pour but, elle ne négligeait rien quand il s'agissait de leur procurer des jouissances personnelles. Aussi leur donnait-elle d'excellents dîners. Elle allait jusqu'à feindre de
    l'avarice pour plaire à ces esprits calculateurs ; et, après avoir eu l'art de faire arracher certaines concessions de luxe, elle savait obéir avec grâce. Donc, vers sept heures du soir, la
    meilleure mauvaise compagnie de Carentan se trouvait chez elle, et décrivait un grand cercle devant la cheminée. La maîtresse du logis, soutenue dans son malheur par les regards compatissants que
    lui jetait le vieux négociant, se soumit avec un courage inouï aux questions minutieuses, aux raisonnements frivoles et stupides de ses hôtes. Mais à chaque coup de marteau frappé sur sa porte,
    ou toutes les fois que des pas retentissaient dans la rue, elle cachait ses émotions en soulevant des questions intéressantes pour la fortune du pays. Elle éleva de bruyantes discussions sur la
    qualité des cidres, et fut si bien secondée par son confident, que l'assemblée oublia presque de l'espionner en trouvant sa contenance naturelle et son aplomb imperturbable. L'accusateur public
    et l'un des juges du tribunal révolutionnaire restaient taciturnes, observaient avec attention les moindres mouvements de sa physionomie, écoutaient dans la maison, malgré le tumulte ; et, à
    plusieurs reprises, ils lui firent des questions embarrassantes, auxquelles la comtesse répondit cependant avec une admirable présence d'esprit. Les mères ont tant de courage ! Au moment où
    madame de Dey eut arrangé les parties, placé tout le monde à des tables de boston, de reversis ou de whist, elle resta encore à causer auprès de quelques jeunes personnes avec un extrême
    laisser-aller, en jouant son rôle en actrice consommée. Elle se fit demander un loto, prétendit savoir seule où il était, et disparut.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- J'étouffe, ma pauvre Brigitte, s'écria-t-elle en essuyant des larmes qui sortirent vivement de ses yeux brillants de fièvre, de douleur et d'impatience. - Il
    ne vient pas, reprit-elle en regardant la chambre où elle était montée. Ici, je respire et je vis. Encore quelques moments, et il sera là, pourtant ! car il vit encore, j'en suis certaine. Mon
    coeur me le dit. N'entendez-vous rien, Brigitte ? Oh ! je donnerais le reste de ma vie pour savoir s'il est en prison ou s'il marche à travers la campagne ! Je voudrais ne pas penser.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle examina de nouveau si tout était en ordre dans l'appartement. Un bon feu brillait dans la cheminée ; les volets étaient soigneusement fermés ; les meubles
    reluisaient de propreté ; la manière dont avait été fait le lit, prouvait que la comtesse s'était occupée avec Brigitte des moindres détails ; et ses espérances se trahissaient dans les soins
    délicats qui paraissaient avoir été pris dans cette chambre où se respiraient et la gracieuse douceur de l'amour et ses plus chastes caresses dans les parfums exhalés par les fleurs. Une mère
    seule pouvait avoir prévu les désirs d'un soldat et lui préparer de si complètes satisfactions. Un repas exquis, des vins choisis, la chaussure, le linge, enfin tout ce qui devait être nécessaire
    ou agréable à un voyageur fatigué, se trouvait rassemblé pour que rien ne lui manquât, pour que les délices du chez soi lui révélassent l'amour d'une mère.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Brigitte ? dit la comtesse d'un son de voix déchirant en allant placer un siège devant la table, comme pour donner de la réalité à ses voeux, comme pour
    augmenter la force de ses illusions.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Ah ! madame, il viendra. Il n'est pas loin. - Je ne doute pas qu'il ne vive et qu'il ne soit en marche, reprit Brigitte. J'ai mis une clef dans la Bible, et je
    l'ai tenue sur mes doigts pendant que Cottin lisait l'Évangile de saint Jean.... et, madame ! la clef n'a pas tourné.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Est-ce bien sûr ? demanda la comtesse.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Oh ! madame, c'est connu. Je gagerais mon salut qu'il vit encore. Dieu ne peut pas se tromper.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Malgré le danger qui l'attend ici, je voudrais bien cependant l'y voir.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Pauvre monsieur Auguste ! s'écria Brigitte, il est sans doute à pied, par les chemins.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Et voilà huit heures qui sonnent au clocher ! s'écria la comtesse avec terreur.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle eut peur d'être restée plus longtemps qu'elle ne le devait, dans cette chambre où elle croyait à la vie de son fils, en voyant tout ce qui lui en attestait
    la vie, elle descendit ; mais avant d'entrer au salon, elle resta pendant un moment sous le péristyle de l'escalier, en écoutant si quelque bruit ne réveillait pas les silencieux échos de la
    ville. Elle sourit au mari de Brigitte, qui se tenait en sentinelle, et dont les yeux semblaient hébétés à force de prêter attention aux murmures de la place et de la nuit. Elle voyait son fils
    en tout et partout. Elle rentra bientôt, en affectant un air gai, et se mit à jouer au loto avec des petites filles ; mais, de temps en temps, elle se plaignit de souffrir, et revint occuper son
    fauteuil auprès de la cheminée.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Telle était la situation des choses et des esprits dans la maison de madame de Dey, pendant que, sur le chemin de Paris à Cherbourg, un jeune homme vêtu d'une
    carmagnole brune, costume de rigueur à cette époque, se dirigeait vers Carentan. A l'origine des réquisitions, il y avait peu ou point de discipline. Les exigences du moment ne permettaient guère
    à la République d'équiper sur-le-champ ses soldats, et il n'était pas rare de voir les chemins couverts de réquisitionnaires qui conservaient leurs habits bourgeois. Ces jeunes gens devançaient
    leurs bataillons aux lieux d'étape, ou restaient en arrière, car leur marche était soumise à leur manière de supporter les fatigues d'une longue route. Le voyageur dont il est ici question se
    trouvait assez en avant de la colonne de réquisitionnnaires qui se rendait à Cherbourg, et que le maire de Carentan attendait d'heure en heure, afin de leur distribuer des billets de logement. Ce
    jeune homme marchait d'un pas alourdi, mais ferme encore, et son allure semblait annoncer qu'il s'était familiarisé depuis longtemps avec les rudesses de la vie militaire. Quoique la lune
    éclairât les herbages qui avoisinent Carentan, il avait remarqué de gros nuages blancs prêts à jeter de la neige sur la campagne ; et la crainte d'être surpris par un ouragan animait sans doute
    sa démarche, alors plus vive que ne le comportait sa lassitude. Il avait sur le dos un sac presque vide, et tenait à la main une canne de buis, coupée dans les hautes et larges haies que cet
    arbuste forme autour de la plupart des héritages en Basse-Normandie. Ce voyageur solitaire entra dans Carentan, dont les tours, bordées de lueurs fantastiques par la lune, lui apparaissaient
    depuis un moment. Son pas réveilla les échos des rues silencieuses, où il ne rencontra personne ; il fut obligé de demander la maison du maire à un tisserand qui travaillait encore. Ce magistrat
    demeurait à une faible distance, et le réquisitionnaire se vit bientôt à l'abri sous le porche de la maison du maire, et s'y assit sur un banc de pierre, en attendant le billet de logement qu'il
    avait réclamé. Mais mandé par ce fonctionnaire, il comparut devant lui, et devint l'objet d'un scrupuleux examen. Le fantassin était un jeune homme de bonne mine qui paraissait appartenir à une
    famille distinguée. Son air trahissait la noblesse. L'intelligence due à une bonne éducation respirait sur sa figure.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Comment te nommes-tu ? lui demanda le maire en lui jetant un regard plein de finesse.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Julien Jussieu, répondit le réquisitionnaire.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Et tu viens ? dit le magistrat en laissant échapper un sourire d'incrédulité.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- De Paris.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Tes camarades doivent être loin, reprit le Normand d'un ton railleur.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- J'ai trois lieues d'avance sur le bataillon.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Quelque sentiment t'attire sans doute à Carentan, citoyen réquisitionnaire ? dit le maire d'un air fin. C'est bien, ajouta-t-il en imposant silence par un
    geste de main au jeune homme prêt à parler, nous savons où t'envoyer. Tiens, ajouta-t-il en lui remettant son billet de logement, va,&nbsp;</span></b><em><b><span style="font-size: 12pt;">citoyen
    Jussieu</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;!</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Une teinte d'ironie se fit sentir dans l'accent avec lequel le magistrat prononça ces deux derniers mots, en tendant un billet sur lequel la demeure de madame de
    Dey était indiquée. Le jeune homme lut l'adresse avec un air de curiosité.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Il sait bien qu'il n'a pas loin à aller. Et quand il sera dehors, il aura bientôt traversé la place ! s'écria le maire en se parlant à lui-même, pendant que le
    jeune homme sortait. Il est joliment hardi ! que Dieu le conduise ! Il a réponse à tout. Oui, mais si un autre que moi lui avait demandé à voir ses papiers, il était perdu !</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">En ce moment, les horloges de Carentan avaient sonné neuf heures et demie ; les falots s'allumaient dans l'antichambre de madame de Dey ; les domestiques
    aidaient leurs maîtresses et leurs maîtres à mettre leurs sabots, leurs houppelandes ou leurs mantelets ; les joueurs avaient soldé leurs comptes, et allaient se retirer tous ensemble, suivant
    l'usage établi dans toutes les petites villes.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Il paraît que l'accusateur veut rester, dit une dame en s'apercevant que ce personnage important leur manquait au moment où chacun se sépara sur la place pour
    regagner son logis, après avoir épuisé toutes les formules d'adieu.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Ce terrible magistrat était en effet seul avec la comtesse, qui attendait, en tremblant, qu'il lui plût de sortir.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Citoyenne, dit-il enfin après un long silence qui eut quelque chose d'effrayant, je suis ici pour faire observer les lois de la République...</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Madame de Dey frissonna.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- N'as-tu donc rien à me révéler ? demanda-t-il.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Rien, répondit-elle étonnée.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Ah ! madame, s'écria l'accusateur en s'asseyant auprès d'elle et changeant de ton, en ce moment, faute d'un mot, vous ou moi, nous pouvons porter notre tête
    sur l'échafaud. J'ai trop bien observé votre caractère, votre âme, vos manières, pour partager l'erreur dans laquelle vous avez su mettre votre société ce soir. Vous attendez votre fils, je n'en
    saurais douter.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">La comtesse laissa échapper un geste de dénégation ; mais elle avait pâli, mais les muscles de son visage s'étaient contractés par la nécessité où elle se
    trouvait d'afficher une fermeté trompeuse, et l'oeil implacable de l'accusateur public ne perdit aucun de ses mouvements.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Eh ! bien, recevez-le, reprit le magistrat révolutionnaire ; mais qu'il ne reste pas plus tard que sept heures du matin sous votre toit. Demain, au jour, armé
    d'une dénonciation que je me ferai faire, je viendrai chez vous...</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle le regarda d'un air stupide qui aurait fait pitié à un tigre.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Je démontrerai, pousuivit-il d'une voix douce, la fausseté de la dénonciation par d'exactes perquisitions, et vous serez, par la nature de mon rapport, à
    l'abri de tous soupçons ultérieurs. Je parlerai de vos dons patriotiques, de votre civisme, et nous serons&nbsp;</span></b><em><b><span style=
    "font-size: 12pt;">tous</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;sauvés.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Madame de Dey craignait un piège, elle restait immobile, mais son visage était en feu et sa langue glacée. Un coup de marteau retentit dans la maison.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Ah ! s'écria la mère épouvantée, en tombant à genoux. Le sauver, le sauver !</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Oui, sauvons-le ! reprit l'accusateur public, en lui lançant un regard de passion, dût-il&nbsp;</span></b><em><b><span style=
    "font-size: 12pt;">nous</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;en coûter la vie.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Je suis perdue, s'écria-t-elle pendant que l'accusateur la relevait avec politesse.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Eh ! madame, répondit-il par un beau mouvement oratoire, je ne veux vous devoir à rien... qu'à vous-même.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Madame, le voi..., s'écria Brigitte qui croyait sa maîtresse seule.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">A l'aspect de l'accusateur public, la vieille servante, de rouge et joyeuse qu'elle était, devint immobile et blême.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Qui est-ce, Brigitte ? demanda le magistrat d'un air doux et intelligent.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Un réquisitionnaire que le maire nous envoie à loger, répondit la servante en montrant le billet.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- C'est vrai, dit l'accusateur après avoir lu le papier. Il nous arrive un bataillon ce soir !</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Et il sortit.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">La comtesse avait trop besoin de croire en ce moment à la sincérité de son ancien procureur pour concevoir le moindre doute ; elle monta rapidement l'escalier,
    ayant à peine la force de se soutenir ; puis, elle ouvrit la porte de sa chambre, vit son fils, se précipita dans ses bras, mourante : - Oh ! mon enfant, mon enfant ! s'écria-t-elle en sanglotant
    et le couvrant de baisers empreints d'une sorte de frénésie.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Madame, dit l'inconnu.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Ah ! ce n'est pas lui ! cria-t-elle en reculant d'épouvante et restant debout devant le réquisitionnaire qu'elle contemplait d'un air hagard.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- O saint bon Dieu, quelle ressemblance ! dit Brigitte.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Il y eut un moment de silence, et l'étranger lui-même tressaillit à l'aspect de madame de Dey.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Ah ! monsieur, dit-elle en s'appuyant sur le mari de Brigitte, et sentant alors dans toute son étendue une douleur dont la première atteinte avait failli la
    tuer ; monsieur, je ne saurais vous voir plus longtemps, souffrez que mes gens me remplacent et s'occupent de vous.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle descendit chez elle, à demi portée par Brigitte et son vieux serviteur.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Comment, madame ! s'écria la femme de charge en asseyant sa maîtresse, cet homme va-t-il coucher dans le lit de monsieur Auguste, mettre les pantoufles de
    monsieur Auguste, manger le pâté que j'ai fait pour monsieur Auguste ! quand on devrait me guillotiner, je...</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Brigitte ! cria madame de Dey.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Brigitte resta muette.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Tais-toi donc, bavarde, lui dit son mari à voix basse, veux-tu tuer madame ?</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">En ce moment, le réquisitionnaire fit du bruit dans sa chambre en se mettant à table.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Je ne resterai pas ici, s'écria madame de Dey, j'irai dans la serre, d'où j'entendrai mieux ce qui se passera au dehors pendant la nuit.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">Elle flottait encore entre la crainte d'avoir perdu son fils et l'espérance de le voir reparaître. La nuit fut horriblement silencieuse. Il y eut, pour la
    comtesse, un moment affreux, quand le bataillon des réquisitionnaires vint en ville et que chaque homme y chercha son logement. Ce fut des espérances trompées à chaque pas, à chaque bruit ; puis
    bientôt la nature reprit un calme effrayant. Vers le matin, la comtesse fut obligée de rentrer chez elle. Brigitte, qui surveillait les mouvements de sa maîtresse, ne la voyant pas sortir, entra
    dans la chambre et y trouva la comtesse morte.</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">- Elle aura probablement entendu ce réquisitionnaire qui achève de s'habiller et qui marche dans la chambre de monsieur Auguste en chantant leur
    damnée&nbsp;</span></b><em><b><span style="font-size: 12pt;">Marseillaise</span></b></em><b><span style="font-size: 12pt;">, comme s'il était dans une écurie ! s'écria Brigitte. Ça l'aura tuée
    !</span></b>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;">La mort de la comtesse fut causée par un sentiment plus grave, et sans doute par quelque vision terrible. A l'heure précise où madame de Dey mourait à Carentan,
    son fils était fusillé dans le Morbihan. Nous pouvons joindre ce fait tragique à toutes les observations sur les sympathies qui méconnaissent les lois de l'espace ; documents que rassemblent avec
    une savante curiosité quelques hommes de solitude, et qui serviront un jour à asseoir les bases d'une science nouvelle à laquelle il a manqué jusqu'à ce jour un homme de génie.<br>
    <br>
    <img height="198" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x198/0/27/10/92/Maison-de-Balzac.jpg" alt="Maison-de-Balzac.jpg" class="CtreTexte">&nbsp;</span></b>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 10 Mar 2010 00:10:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-balzac-le-requisitionnaire-45941194.html</guid>
                <category>DU GRAND AUTEUR DANS UN PETIT TEXTE</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-balzac-le-requisitionnaire-45941194-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[LES MAUVAISES SURPRISES DE L'ÉDITION À COMPTE D'AUTEUR]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-les-mauvaises-surprises-de-l-edition-a-compte-d-auteur-46051619.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><img height="100" width="78" src="http://img.over-blog.com/78x100/0/27/10/92/Parchemin-5.jpg" alt="Parchemin-5.jpg" class="CtreTexte"><br>
    Lorsqu'un auteur a essuyé plusieurs refus auprès d'un éditeur, il peut vouloir publier à compte d'auteur. Cependant, les éditions à compte d'auteur ne sont pas vraiment des maisons d'éditions,
    mais plutôt des sociétés de service. C'est l'auteur qui paie pour sa propre publication, et les tarifs sont élevés.</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Les éditions qui publient à compte d'auteur proposent des services en plus de l'impression des ouvrages : correction des manuscrits, diffusion et
    distribution. Mais attention, on frôle souvent la publicité mensongère. De plus, il n'y a pas de contrat type : il faut lire très attentivement chaque contrat. Certains obligent l'auteur à
    acheter lui-même une quantité non négligeable de ses propres ouvrages, d'autres impliquent de céder les droits d'auteurs. Chez d'autres encore, l'auteur ne touche un pourcentage des ventes qu'à
    partir d'un seuil de nombre de vendus. Attention, dans ce domaine, il y a beaucoup d'abus. Tenir compte du statut fiscal. On n'y pense jamais lorsqu'on publie à compte d'auteur ou lorsqu'on
    s'auto-édite. Si l'auteur vend ses ouvrages, ce ne sont pas des droits d'auteur qu'il touche, mais des revenus. Ce qui implique un autre statut fiscal, incluant taxes et autres
    surprises.<br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Considérée comme le royaume de l'arnaque, l'édition à compte d'auteur est pointée du doigt pour ses nombreux travers. Mais plus triste est le sort réservé à
    ces clients-auteurs, boudés par la critique et dédaignés par la profession, qui se retrouvent avec des quantités impressionnantes d'ouvrages sur les bras, à diffuser par leurs propres
    moyens.</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><span style="text-decoration: underline;">LES MAUVAISES SURPRISES SONT PARFOIS POUR LES LECTEURS</span><br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">J'en profite pour dénoncer quelques méthodes illicites utilisées par certains autoédités, qui ne passent pas par les services ci-dessus cités (corrections
    etc.) Ceux-ci n'ont parfois aucun scrupule à vendre de l'ouvrage médiocre, rempli de fautes d'orthographe, ce qui bafoue naturellement la littérature et ne peut que desservir le lecteur qui croit
    prendre de bonnes leçons de français. Tel est le cas de Pierre-Alain Mageaud, auteur rochelais de romans policiers, dont je posterai prochainement sur ce blog&nbsp; quelques pages à titre
    d'exemple d'escroquerie pure et simple. Le comble de son amoralité réside en quelques faits indélicats qu'il ne cherche pas à dissimuler :<br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">1 - Il utilise le local d'une association à but non lucratif pour vendre ses ouvrages entièrement à son profit. Le bénéfice est grand, d'autant que la
    mairie de La Rochelle le couvre entièrement dans ses agissements parce qu'il est animateur d'un atelier d'écriture (où, bien entendu, il enseigne aux membres la manière de faire des fautes
    d'orthographe.) En outre, il est encouragé par le directeur du service culturel de la mairie et la présidente de l'association, qui n'ont tous deux aucun sens de la responsabilité et de
    l'illégalité dans laquelle ils se mettent eux aussi.<br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">2 - Il abuse de la publicité clandestine pour ses livres en recouvrant avec mépris les affiches des citoyens en quête de ménages à faire ou autres petits
    travaux pour arrondir les fins de mois à une époque où les temps sont durs pour tout le monde (sauf pour lui). Il n'hésite pas à nommer sur ses affiches une enseigne commerciale de la ville comme
    étant sa sorte de "sponsor". Autrement dit, il utilise des panneaux d'affichages libres alors qu'il devrait payer un emplacement commercial. Mais bénéfice pour bénéfice, pourquoi s'arrêter en si
    bon chemin !<br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Je passerai sur l'absence de déclaration au fisc qui entraverait gravement son mercantilisme... Je m'étais promis de dire quelques mots sur cet escroc,
    voilà qui est fait. Mais j'y reviendrai bientôt et parlerai également du cas de l'association qui lui sert d'abri. Cette association a pour vocation de promouvoir l'autoédition. Comme il est dit
    plus haut, le principe de l'autoédition permet de publier des ouvrages rejetés par les éditeurs. Mais certains pseudo-écrivains s'autoéditent uniquement pour le profit et sans avoir fait de
    démarche auprès d'un ou plusieurs professionnels de l'édition. Il est évident que si personne ne passait par les maisons d'édition, le chômage augmenterait. C'est ce dont se moque totalement
    cette association. J'aurai donc l'occasion d'y revenir.</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">S'il faut prendre garde à ce genre de "rédacteur" malhonnête, méfions-nous également, encore une fois, des éditions à compte d'auteur, et poursuivons notre
    analyse. Voici ce qu'écrivait l'Express, il y a quelques années, sous la plume de Laurent Mire. Rien ne s'est malheureusement amélioré depuis :<br></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>"Leur manuscrit est accepté! Des écrivains en herbe croient avoir décroché le gros lot quand ils viennent seulement de se faire prendre aux mirages de
    l'édition à compte d'auteur. Que se passe-t-il derrière les enseignes?Au 147-149 rue Saint-Honoré il n'y a rien. Une simple entrée d'immeuble à côté d'un Gymnase Club. Logiquement, on devrait y
    trouver une plaque mentionnant la Société des écrivains associés. C'est ce qui était écrit dans la publicité de cet éditeur à la recherche de manuscrits. Il y avait aussi un numéro de téléphone.
    On appelle d'une cabine. «Je suis en bas de chez vous, c'est à quel étage?» En fait, on apprend que le numéro ne correspond pas à l'adresse. Nous téléphonons à Orgeval, dans la banlieue ouest de
    Paris. A l'autre bout du fil, Sébastien Brancq, le gérant et responsable éditorial de la Société des écrivains associés. «Ce n'est qu'une adresse postale.» Et Sébastien Brancq de rappeler que
    l'encart publicitaire stipulait bien qu'il fallait écrire et non pas venir... Rendez-vous est donc pris le lendemain à la maison des Centraliens, rue Jean-Goujon, près des Champs-Elysées. Encore
    une adresse prestigieuse qui fait chic et rassure. Pour ses rendez-vous parisiens, Sébastien Brancq y loue quelquefois un bureau à la journée. Notre homme serait-il un éditeur dandy? Non,
    Sébastien Brancq est ce qu'on appelle un éditeur à compte d'auteur. Il suffit de lire attentivement sa publicité. Tous les éditeurs à compte d'auteur, c'est-à-dire où l'auteur paie pour être
    édité, mentionnent l'article L 132-2 du Code de la propriété intellectuelle (voir encadré p. 61). A titre indicatif, la Société des écrivains associés facture 100 francs la page montée, donc 10
    000 francs pour un ouvrage de 100 pages. En soi, ce type d'édition n'est pas illégal. L'auteur charge simplement un éditeur de fabriquer, publier et diffuser son livre. Mais il ne cède jamais ses
    droits. Ce qui est illégal, c'est de se faire passer pour un éditeur normal, en proposant un contrat classique assorti d'une clause de paiement. Et c'est justement ce dont ne se privent pas
    quelques officines qui trompent l'auteur en lui faisant croire, généralement contre un beau chèque, que son oeuvre refusée partout est impérissable.</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>Le jeu de piste continue avec une autre société. Dans l'annuaire du Minitel, les éditions La Bruyère annoncent clairement la couleur: éditions à compte
    d'auteur. Jean-Charles Lonné a repris cette maison, fondée en 1979, qui n'avait pas bonne réputation. Aujourd'hui, il veut casser le discours. «Avec moi, la personne qui veut se faire éditer sait
    où elle va.» Autrement dit, qu'elle va devoir passer à la caisse. Aux éditions La Bruyère les tarifs sont annoncés. Il vous en coûtera 8 000 francs pour une plaquette de poésie tirée à 300
    exemplaires et de 30 000 à 35 000 francs pour un roman d'une centaine de pages. «Vous allez dire, je fais quoi, moi, là-dedans? Eh bien justement, par rapport à un compte d'imprimeur, j'ai une
    correctrice, j'assure une diffusion et une distribution, minime certes, mais réelle. Voilà les services que je propose en plus à l'auteur. Je lui dis où il va et ce qu'il peut espérer.»
    C'est-à-dire assez peu. «Je ne fais pas de promesse de publicité ou de prix. Je dis aux auteurs que ce sera dur. Et si je sens que l'un d'entre eux utilise jusqu'à son dernier sou pour se faire
    éditer, je refuse.» L'intention est louable. La pratique n'affiche pas une telle éthique. Au poker on paie pour voir. Dans l'édition à compte d'auteur on paie pour se voir. Même si l'on a peu de
    chances d'être vu ou lu: pas d'office - envoi systématique des nouveautés aux libraires -, pas d'inscription dans le catalogue électronique 3615 Electre, pas de service de presse, pas de
    diffusion, pas de distribution, etc. C'est à l'auteur de faire tout, y compris souvent le dépôt de son ouvrage dans une librairie amie. Quant à la prétendue «aide», n'y comptez pas. Ted-Allan
    Wainwright a proposé son roman aux éditions La Bruyère. Le livre, accepté contre 66 560 francs, est imprimé en 1994. Dès les premières lignes d'Un destin frappé on pressent la catastrophe
    syntaxique. «1940, entrée massive des Allemands à Varsovie, je n'ai alors que quinze ans. Nous sommes une famille française émigrée en Pologne à la demande de son gouvernement. En effet, celui-ci
    souhaitant un architecte français, proposera un concours.» Et cela continue pendant près de 300 pages, sans compter les coquilles. Visiblement, l'auteur n'a pas</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>bénéficié des services de la correctrice. Mais il y a pire. Toujours aux éditions La Bruyère, en 1987, un retraité d'origine polonaise se voyait
    demander 205 000 francs pour la publication de ses Mémoires en 1 000 exemplaires ! Comme toujours, il y a les miraculés. Les éditions La Bruyère ont publié Eliane Doré qui a signé par la suite
    chez Stock, en 1995, avec Régine Deforges, Le tarot du point de croix, et Richard Lotte vient de faire paraître son deuxième polar aux éditions du Rivage à Boulogne-sur-Mer. L'inverse - l'auteur
    qui passe du compte d'éditeur au compte d'auteur - existe aussi. Richard Aglion avait publié en 1984 chez Plon un De Gaulle et Roosevelt: la France libre aux Etats-Unis remarqué mais qui ne
    s'était pas vendu. Les éditions La Bruyère le réimpriment aujourd'hui, à compte d'auteur.</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>La Pensée universelle s'était fait jadis une spécialité d'attrape-gogo. C'était la grande époque d'Alain Moreau qui a édité puis pilonné 10 000 titres
    en 27 ans! Aujourd'hui, les choses ont changé, dit-on. Après le dépôt de bilan en mars 1996, la marque La Pensée universelle a été rachetée.</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>Diane de Saint-Seine faisait partie de l'ancienne équipe. Elle est pratiquement la seule à être restée. Aujourd'hui, elle dirige La Pensée universelle
    et les «Etoiles de la Pensée» qui veulent être une sélection, le haut du panier en quelque sorte: «Quand un texte est intéressant, nous le publions sous le label Etoile de la Pensée. Nous
    publions moins de manuscrits qu'avant et la sélection est plus rigoureuse.» Au total, c'est donc entre 60 et 80 livres qui sont ainsi proposés chaque année dans les deux marques. La Pensée
    universelle ne se présente plus comme un éditeur mais comme un prestataire de services. «Pour 1 000 exemplaires d'un roman de taille moyenne il faut compter 25 000 francs et l'auteur sait à quoi
    s'en tenir.»</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <em><strong><span style="font-size: 12pt;">L'édition à compte d'auteur marquerait-elle un léger déclin? Les chiffres d'affaires prouvent que non. Celui des éditions La Bruyère a connu une
    croissance de 35% entre 1995 et 1996. C'est pourquoi, depuis près de vingt ans, un petit groupe d'irréductibles restent vigilants. Leur nom, le Comité des auteurs en lutte contre le racket de
    l'édition. Autrement</span></strong> <strong><span style="font-size: 12pt;">dit, le Calcre. Chaque semaine, en fin de journée, ils se réunissent dans un bistrot, La Tour de la Bastille, parce que
    l'édition à compte d'auteur est encore «une Bastille à prendre», dixit Roger Gaillard, bouillonnant président. Dans leurs revues et annuaires ils distribuent tomates ou étoiles aux éditeurs,
    selon la transparence, la qualité et le prix de leurs prestations. Et, aujourd'hui, le Calcre commence à s'intéresser aux éditions de L'Harmattan. Cet éditeur, bien connu pour ses publications
    dans le domaine des sciences humaines, publie 800 nouveautés par an. Autant que Gallimard, mais avec une structure moindre d'environ quarante personnes. L'explication s'appelle l'édition
    chirurgicale. C'est-à-dire le ciblage. Pour en savoir plus, rendez-vous à la Pizza Roma, rue des Ecoles, le fief de Denis Pryen et de son équipe. Le patron de L'Harmattan ne croit plus aux
    ouvrages de sciences humaines qui trouvent 5 000 lecteurs. «Mais, ajoute-t-il, pourquoi se priver d'une bonne étude sur le RMI même si elle ne concerne que 500 lecteurs?» L'Harmattan propose donc
    un contrat light dont certains auteurs, essentiellement des refusés, se plaignent. En effet, ils ne touchent des droits qu'après le millième exemplaire, autant dire jamais. En plus, ils doivent
    acheter 250 exemplaires du tirage en moyenne. D'où ce constat du Calcre: «Il n'est plus tenable de qualifier L'Harmattan d'éditeur à compte d'éditeur.»</span></strong></em>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>La différence est que L'Harmattan possède un service de presse, qu'il fait de la diffusion et de la distribution. C'est-à-dire que l'ouvrage publié a
    des chances de se retrouver en librairie - à commencer par celle de L'Harmattan - et qu'il peut même être chroniqué par la presse. Les 150 directeurs de collection servent de rabatteurs pour
    alimenter un catalogue déjà fort épais. Bref, L'Harmattan considère qu'ils font de l'édition autrement. Mais pas au détriment des auteurs.</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>Dernière «curiosité» en date dans le domaine de l'édition parallèle: les éditions Mille et Un Jours. Cette société organise des «concours littéraires»
    dans les genres du roman, de la poésie et des contes et nouvelles avec une publication en guise de récompense. Pour participer il faut avoir été refusé cinq fois par des grands éditeurs.
    Lorsqu'on appelle au numéro indiqué dans l'encart publicitaire on apprend que l'on est «sur un répondeur branché en permanence» et que l'on peut obtenir en déposant son nom et son adresse les
    fameux règlements pour participer auxdits concours. Chose curieuse, le numéro de téléphone en question correspond à une société Copivox, sise à Bourg- La-Reine, rue François-Villon... Méfiance.
    Au bout du fil, Marc Tardieu, le patron de Mille et Un Jours, se veut rassurant. Il rappelle qu'il est l'auteur d'une biographie de Péguy parue en 1993 chez François Bourin - ce qui n'atteste
    rien - et assure ne pas pratiquer le compte d'auteur. «La personne qui gagne le concours n'aura rien à verser et l'ouvrage sera publié à nos frais. Nous demandons seulement des droits de
    participation qui varient entre 140 et 180 francs selon le genre choisi.» Dont acte. Marc Tardieu précise également que sa société Copivox, spécialisée dans la bureautique, a effectivement ajouté
    en mars dernier une activité éditoriale. Ce qui expliquerait que les éditions Mille et Un Jours ne soient répertoriées ni dans l'annuaire de France Télécom ni dans celui du Syndicat national de
    l'édition...</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>A la Société des gens de lettres on reste ferme. Pour en devenir membre, il faut avoir été édité à compte d'éditeur, quel que soit l'éditeur. En
    revanche, les auteurs qui se sont fait arnaquer ou qui veulent avoir des renseignements sur leur contrat (la SGDL édite un contrat type) peuvent s'adresser, par courrier de préférence, au service
    juridique. François Coupry, le président de cette association d'écrivains qui compte 14 000 membres, n'ira donc pas dans le sens du courrier adressé par Sébastien Brancq, qui souhaiterait que ses
    auteurs puissent adhérer à la SGDL.</em></span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>Répétons-le. L'édition à compte d'auteur n'est pas illégale. C'est son abus qui est condamnable. Dans une période où l'édition connaît quelques
    difficultés, il est tentant de demander à l'auteur de participer financièrement. Quelquefois, ce ne sont pas des personnes mais des partis politiques ou des ambassades qui versent leur écot, en
    achetant une certaine quantité d'exemplaires. La frontière est donc ténue entre ce que l'on croit être de l'édition normale et celle qui s'avère plus ou moins payée par l'auteur. Mais nous sommes
    loin de la littérature. Car tout écrivain, comme Catherine Hermary-Vieille, dont le premier livre fut publié à La Pensée universelle, garde de cette expérience un goût
    terriblement&nbsp;</em></span></strong> <strong><span style="font-size: 12pt;"><em>amer. Celui, le plus souvent, de n'avoir pas eu affaire à un goûteur de livres mais à un
    escroc."</em><br></span></strong>
  </p><br>
  <img height="85" width="100" src="http://img.over-blog.com/100x85/0/27/10/92/Parchemin-4.jpg" alt="Parchemin-4.jpg" class="CtreTexte">]]></description>
        <pubDate>Sun, 07 Mar 2010 00:11:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-les-mauvaises-surprises-de-l-edition-a-compte-d-auteur-46051619.html</guid>
                <category>ARTICLES</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-les-mauvaises-surprises-de-l-edition-a-compte-d-auteur-46051619-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[LES INCONVÉNIENTS D’UN RELOOKAGE]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-les-inconvenients-d-un-relookage-45992175.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;"><img height="100" width="77" src="http://img.over-blog.com/77x100/0/27/10/92/victor-hugo.jpg" alt="Victor Hugo" class="CtreTexte"><br>
    Titre, il est vrai,&nbsp;un peu pompeux pour l'annonce que je poste à l'intention de mes visiteurs. Vous avez remarqué que mon blog a récemment changé de physionomie. Ainsi certains anciens
    articles sont-ils devenus illisibles dans le sens où les caractères sont imprimés en noir sur un fond à présent bleu marine. Plusieurs d'entre vous m'en ont fait gentiment la remarque et je tiens
    à les en&nbsp;remercier. Si un lien vous transfère sur une page "noire", n'hésitez surtout pas, vous non plus,&nbsp;à m'en faire part afin que je surligne les phrases en une couleur claire. J'ai
    fait le tour du blog mais je n'ai pas pu repérer tous les textes défaillants. Merci à vous et à bientôt pour un prochain article.</span></strong>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 05 Mar 2010 00:47:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-les-inconvenients-d-un-relookage-45992175.html</guid>
                <category>DIVERS</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-les-inconvenients-d-un-relookage-45992175-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[SAVOIR PRÉSENTER UN MANUSCRIT À UN ÉDITEUR]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-savoir-presenter-un-manuscrit-a-un-editeur-45940791.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;"><img alt="plume.jpg" height="60" width="60" class="CtreTexte" src="http://idata.over-blog.com/0/27/10/92/plume.jpg"><br>
    Les droits que vous avez sur votre oeuvre écrite ne sont pas automatiques. Il y a quelques petites démarches à faire afin que ces droits soient officiels. Vous pouvez déposer votre manuscrit chez
    un notaire, ou bien vous adresser à la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), ou encore à la SGDL (Société des Gens de Lettres). Enfin, une dernière solution consiste à s'envoyer
    par la poste le manuscrit, et ne pas ouvrir le colis. Le cachet de la poste constituera une preuve.</span></b>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;"><br>
    Il est essentiel d'envoyer votre manuscrit par courrier, et non par courrier électronique. Renseignez-vous sur les maisons d'édition, sur leurs caractéristiques et sur les éditeurs eux-mêmes. Il
    est toujours mieux de s'adresser à une personne en particulier plutôt qu'à une maison d'édition en général. Pour accompagner le manuscrit, une lettre de présentation s'impose. Présentez-vous
    clairement, simplement, puis présentez votre ouvrage sans le survendre.</span></b>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;"><br>
    N'envoyez pas de "manuscrit" (au sens littéral du terme), il ne sera pas lu. Ce qu'il faut en réalité, c'est un "tapuscrit". Faites-vous relire par plusieurs personnes pour éviter toute faute
    d'orthographe ou de grammaire. Imprimez des pages de 25 lignes maximum, ceci sur le recto seulement. Utilisez une typographie courante, les effets de style typographiques pourraient jouer en
    votre défaveur. Reliez votre "tapuscrit" de manière à ce qu'on puisse le lire aisément : une reliure spirale, par exemple, permet de le lire posé sur une table sans qu'il se referme. N'envoyez
    pas des extraits, envoyez tout. Bien sûr, si c'est une oeuvre en 7 volumes, n'envoyez que le premier.</span></b>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <b><span style="font-size: 12pt;"><br>
    Une fois posté, la réponse n'arrivera pas tout de suite ! Les maisons d'éditions reçoivent une trop grande quantité de manuscrits. Les réponses sont en général faites par courrier deux mois ou
    plus après l'envoi. Les lettres de refus ne sont pas toujours personnalisées. Si la réponse est négative, il ne faut pas se décourager, tentez votre chance chez d'autres éditeurs.<br>
    <br>
    Bon courage !<br>
    <br>
    <img alt="les-recoltes-de-la-saint-pardoux.jpg" height="127" width="80" class="CtreTexte" src="http://idata.over-blog.com/0/27/10/92/les-recoltes-de-la-saint-pardoux.jpg"><br>
    &nbsp;</span></b>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Wed, 03 Mar 2010 07:59:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-savoir-presenter-un-manuscrit-a-un-editeur-45940791.html</guid>
                <category>ARTICLES</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-savoir-presenter-un-manuscrit-a-un-editeur-45940791-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[20 MARS : JOURNÉE MONDIALE DU CONTE]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-20-mars-journee-mondiale-du-conte-45704563.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <strong><img height="186" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x186/0/27/10/92/Livre-ouvert.gif" alt="Livre-ouvert.gif" class="CtreTexte"><br>
    Histoire originale. Celle d’une idée qui a germé dans l’esprit d’on ne sait qui. Apparu peut-être par magie dans un monde qui regorge plein de mystères ou alors amoureusement préparée dans un
    lieu fantastique. Et voila que cette idée arrive jusqu’à nous, on a entendu un appel. Et si nous fêtions les contes ?</strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong>Depuis 2004, le monde a donc choisi de célébrer à sa manière les contes, un thème par année, voilà l’idée de base.</strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong>En cette journée, les conteurs du monde entier se retrouvent pour fêter à leur façon les belles histoires et les livres qui les renferment.<br>
    <br>
    De plus, la volonté est de se diriger vers un publique neuf, faire ou refaire découvrir les plaisirs de la lecture. Par amour des bonnes choses, enchanter nos oreilles par des lectures publiques
    et organisations d’événements comme des parcours contés.</strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><em>SOURCE : <a href="http://www.journee-mondiale.com/95/20_mars-conte.htm" target="_blank">http://www.journee-mondiale.com/95/20_mars-conte.htm</a><br></em><br>
    Le site ci-dessous vous indique les différentes dates et lieux où se dérouleront les manifestations de cette journée mondiale du conte :<br>
    &nbsp;<br></strong><a href="http://jourmondialduconte.jimdo.com/" target="_blank"><strong>http://jourmondialduconte.jimdo.com/</strong></a>
  </p><br>
  <img height="261" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x261/0/27/10/92/Encrier-fond-vert.jpg" alt="Encrier-fond-vert.jpg" class="CtreTexte">]]></description>
        <pubDate>Sat, 27 Feb 2010 00:03:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-20-mars-journee-mondiale-du-conte-45704563.html</guid>
                <category>INFORMATIONS PRATIQUES</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-20-mars-journee-mondiale-du-conte-45704563-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[LE PRINTEMPS DES POÈTES]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-le-printemps-des-poetes-45373026.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <strong><img height="100" width="72" src="http://img.over-blog.com/72x100/0/27/10/92/christine-de-pisan.jpg" alt="christine-de-pisan.jpg" class="CtreTexte">Le Printemps des poètes - 6 rue du
    Tage, 75013 Paris - Renseignements : 01.53.80.08.00<br></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><em>"Disons-le sereinement, en poésie comme dans les autres domaines artistiques, la femme a le plus souvent été cantonnée à un rôle subalterne : muse, confidente, consolatrice... La
    valeur péjorative de l'appellation "poétesse" en dit plus que de longs discours. La question n'est pas de débattre s'il y a ou non une poésie féminine. La question est de mettre en lumière
    l'apport, à travers l'histoire, des femmes poètes et leur présence remarquable dans la création contemporaine. Ce pourra être aussi l'occasion de considérer les représentations du féminin dans
    l'imaginaire poétique, au-delà des stéréotypes de la célébration amoureuse."</em> Jean-Pierre Siméon, directeur artistique.<br></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><br>
    Dédiée aux poétesses, c'est tout naturellement que cette 12e édition du Printemps des poètes s'ouvre le 8 mars, Journée de la femme et se clôt le 21 mars, Journée de la poésie. Au programme plus
    de 15.000 manifestations en France et à l'étranger, des rencontres, des lectures, la célébration de l'oeuvre exceptionnelle d'Andrée Chedid et le parrainage de Dominique Blanc.<br></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong>Pour en savoir plus :<br>
    <br>
    <a href="http://www.printempsdespoetes.com/" target="_blank">http://www.printempsdespoetes.com/</a><br>
    <br>
    <em>Ci-dessous : Colette.<br>
    En tête d'article : représentation de Christine de Pisan.&nbsp; En cliquant sur le lien suivant, vous trouverez d'ailleurs&nbsp;un article sur la poétesse, que j'ai écrit pour ce blog il y a
    quelques années.<br>
    <br>
    <a href="http://www.henripigaillem.com/article-2241056.html" target="_blank">http://www.henripigaillem.com/article-2241056.html</a><br>
    <br>
    <br>
    <img height="300" width="230" src="http://img.over-blog.com/230x300/0/27/10/92/colette.jpg" alt="Colette" class="CtreTexte"></em></strong>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Mon, 22 Feb 2010 00:40:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-le-printemps-des-poetes-45373026.html</guid>
                <category>INFORMATIONS PRATIQUES</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-le-printemps-des-poetes-45373026-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[ÉMILE ZOLA PAR GUY DE MAUPASSANT]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-emile-zola-par-guy-de-maupassant-44754300.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong><img height="300" width="218" src="http://img.over-blog.com/218x300/0/27/10/92/Maupassant.jpg" alt="Maupassant" class="CtreTexte"></strong></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <h3>
      <span style="font-size: 12pt;">Il est des noms qui semblent destinés à la célébrité, qui sonnent et qui restent dans les mémoires. Peut-on oublier Balzac, Musset, Hugo, quand une fois on a
      entendu retentir ces mots courts et chantants ? Mais, de tous les noms littéraires, il n'en est point peut-être qui saute plus brusquement aux yeux et s'attache plus fortement au souvenir que
      celui de Zola. Il éclate comme deux notes de clairon, violent, tapageur, entre dans l'oreille, l'emplit de sa brusque et sonore gaieté. Zola ! quel appel au public ! quel cri d'éveil ! et
      quelle fortune pour un écrivain de talent de naître ainsi doté par l'état civil.</span>
    </h3>
  </div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Et jamais nom est-il mieux tombé sur un homme ? Il semble un défi de combat, une menace d'attaque, un chant de victoire. Or, qui donc, parmi les écrivains
    d'aujourd'hui, a combattu plus furieusement pour ses idées ? qui donc a attaqué plus brutalement ce qu'il croyait injuste et faux ? qui donc a triomphé plus bruyamment de l'indifférence d'abord,
    puis de la résistance hésitante du grand public ?</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La lutte fut longue pourtant, avant d'arriver à la renommée ; et, comme beaucoup de ses aînés, le jeune écrivain eut de bien durs moments.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Né à Paris, le 2 avril 1840, Émile Zola passa à Aix son enfance et ne revint à Paris qu'en février 1858. Il y termina ses études, échoua au baccalauréat, et
    commença alors la terrible lutte avec la vie. Elle fut acharnée cette lutte ; et pendant deux ans le futur auteur des Rougon-Macquart vécut au jour le jour, mangeant à l'occasion, errant à la
    recherche de la fuyante pièce de cent sous, fréquentant plus souvent le mont-de-piété que les restaurants, et, malgré tout, faisant des vers, des vers incolores, d'ailleurs, sans curiosité de
    forme ou d'inspiration, dont un certain nombre viennent d'être publiés par les soins de son ami Paul Alexis.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il raconte lui-même qu'un hiver il vécut quelque temps avec du pain trempé dans l'huile, de l'huile d'Aix que des parents lui avaient envoyée ; et il
    déclarait philosophiquement alors : «Tant qu'on a de l'huile on ne meurt pas de faim».</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>D'autres fois il prenait sur les toits des moineaux avec des pièges et les faisait rôtir en les embrochant avec une baguette de rideau. D'autres fois, ayant
    mis au clou ses derniers vêtements, il demeurait une semaine entière en son logis, enveloppé dans sa couverture de lit, ce qu'il appelait stoïquement «faire l'Arabe».</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>On trouve dans un de ses premiers livres, la Confession de Claude, beaucoup de détails qui paraissent bien personnels et qui peuvent donner une idée exacte
    de ce que fut sa vie en ces moments.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Enfin il entra comme employé dans la maison Hachette. A partir de ce jour son existence fut assurée, et il cessa de faire des vers pour s'adonner à la
    prose.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Cette poésie abondante, facile, trop facile, comme je l'ai dit, visait plus la science que l'amour ou que l'art. C'étaient, en général, de vastes
    conceptions philosophiques, de ces choses grandioses qu'on met en vers parce qu'elles ne sont point assez claires pour être exprimées en prose. On ne trouve jamais, dans ces essais, ces idées
    larges, un peu abstraites, flottantes aussi, mais saisissantes par une sensation de vérité entrevue, de profondeur un instant découverte, de vision sur l'infini intraduisible, qu'affectionne M.
    Sully-Prudhomme, le véritable poète philosophe, ni ces si ténus, si menus, si fins, si délicieux et si ouvragés marivaudages d'amour où excellait Théophile Gautier. C'est de la poésie sans
    caractère déterminé, et sur laquelle M. Zola ne se fait du reste aucune illusion. Il avoue même avec franchise qu'au temps de ses grands élans lyriques en alexandrins, alors qu'il faisait l'Arabe
    en ce belvédère d'où son oeil découvrait Paris entier, des doutes parfois le traversaient sur la valeur de ses chants. Mais jamais il n'alla jusqu'au désespoir ; et, en ses plus grandes
    hésitations, il se consolait par cette pensée ingénument audacieuse : «Ma foi tant pis ! si je ne suis pas un grand poète je serai au moins un grand prosateur.» C'est qu'il avait une foi robuste,
    venue de la conscience intime d'un robuste talent, encore endormi, encore confus, mais dont il sentait l'effort pour naître, comme une femme sent remuer l'enfant qu'elle porte en
    elle.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Enfin il publia un volume de nouvelles : les Contes à Ninon, d'un style travaillé, d'une bonne allure littéraire, d'un charme réel, mais où n'apparaissent
    que vaguement les qualités futures, et surtout l'extrême puissance qu'il devait déployer dans sa série des Rougon-Macquart.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Un an plus tard, il donnait la Confession de Claude, qui semble une sorte d'auto biographie, oeuvre peu digérée, sans envergure et sans grand intérêt ; puis
    Thérèse Raquin, un beau livre d'où sortit un beau drame ; puis Madeleine Férat, roman de second ordre où se rencontrent pourtant de vives qualités d'observation.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Cependant Émile Zola avait quitté depuis quelque temps déjà la maison Hachette et passé par le Figaro. Ses articles avaient fait du bruit, son Salon avait
    révolutionné la république des peintres, et il collaborait à plusieurs journaux où son nom se faisait connaître du public.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Enfin il entreprit l'oeuvre qui devait soulever tant de bruit : les Rougon-Macquart, qui ont pour sous-titre : Histoire naturelle et sociale d'une famille
    sous le second Empire.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>L'espèce d'avertissement suivant, imprimé sur la couverture des premiers volumes de cette série, indique clairement quelle était la pensée de
    l'auteur.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>«Physiologiquement, les Rougon-Macquart sont la lente succession des accidents nerveux qui se déclarent dans une race à la suite d'une première lésion
    organique, et qui déterminent, selon les milieux, chez chacun des individus de cette race, les sentiments, les désirs, les passions, toutes les manifestations humaines, naturelles et
    instinctives, dont les produits prennent les noms convenus de vertus et de vices. Historiquement, ils partent du peuple ; ils s'irradient dans toute la société contemporaine ; ils montent à
    toutes ces situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reçoivent les basses classes en marche à travers le corps social ; et ils racontent ainsi le second Empire à l'aide de leurs
    drames individuels, du guet-apens du coup d'État à la trahison de Sedan».</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Voici dans quel ordre virent le jour les divers romans, parus jusqu'ici, de cette série :</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La Fortune des Rougon, oeuvre large qui contient le germe de tous les autres livres.</strong></span><br>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La Curée.<br></strong></span><span style="font-size: 12pt;"><strong>Vient ensuite le Ventre de Paris, prodigieuse nature morte où l'on trouve la célèbre
    Symphonie des Fromages, pour employer l'expression adoptée. Le Ventre de Paris, c'est l'apothéose des halles, des légumes, des poissons, des viandes. Ce livre sent la marée comme les bateaux
    pêcheurs qui rentrent au port, et les plantes potagères avec leur saveur de terre, leurs parfums fades et champêtres. Et des caves profondes du vaste entrepôt des nourritures, montent entre les
    pages du volume les écoeurantes senteurs des chairs avancées, les abominables fumets des volailles accumulées, les puanteurs de la fromagerie ; et toutes ces exhalaisons se mêlent comme dans la
    réalité, et on retrouve, en lisant, la sensation qu'ils vous ont donnée quand on a passé devant cet immense bâtiment aux mangeailles : le vrai Ventre de Paris.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Voici ensuite la Conquête de Plassans, roman plus sobre, étude sévère, vraie et parfaite d'une petite ville de province, dont un prêtre ambitieux devient
    peu à peu le maître.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Puis parut la Faute de l'abbé Mouret, une sorte de poème en trois parties, dont la première et la troisième sont, de l'avis de beaucoup de gens, les plus
    excellents morceaux que le romancier ait jamais écrits.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ce fut alors le tour de Son Excellence Eugène Rougon, où l'on trouve une superbe description du baptême du prince impérial.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Jusque-là, le succès était lent à venir. On connaissait le nom de Zola ; les lettrés prédisaient son éclatant avenir, mais les gens du monde, quand on le
    nommait devant eux, répétaient : «Ah oui ! la Curée», plutôt pour avoir entendu parler de ce livre que pour l'avoir lu du reste. Chose singulière : sa notoriété était plus étendue à l'étranger
    qu'en France ; en Russie surtout, on le lisait et on le discutait passionnément ; pour les Russes il était déjà et il est resté <span>LE ROMANCIER</span> français. On comprend d'ailleurs la
    sympathie qui a pu s'établir entre cet écrivain brutal, audacieux et démolisseur et ce peuple nihiliste au fond du coeur, ce peuple chez qui l'ardent besoin de la destruction devient une maladie,
    une maladie fatale, il est vrai, étant donné le peu de liberté dont il jouit comparativement aux nations voisines.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Mais voici que le Bien public publie un nouveau roman d'Émile Zola, l'Assommoir. Un vrai scandale se produit. Songez donc, l'auteur emploie couramment les
    mots les plus crus de la langue, ne recule devant aucune audace, et ses personnages étant du peuple, il écrit lui-même dans la langue populaire, l'argot.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Tout de suite des protestations, des désabonnements arrivent ; le directeur du journal s'inquiète, le feuilleton est interrompu, puis repris par une petite
    revue hebdomadaire, la République des Lettres, que dirigeait alors le charmant poète Catulle Mendès.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Dès l'apparition en volume du roman, une immense curiosité se produit, les éditions disparaissent, et M. Wolff dont l'influence est considérable sur les
    lecteurs du Figaro, part bravement en guerre pour l'écrivain et son oeuvre.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ce fut immédiatement un succès énorme et retentissant. L'Assommoir atteignit en fort peu de temps le plus haut chiffre de vente auquel soit jamais parvenu
    un volume pendant la même période.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Après ce livre à grand éclat, il donna une oeuvre adoucie, Une page d'amour, histoire d'une passion dans la bourgeoisie.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Puis parut Nana, autre livre à tapage dont la vente dépassa même celle de l'Assommoir.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Enfin la dernière oeuvre de l'écrivain Pot-Bouille, vient de voir le jour.</strong></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Zola est, en littérature, un révolutionnaire, c'est-à-dire un ennemi féroce de ce qui vient d'exister.</strong></span>
  </div>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Quiconque a l'intelligence vive, un ardent désir de nouveau, quiconque possède enfin les qualités actives de l'esprit est forcément un révolutionnaire, par
    lassitude de choses qu'il connaît trop.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Élevés dans le romantisme, imprégnés des chefs-d'oeuvre de cette école, tout secoués d'élans lyriques, nous traversons d'abord la période d'enthousiasme qui
    est la période d'initiation. Mais quelque belle qu'elle soit, une forme devient fatalement monotone, surtout pour les gens qui ne s'occupent que de littérature, qui en font du matin au soir, qui
    en vivent. Alors un étrange besoin de changement naît en nous ; les plus grandes merveilles même, que nous admirions passionnément, nous écoeurent parce que nous connaissons trop les procédés de
    production, parce que nous sommes du bâtiment, comme on dit. Enfin nous cherchons autre chose, ou plutôt nous revenons à autre chose ; mais cet «autre chose» nous le prenons, nous le remanions,
    nous le complétons, nous le faisons nôtre ; et nous nous imaginons, de bonne foi parfois, l'avoir inventé.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>C'est ainsi que les lettres vont de révolution en révolution, d'étape en étape, de réminiscence en réminiscence ; car rien maintenant ne peut être neuf. MM.
    Victor Hugo et Émile Zola n'ont rien découvert.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ces révolutions littéraires ne se font pas toutefois sans grand bruit, car le public, accoutumé à ce qui existe, ne s'occupant de lettres que par
    passe-temps, peu initié aux secrets d'alcôve de l'art, indolent pour ce qui ne touche point ses intérêts immédiats, n'aime pas à être dérangé dans ses admirations établies, et redoute tout ce qui
    le force à un travail d'esprit autre que celui de ses affaires.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il est d'ailleurs soutenu dans sa résistance par tout un parti de littérateurs sédentaires, l'armée de ceux qui suivent par instinct les sillons tracés,
    dont le talent manque d'initiative. Ceux-là ne peuvent jamais rien imaginer au delà de ce qui existe, et quand on leur parle des tentatives nouvelles, ils répondent doctoralement : «On ne fera
    pas mieux que ce qui est». Cette réponse est juste ; mais tout en admettant qu'on ne fera pas mieux, on peut bien convenir qu'on fera autrement. La source est la même, soit ; mais on changera le
    cours, et les circuits de l'art seront différents, ses accidents autrement variés.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Donc Zola est un révolutionnaire. Mais un révolutionnaire élevé dans l'admiration de ce qu'il veut démolir, comme un prêtre qui quitte l'autel, comme M.
    Renan soutenant en somme la Religion, dont bien des gens l'ont cru l'ennemi irréconciliable.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ainsi, tout en attaquant violemment les romantiques, le romancier qui s'est baptisé naturaliste emploie les mêmes procédés de grossissement, mais appliqués
    d'une manière différente.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Sa théorie est celle-ci : Nous n'avons pas d'autre modèle que la vie puisque nous ne concevons rien au delà de nos sens ; par conséquent, déformer la vie
    est produire une oeuvre mauvaise, puisque c'est produire une oeuvre d'erreur.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>L'imagination a été ainsi définie par Horace :<br></strong></span>
  </p>
  <table border="0">
    <tbody>
      <tr>
        <td>
          <p style="text-align: justify;">
            <span style="font-size: 12pt;"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Humano capiti cervicem pictor equinam<br>
            &nbsp;&nbsp;&nbsp; Jungere si velit, et varias inducere plumas<br>
            &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Undique collatis membris, ut turpiter atrum<br>
            &nbsp;&nbsp;&nbsp; Desinit in piscem mulier formosa superne...<br></em></strong></span>
          </p>
        </td>
      </tr>
    </tbody>
  </table>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>C'est-à-dire que tout l'effort de notre imagination ne peut parvenir qu'à mettre une tête de belle femme sur un corps de cheval, à couvrir cet animal de
    plumes et à le terminer en hideux poisson ; soit à produire un monstre.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Conclusion : Tout ce qui n'est pas exactement vrai est déformé, c'est-à-dire devient un monstre. De là à affirmer que la littérature d'imagination ne
    produit que des monstres, il n'y a pas loin.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il est vrai que l'oeil et l'esprit des hommes s'accoutument aux monstres, qui, dès lors, cessent d'en être, puisqu'ils ne sont monstres que par l'étonnement
    qu'ils excitent en nous.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Donc, pour Zola, la vérité seule peut produire des oeuvres d'art. Il ne faut donc pas imaginer ; il faut observer et décrire scrupuleusement ce qu'on a
    vu.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ajoutons que le tempérament particulier de l'écrivain donnera aux choses qu'il décrira une couleur spéciale, une allure propre, selon la nature de son
    esprit. Il a défini ainsi son naturalisme : «La nature vue à travers un tempérament» ; et cette définition est la plus claire, la plus parfaite qu'on puisse donner de la littérature en général.
    Ce <span>TEMPÉRAMENT</span> est la marque de fabrique ; et le plus ou moins de talent de l'artiste imprimera une plus ou moins grande originalité aux visions qu'il nous traduira.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Car la vérité absolue, la vérité sèche, n'existe pas, personne ne pouvant avoir la prétention d'être un miroir parfait. Nous possédons tous une tendance
    d'esprit qui nous porte à voir, tantôt d'une façon, tantôt d'une autre ; et ce qui semble vérité à celui-ci semblera erreur à celui-là. Prétendre faire vrai, absolument vrai, n'est qu'une
    prétention irréalisable, et l'on peut tout au plus s'engager à reproduire exactement ce qu'on a vu, tel qu'on l'a vu, à donner les impressions telles qu'on les a senties, selon les facultés de
    voir et de sentir, selon l'impressionnabilité propre que la nature a mise en nous.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Toutes ces querelles littéraires sont donc surtout des querelles de tempérament ; et on érige le plus souvent en questions d'école, en questions de
    doctrines, les tendances diverses des esprits.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ainsi Zola, qui bataille avec acharnement en faveur de la vérité observée, vit très retiré, ne sort jamais, ignore le monde. Alors que fait-il ? avec deux
    ou trois notes, quelques renseignements venus de côtés et d'autres, il reconstitue des personnages, des caractères, il bâtit ses romans. Il imagine enfin, en suivant le plus près possible la
    ligne qui lui paraît être celle de la logique, en côtoyant la vérité autant qu'il le peut.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Mais fils des romantiques, romantique lui-même dans tous ses procédés, il porte en lui une tendance au poème, un besoin de grandir, de grossir, de faire des
    symboles avec les êtres et les choses. Il sent fort bien d'ailleurs cette pente de son esprit ; il la combat sans cesse pour y céder toujours. Ses enseignements et ses oeuvres sont éternellement
    en désaccord.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Qu'importent, du reste, les doctrines, puisque seules les oeuvres restent ; et ce romancier a produit d'admirables livres qui gardent quand même, malgré sa
    volonté, des allures de chants épiques. Ce sont des poèmes sans poésies voulues, sans les conventions adoptées par ses prédécesseurs, sans aucune des rengaines poétiques, sans parti pris, des
    poèmes où les choses, quelles qu'elles soient, surgissent égales dans leur réalité, et se reflètent élargies, jamais déformées, répugnantes ou séduisantes, laides ou belles indifféremment, dans
    ce miroir grossissant mais toujours fidèle et probe que l'écrivain porte en lui.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Le Ventre de Paris n'est-il pas le poème des nourritures ? l'Assommoir le poème du vin, de l'alcool et des soûleries ? Nana n'est-il pas le poème du vice
    ?</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Qu'est donc ceci, sinon de la haute poésie, sinon l'agrandissement magnifique de la gueuse ?</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>«Elle demeurait debout au milieu des richesses entassées de son hôtel, avec un peuple d'hommes abattus à ses pieds. Comme ces monstres antiques dont le
    domaine redouté était couvert d'ossements, elle posait ses pieds sur des crânes ; et des catastrophes l'entouraient : la flambée furieuse de Vandeuvres, la mélancolie de Foucarmont perdu dans les
    mers de Chine, le désastre de Steiner réduit à vivre en honnête homme, l'imbécillité satisfaite de La Faloise, et le tragique effondrement des Muffat, et le blanc cadavre de Georges veillé par
    Philippe, sorti la veille de prison. Son oeuvre de ruine et de mort était faite ; la mouche envolée de l'ordure des faubourgs, apportant le ferment des pourritures sociales, avait empoisonné ces
    hommes, rien qu'à se poser sur eux. C'était bien, c'était juste ; elle avait vengé son monde, les gueux et les abandonnés. Et, tandis que dans une gloire, son sexe montait et rayonnait sur ces
    victimes étendues, pareil à un soleil levant qui éclaire un champ de carnage, elle gardait son inconscience de bête superbe, ignorante de sa besogne, bonne fille toujours».</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ce qui a déchaîné, par exemple, contre Émile Zola les ennemis de tous les novateurs, c'est la hardiesse brutale de son style. Il a déchiré, crevé les
    conventions du «comme-il-faut» littéraire, passant au travers, ainsi qu'un clown musculeux dans un cerceau de papier. Il a eu l'audace du mot propre, du mot cru, revenant en cela aux traditions
    de la vigoureuse littérature du XVIe siècle ; et, plein d'un mépris hautain pour les périphrases polies, il semble s'être approprié le célèbre vers de Boileau :</strong></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>J'appelle un chat un chat, etc.</strong></span>
  </div>
  <p style="text-align: justify;">
    <br>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il semble même pousser jusqu'au défi cet amour de la vérité nue, se complaire dans les descriptions qu'il sait devoir indigner le lecteur, et le gorger de
    mots grossiers pour lui apprendre à les digérer, à ne plus faire le dégoûté.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Son style large, plein d'images, n'est pas sobre et précis comme celui de Flaubert, ni ciselé et raffiné comme celui de Théophile Gautier, ni subtilement
    brisé, trouveur, compliqué, délicatement séduisant comme celui de Goncourt ; il est surabondant et impétueux comme un fleuve débordé qui roule de tout.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Né écrivain, doué merveilleusement par la nature, il n'a point travaillé comme d'autres à perfectionner jusqu'à l'excès son instrument. Il s'en sert en
    dominateur, le conduit et le règle à sa guise, mais il n'en a jamais tiré ces merveilleuses phrases qu'on trouve en certains maîtres. Il n'est point un virtuose de la langue, et il semble même
    parfois ignorer quelles vibrations prolongées, quelles sensations presque imperceptibles et exquises, quels spasmes d'art certaines combinaisons de mots, certaines harmonies de construction,
    certains incompréhensibles accords de syllabes produisent au fond des âmes des raffinés fanatiques, de ceux qui vivent pour le Verbe et ne comprennent rien en dehors de lui.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ceux-là sont rares, du reste, très rares, et incompris de tous quand ils parlent de leurs tendresses pour la phrase. On les traite de fous, on sourit, on
    hausse les épaules, on proclame : «La langue doit être claire et simple, rien de plus».</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il serait inutile de parler musique aux gens qui n'ont point d'oreille.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Émile Zola s'adresse au public, au grand public, à tout le public, et non pas aux seuls raffinés. Il n'a point besoin de toutes ces subtilités ; il écrit
    clairement, d'un beau style sonore. Cela suffit.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Que de plaisanteries n'a-t-on point jetées à cet homme, de plaisanteries grossières et peu variées. Vraiment, il est facile de faire de la critique
    littéraire en comparant éternellement un écrivain à un vidangeur en fonctions, ses amis à des aides, et ses livres à des dépotoirs. Ce genre de gaieté d'ailleurs n'émeut guère un convaincu qui
    sent sa force.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>D'où vient cette haine ? Elle a bien des causes. D'abord la colère des gens troublés dans la tranquillité de leurs admirations, puis la jalousie de certains
    confrères, et l'animosité de certains autres qu'il avait blessés dans ses polémiques, puis enfin l'exaspération de l'hyprocrisie démasquée.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Car il a dit crûment ce qu'il pensait des hommes, de leurs grimaces et de leurs vices cachés derrière des apparences de vertus ; mais la théorie de
    l'hypocrisie est tellement enracinée chez nous, qu'on permet tout excepté cela. Soyez tout ce que vous voudrez, faites tout ce qu'il vous plaira, mais arrangez-vous de façon que nous puissions
    vous prendre pour un honnête homme. Au fond, nous vous connaissons bien, mais il nous suffit que vous fassiez semblant d'être ce que vous n'êtes pas ; et nous vous saluerons, et nous vous
    tendrons la main.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Or Émile Zola a réclamé énergiquement et a pris sans hésiter la liberté de tout dire, la liberté de raconter ce que chacun fait. Il n'a point été dupe de la
    comédie universelle, et ne s'y est pas mêlé. Il s'est écrié : «Pourquoi mentir ainsi ? Vous ne trompez personne. Sous tous ces masques rencontrés tous les visages sont connus. Vous vous faites,
    en vous croisant, de fins sourires qui veulent dire : «Je sais tout» ; vous vous chuchotez à l'oreille les scandales, les histoires corsées, les dessous sincères de la vie ; mais si quelque
    audacieux se met à parler fort, à raconter tranquillement, d'une voix haute et indifférente, tous ces secrets de Polichinelle des mondains, une clameur s'élève, et des indignations feintes, et
    des pudeurs de Messaline, et des susceptibilités de Robert Macaire. - Eh bien, moi, je vous brave, je serai cet audacieux.» Et il l'a été.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Personne peut-être, dans les lettres, n'a excité plus de haines qu'Émile Zola. Il a cette gloire de plus de posséder des ennemis féroces, irréconciliables,
    qui, à toute occasion, tombent sur lui comme des forcenés, emploient toutes les armes, tandis que lui les reçoit avec des délicatesses de sanglier. Ses coups de boutoir sont
    légendaires.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Or, si quelquefois les horions qu'il a reçus l'ont un peu meurtri, que n'a-t-il pas pour se consoler ? Aucun écrivain n'est plus connu, plus répandu aux
    quatre coins du monde. Dans les plus petites villes étrangères on trouve ses livres chez tous les libraires, en tous les cabinets de lecture. Ses adversaires les plus enragés ne contestent plus
    son talent ; et l'argent dont il a tant manqué entre maintenant à flots chez lui.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Émile Zola a donc la rare fortune de posséder de son vivant ce que bien peu arrivent à conquérir : la célébrité et la richesse. On pourrait compter les
    artistes sur qui ce bonheur est tombé, tandis que ceux devenus illustres après leur mort, et dont les oeuvres n'ont été payées à prix d'or qu'à leurs arrière-héritiers, sont
    innombrables.</strong></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Zola a aujourd'hui quarante et un ans. Sa personne répond à son talent. Il est de taille moyenne, un peu gros, d'aspect bonhomme mais obstiné. Sa tête, très
    semblable à celle qu'on retrouve dans beaucoup de vieux tableaux italiens, sans être belle, présente un grand caractère de puissance et d'intelligence. Les cheveux courts se redressent sur un
    front très développé, et le nez droit s'arrête, coupé net comme par un coup de ciseau trop brusque au-dessus de la lèvre supérieure ombragée d'une moustache noire assez épaisse. Tout le bas de
    cette figure grasse, mais énergique, est couvert de barbe taillée près de la peau. Le regard noir, myope, pénétrant, fouille, sourit, souvent méchant, souvent ironique, tandis qu'un pli très
    particulier retrousse la lèvre supérieure d'une façon drôle et moqueuse.</strong></span>
  </div>
  <p style="text-align: justify;">
    <br>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Toute sa personne ronde et forte donne l'idée d'un boulet de canon ; elle porte crânement son nom brutal, aux deux syllabes bondissantes dans le
    retentissement des deux voyelles.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Sa vie est simple, toute simple. Ennemi du monde, du bruit, de l'agitation parisienne, il a vécu d'abord très retiré en des appartements situés loin des
    quartiers agités. Il s'est maintenant réfugié en sa campagne de Médan qu'il ne quitte plus guère.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Il a cependant un logis à Paris où il passe environ deux mois par an. Mais il paraît s'y ennuyer et se désole d'avance quand il va lui falloir quitter les
    champs.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>A Paris, comme à Médan, ses habitudes sont les mêmes, et sa puissance de travail semble extraordinaire. Levé tôt, il n'interrompt sa besogne que vers une
    heure et demie de l'après-midi, pour déjeuner. Il se rassied à sa table vers trois heures jusqu'à huit, et souvent même il se remet à l'oeuvre dans la soirée. De cette façon, pendant des années
    il a pu, tout en produisant près de deux romans par an, fournir un article quotidien au Sémaphore de Marseille, une chronique hebdomadaire à un grand journal parisien et une longue étude
    mensuelle à une importante Revue russe.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Sa maison ne s'ouvre que pour des amis intimes et reste impitoyablement fermée aux indifférents. Pendant ses séjours à Paris, il reçoit généralement le
    jeudi soir. On rencontre chez lui, son rival et ami, Alphonse Daudet, Tourgueneff, Montrosier, les peintres Guillemet, Manet, Coste, les jeunes écrivains dont on fait ses disciples, Huysmans,
    Hennique, Céard, Rod et Paul Alexis, souvent l'éditeur Charpentier. Duranty était un habitué de la maison. Parfois apparaît Edmond de Goncourt, qui sort peu le soir, habitant très
    loin.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Pour les gens qui cherchent dans la vie des hommes et dans les objets dont ils s'entourent les explications des mystères de leur esprit, Zola peut être un
    <span>CAS</span> intéressant. Ce fougueux ennemi des romantiques s'est créé, à la campagne comme à Paris, des intérieurs tout romantiques.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>A Paris, sa chambre est tendue de tapisseries anciennes ; un lit Henri II s'avance au milieu de la vaste pièce éclairée par d'anciens vitraux d'église qui
    jettent leur lumière bariolée sur mille bibelots fantaisistes, inattendus en cet antre de l'intransigeance littéraire. Partout des étoffes antiques, des borderies de soie vieillies, de séculaires
    ornements d'autel.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>A Médan, la décoration est la même. L'habitation, une tour carrée au pied de laquelle se blottit une microscopique maisonnette, comme un nain qui voyagerait
    à côté d'un géant, est située le long de la ligne de l'Ouest ; et d'instant en instant les trains qui vont et qui viennent semblent traverser le jardin.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Zola travaille au milieu d'une pièce démesurément grande et haute, qu'un vitrage donnant sur la plaine éclaire dans toute sa largeur. Et cet immense cabinet
    est aussi tendu d'immenses tapisseries, encombré de meubles de tous les temps et de tous les pays. Des armures du moyen âge, authentiques ou non, voisinent avec d'étonnants meubles japonais et de
    gracieux objets du XVIIIe siècle. La cheminée monumentale, flanquée de deux bonshommes de pierre, pourrait brûler un chêne en un jour ; et la corniche est dorée à plein or, et chaque meuble est
    surchargé de bibelots.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Et pourtant Zola n'est point collectionneur. Il semble acheter pour acheter, un peu pêle-mêle, au hasard de sa fantaisie excitée, suivant les caprices de
    son oeil, la séduction des formes et de la couleur, sans s'inquiéter comme Goncourt des origines authentiques et de la valeur incontestable.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Gustave Flaubert, au contraire, avait la haine du bibelot, jugeant cette manie niaise et puérile. Chez lui, on ne rencontrait aucun de ces objets qu'on
    nomme «curiosités», «antiquités» ou «objets d'art». A Paris, son cabinet, tendu de perse, manquait de ce charme enveloppant qu'ont les lieux habités avec amour et ornés avec passion. Dans sa
    campagne de Croisset, la vaste pièce où peinait cet acharné travailleur n'était tapissée que de livres. Puis, de place en place, quelques souvenirs de voyage ou d'amitié, rien de
    plus.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Les abstracteurs de quintessence psychologique n'auraient-ils pas là un curieux sujet d'observation ?</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>En face de sa maison, derrière la prairie séparée du jardin par le chemin de fer, Zola voit, de ses fenêtres, le grand ruban de la Seine coulant vers Triel,
    puis une plaine immense et des villages blancs sur le flanc de coteaux lointains, et, au-dessus, des bois couronnant les hauteurs. Parfois, après son déjeuner, il descend une charmante allée qui
    conduit à la rivière, traverse le premier bras d'eau dans sa barque «Nana» et aborde dans la grande île, dont il vient d'acheter une partie. Il a fait bâtir là un élégant pavillon, où il compte,
    l'été, recevoir ses amis.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Aujourd'hui, il semble presque avoir abandonné le journalisme, mais ses adieux à la bataille quotidienne ne sont point définitifs, et nous le reverrons, au
    premier jour, reprendre dans la presse la lutte pour ses idées ; car il est lutteur par instinct, et pendant des années il a combattu sans relâche et sans la plus petite défaillance. Il a réuni,
    du reste, en volumes, tous ses articles de principes, et ils forment son OEuvre critique.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ses idées très nettes sont exposées avec une rare vigueur. Ses «Documents littéraires», ses «Romanciers naturalistes», «Nos auteurs dramatiques» peuvent
    être classés parmi les documents de critique les plus intéressants et les plus originaux qui soient. Sont-ils indiscutablement concluants ? A cela on pourrait répondre : «Quelque chose est-elle
    indiscutablement concluante ?» Est-il une seule indiscutable vérité ?</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Pour compléter l'énumération de ses livres de discussion, citons «Mes Haines», «le Roman expérimental», «le Naturalisme au théâtre,» et, enfin, «une
    Campagne» qui vient de paraître.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Le théâtre est une de ses préoccupations. Il sent, comme tout le monde, que c'en est fait des anciennes ficelles, des anciens drames, de tout l'ancien jeu.
    Mais il ne semble pas avoir encore dégagé la formule nouvelle, pour employer son expression favorite, et ses essais jusqu'à ce jour n'ont pas été victorieux, malgré le mouvement qui s'est fait
    autour de son drame Thérèse Raquin.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ce drame terrible a produit, dans le début, un effet de saisissement profond. Peut-être l'excès même de l'émotion a-t-il nui au succès définitif. On a
    essayé plusieurs fois de le reprendre sans parvenir à une complète réussite.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La seconde pièce de Zola, «les Héritiers Rabourdin», a été jouée au théâtre Cluny, sous la direction d'un des hommes les plus audacieux et les plus
    intelligents qu'on ait vus de longtemps conduire une scène parisienne, M. Camille Weinschenk. La pièce, applaudie mais insuffisamment interprétée, ne resta guère sur l'affiche.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Enfin «le Bouton de Rose» au Palais-Royal fut une vraie chute, sans espoir de retour.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Zola vient, en outre, de terminer un grand drame tiré de la Curée, plus, dit-on, une autre pièce encore. Il se pourrait que le rôle principal de la première
    de ces oeuvres fût destiné à Mlle Sarah Bernhardt.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Quel que soit le succès futur de ces essais dramatiques, il semble prouvé, dès à présent, que ce remarquable écrivain est doué surtout pour le roman, et que
    cette forme seule se prête en tout au développement complet de son vigoureux talent.<br></strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La Curée est un des plus remarquables romans du maître naturaliste, éclatant et fouillé, empoignant et vrai, écrit avec emportement, dans une langue colorée
    et forte, un peu surchargée d'images répétées, mais d'une incontestable énergie et d'une indiscutable beauté. C'est un vigoureux tableau des moeurs et des vices de l'Empire depuis le bas jusqu'au
    haut de ce que l'on appelle l'échelle sociale, depuis les valets jusqu'aux grandes dames.<br>
    <br>
    <img height="200" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x200/0/27/10/92/encrier-testament.gif" alt="encrier-testament.gif" class="noAlign"></strong></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 17 Feb 2010 00:48:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-emile-zola-par-guy-de-maupassant-44754300.html</guid>
                <category>DU GRAND AUTEUR DANS UN PETIT TEXTE</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-emile-zola-par-guy-de-maupassant-44754300-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[MON AVIS SUR « L’AUTRE DUMAS »]]></title>
        <link>http://www.henripigaillem.com/article-mon-avis-sur-l-autre-dumas-44795143.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><strong><img height="100" width="100" src="http://img.over-blog.com/100x100/0/27/10/92/Livre.gif" alt="Livre.gif" class="CtreTexte"><br>
    <br>
    Puisque l'on me demande mon&nbsp;avis sur le film de Safy Nebbou, <em>L'Autre Dumas</em>,&nbsp;voici en vrac quelques commentaires :<br>
    <br>
    Même si on se lasse un peu de voir Depardieu à l'écran, il est naturellement, comme à son habitude, prodigieux. Il campe Dumas à la perfection. Dumas, il faut le savoir,&nbsp;était cependant
    "légèrement" métis,&nbsp;mais on ne pouvait pas demander à Depardieu de pousser son rôle de composition jusqu'à changer de couleur de peau.<br>
    <br>
    Benoît Poelvoorde est remarquable. Il ne crève pas complètement l'écran&nbsp;mais il est&nbsp;convaincant dans son rôle d'Auguste Maquet. Il prouve, au même titre que Patrick Timsit (Voir
    <em>Passage à l'acte</em>) et bien d'autres, que les comiques&nbsp;peuvent eux aussi être bouleversants dans l'interprétation de personnages graves.<br>
    <br>
    L'intrigue du film réunit malheureusement deux histoires en une. Le réalisateur Safy Nebbou semble ne pas avoir su se concentrer sur le thème unique de l'étroite collaboration de Maquet avec
    Dumas. Il nous fait partir, sans doute pour donner du mouvement à son scénario, dans l'amour de Maquet pour la jeune Charlotte (Mélanie Thierry), qui l'entraîne dans les premières convulsions
    d'une révolution dont tous les points de repère nous échappent. Rien ne nous assure&nbsp;qu'il s'agit de celle de 1848. La fin de cet acte s'achève sur une nuée d'invraisemblances&nbsp;et tombe
    plutôt à plat. On revient au thème de la collaboration Dumas-Maquet que le réalisateur n'aurait jamais dû quitter et qui perd du même coup de sa chair. L'intention était bonne, pourtant, celle de
    vouloir réhabiliter Maquet et son talent. Je remarque qu'on ne cesse enfin d'exhumer la vérité sur l'authenticité du travail de l'un des nègres les plus célèbres de Dumas (il en avait jusqu'à 30,
    me suis-je toujours entendu dire) depuis la panthéonisation de ce dernier. Il était temps ! Seule sa tombe au Père-Lachaise (admirable monument funéraire)&nbsp;avait jusque-là rendu justice à
    Auguste Maquet.<br>
    <br>
    La longue scène de la fête costumée au château de Monte-Cristo, où a lieu le dénouement de la "première histoire" de l'intrigue, est d'un réalisme et d'une authenticité indiscutable. On entrevoit
    malheureusement un Gérard de Nerval plus qu'incertain.<br>
    <br>
    Pour en revenir à la "vision" de Dumas dans le film,&nbsp;j'ajouterai que le personnage est&nbsp;un peu&nbsp;caricaturé. Il était certes amateur de bonne chère (Voir d'ailleurs son excellent
    livre sur la gastronomie, qu'il semble avoir écrit lui-même)&nbsp;et de femmes (on lui a connu plusieurs maîtresses), le réalisateur laisse de toute évidence Depardieu se divertir un peu trop
    dans sa conduite grivoise et&nbsp;ses répliques paillardes dont il aime se nourrir.<br>
    <br>
    A propos de dialogues, j'ai noté quelques plagiats du dialoguiste, qu'on voudra bien lui pardonner. Le plus remarqué est l'aphorisme célèbre de 1789&nbsp;: "La révolution est en marche, rien ne
    pourra l'arrêter." (lui-même plagié par Edgar Faure = "L'immobilisme est en marche, et rien ne pourra l'arrêter.")&nbsp;Le dialoguiste aurait pu nous épargner cette énormité. Il met ce mot
    historique dans la bouche ingénue de Charlotte en nous faisant sans doute croire qu'il est de lui !<br>
    <br>
    Enfin, ceux qui ont vu le film, voudront relire les mots par lesquels il&nbsp;s'achève et qui sont extraits du testament de Maquet. Je les reproduis ci-dessous :<br>
    <br>
    « C'est à mes héritiers, qui bénéficieront du produit, ceux que j'ai aimés, à ceux qui portent mon nom, qu'il appartient de me faire, en toute occasion, attribuer la part d'honneur qui m'en
    revient, c'est à eux d'apprendre au public la part immense que j'ai prise à la création de tant d'œuvres célèbres. »<br>
    <br>
    Le même testament débute par ces clauses, que j'ai retrouvées pour vous :<br>
    <br>
    « Je recommande à mes héritiers de gérer avec scrupule, et pour ainsi dire avec respect, la propriété de mes œuvres, propriété délicate dont la sage et honnête administration intéresse au plus
    haut point ma mémoire et ma renommée. J'entends que jamais ils ne permettent la publication ou la représentation de mes ouvrages sans toutes garanties d'exécution et d'interprétation honorables
    soit de la part de l'éditeur, soit de la part du théâtre. En leur léguant la propriété de mes œuvres, c'est ma dignité d'écrivain, c'est le nom de notre famille que je recommande à leur piété...
    Mes héritiers auront encore d'autres devoirs à remplir. J'ai écrit avec Dumas père un nombre considérable d'ouvrages, dont quelques-uns : Les trois Mousquetaires, Le Chevalier d'Harmental,
    Monte-Cristo, La Reine Margot, Le Chevalier de Maison-Rouge, Joseph Balsamo, La Dame de Monsoreau, etc., etc., sont connus universellement. Cette collaboration féconde, consacrée par la notoriété
    publique, sanctionnée par la justice, Dumas l'a reconnue par écrit et par des actes publics, il l'a proclamée cent fois, alors qu'il en avait besoin et ne pouvait s'en passer. D'ailleurs les
    témoignages sont irrécusables, ils abondent : dans ma correspondance avec Dumas, dans les journaux, comptes rendus littéraires on judiciaires, partout éclate cette vérité. »<br>
    <br>
    Pour en savoir plus, selon la formule consacrée, sur les plagiats d'Alexandre Dumas et ses étranges collaborateurs, voici ce que j'écris dans mon <em>Dictionnaire des grandes phrases de
    l'Histoire</em> (City éditions, 2008) :<br></strong></span>
  </p>
  <p class="null" style="text-align: justify; text-indent: 35.4pt; margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="font-size: 12pt;">"L’écrivain et journaliste Eugène de Mirecourt est l’auteur de plus de cent
    romans, nouvelles et pièces de théâtre. Il fut surtout connu pour ses écrits satiriques dans lesquels il excellait et qui lui attirèrent l’inimitié des plus grandes réputations de son siècle. On
    lui doit notamment Les Contemporains, où il ridiculise sans vergogne et à tour de bras ses confrères les plus illustres. Mais son «&nbsp;chef-d’œuvre&nbsp;», le seul sans doute de tous ses textes
    à ne pas avoir aujourd’hui sombré dans l’oubli, s’intitule Fabrique de Romans : Maison Alexandre Dumas et Compagnie. Publié en 1845, il s’agit d’un pamphlet contre Alexandre Dumas, dont il
    cherche à prouver les nombreux plagiats et l’existence de collaborateurs à foison qui lui écrivirent – chacun le sait – la plupart de ses 250 romans. Relativement au célèbre Auguste Maquet,
    véritable créateur des Trois mousquetaires ou du Chevalier de Maison-Rouge, voici ce qu’il écrit, après avoir expliqué qu’un certain M. Brunswick est l’auteur de Une conspiration sous le régent :
    «&nbsp;Il prie M. Maquet de lui prêter un livre en guise de chapeau. Ce livre, il le met au mortier, le coupe en cinq actes, verse par dessus l’esprit de M. Brunswick, jette le tout dans un moule
    et en retire... un autre livre !&nbsp;»</span></strong></span></span></em>
  </p>
  <p class="null" style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="font-size: 12pt;"><span style=
    "mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span> Un peu plus loin, Mirecourt nous dévoile l’une des recettes de Dumas : «&nbsp;Un bouquiniste de Florence vendit un jour
    à notre homme un certain manuscrit tudesque, très déchiffrable. Madame Dumas, qui accompagnait son époux et qui possède parfaitement la langue anglaise, venait de lire ces mots sur le premier
    feuillet du manuscrit : Contes inédits d’Hoffmann. Quelle belle fortune ! On câlina si bien Madame Dumas qu’elle se dépêcha de traduire. Son heureux époux mit les virgules, corrigea quelques
    petites fautes d’orthographe, et les Contes inédits d’Hoffmann font aujourd’hui partie des œuvres complètes du romancier français.&nbsp;»</span></strong></span></span></em>
  </p>
  <p class="null" style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="font-size: 12pt;"><span style=
    "mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span> Ce pamphlet de 65 pages s’achève par cette conclusion : «&nbsp;Nous vous avons montré débutant dans la carrière par
    l’apologie du plagiat. Nous avons ouvert la porte de votre manufacture ; nous avons fait voir tous vos ouvriers, tous vos commis, tous ceux qui vous fabriquent la gloire ; tous ceux dont les
    lâches travaux remplissent le coffre-fort, pourvoient à la dépense, enflent le budget. Votre avidité sans bornes n’est plus un mystère.&nbsp;»</span></strong></span></span></em>
  </p>
  <p class="null" style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="font-size: 12pt;"><span style=
    "mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span> Alexandre Dumas fit un procès à Mirecourt, qui purgea une peine de six mois de prison. Cela n’empêcha pas le
    pamphlétaire de persister en ironisant de la sorte : «&nbsp;Dumas est le premier homme de couleur à avoir des nègres blancs&nbsp;», tandis qu’Alexandre Dumas fils s’étonnait lui-même : « Dumas ?
    Un mulâtre qui a des nègres ? » Car Dumas était métis né d’un père de Saint-Domingue. Du reste, dans le même pamphlet, c’est avec un brin de cruauté raciste que Mirecourt se fait un plaisir de
    rappeler les origines de son contemporain : «&nbsp;Le physique de M. Dumas est assez connu : stature de tambour-major, membres d’Hercule dans toute l’extension possible, lèvres saillantes, nez
    africain, tête crépue, visage bronzé. Son origine est écrite d’un bout à l’autre de sa personne ; mais elle se révèle beaucoup plus encore dans son caractère... Grattez l’écorce de M. Dumas et
    vous trouverez le sauvage.&nbsp;»</span></strong></span></span></em>
  </p>
  <p class="null" style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="font-size: 12pt;"><span style=
    "mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span> Pour finir, sachons que Mirecourt n’était qu’un pseudonyme. Le vrai nom du prédateur de Dumas était Charles
    Jean-Baptiste Jacquot. C’est très probablement pour lui que Dumas, en 1860, écrivit Jacquot sans oreilles, qui, comme par hasard, retrace l’histoire terrifiante d’un seigneur russe cruel,
    mégalomane et sans foi dont l’ours a arraché les oreilles du pauvre héros."</span></strong></span></span><br></em><br>
    <strong><span style="font-size: 12pt;">J'avais également rédigé un article sur ce blog relatif aux nègres d'écrivains célèbres, dont je vous donne l'adresse pour aller plus vite :<br>
    <br></span></strong><strong><span style="font-size: 12pt;"><strong><a href="http://www.henripigaillem.com/article-14550101.html" target="_blank"><font size=
    "3">http://www.henripigaillem.com/article-14550101.html</font></a></strong></span><a href="http://www.henripigaillem.com/article-14550101.html" target="_blank"></a><strong><span style=
    "font-size: 12pt;"><br>
    <br>
    Henri Pigaillem.</span></strong></strong>
  </p><br>
  <img height="300" width="192" src="http://img.over-blog.com/192x300/0/27/10/92/Petit-Dico-des-grandes-phrases-de-l-Histoire.jpg" alt="Petit-Dico-des-grandes-phrases-de-l-Histoire.jpg" class=
  "CtreTexte"><br>]]></description>
        <pubDate>Fri, 12 Feb 2010 14:40:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.henripigaillem.com/article-mon-avis-sur-l-autre-dumas-44795143.html</guid>
                <category>DIVERS</category>        <comments>http://www.henripigaillem.com/article-mon-avis-sur-l-autre-dumas-44795143-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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